Jacques Boissinot Matthew Coon Come. Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

QUÉBEC – Québec échappe à une poursuite de 13 millions $ en s’entendant avec le Grand conseil des Cris, mais il y a un grand absent autour de la table: les Innus.

Le premier ministre Philippe Couillard a signé, lundi, avec le grand chef du Grand Conseil des Cris, Matthew Coon-Come, une entente de partenariat qui règle un litige concernant l’exploitation forestière sur le vaste territoire compris dans l’entente Baril-Moses de 2002, qui s’étend entre le Lac-Saint-Jean et la Baie-James.

Toutefois, les Innus, aussi concernés par cet enjeu, ont refusé de se joindre à l’entente, ce que Québec a jugé regrettable. M. Couillard a d’ailleurs lancé un appel aux communautés innues au cours de la cérémonie solennelle de signature au Salon rouge de l’Assemblée nationale.

«J’invite personnellement les Innus à y participer activement (à un groupe de travail conjoint mis sur pied par l’entente), a déclaré M. Couillard dans son discours. Leur présence est d’une importance capitale pour l’établissement de nouveaux paramètres.»

Dans un communiqué, les Innus ont qualifié les séances de discussions de «pénibles et frustrantes» et estiment que les Cris ont camouflé leurs revendications territoriales sous le couvert d’une entente sur les pratiques forestières.

Pour sa part, Matthew Coon-Come s’est défendu contre ces accusations, tout en invitant à son tour le peuple innu à embarquer dans le train.

«Cela n’a jamais porté sur des droits territoriaux, ni sur des intérêts territoriaux, ni sur des revendications territoriales, a-t-il soutenu en conférence de presse. C’est à propos de la gestion des activités forestières.»

Selon lui, chaque peuple a le droit de déterminer ce qui est le mieux pour lui, mais la position des Innus repose sur un malentendu. «Ils ont mal compris l’objectif de l’entente.»

Le ministre délégué aux Affaires autochtones, Geoffrey Kelley, a dit que l’absence des Innus était regrettable, mais il ne perd pas espoir. Il affirme être convaincu qu’une solution allait être trouvée.

«Nous avons fait des propositions à la nation innue (…) , la porte reste grande ouverte, on est prêt à s’assoir de nouveau, a-t-il dit en conférence de presse après la cérémonie. On veut faire ça tripartie et on veut s’assurer qu’il y a une place pour les Innus, notamment en matière de cogestion du territoire.»

M. Kelley a rappelé que plusieurs négociations étaient toujours en cours avec la nation innue, notamment l’Approche commune.

Cependant, le ministre a dit qu’il était possible d’aller de l’avant avec cette entente, puisqu’il était «impératif» de régler la poursuite des Cris.

Les Cris reprochaient à la compagnie forestière Résolu de se livrer à des coupes à blanc en violation de l’entente d’origine. Ils renoncent maintenant à leur poursuite de 13 millions $ à l’encontre du gouvernement en vertu de cette nouvelle entente.

Cet accord vise l’harmonisation des activités d’exploitation forestière avec les activités de chasse, de pêche et de piégeage des Cris.

Elle prévoit notamment la création d’une aire protégée de 9134 kilomètres carrés autour de la rivière Broadback et des protections accrues du caribou forestier, une espèce menacée.

En contrepartie, l’accès aux chemins forestiers est aussi accordé dans un but d’exploitation de la ressource forestière.

L’entente, qui a été négociée avec l’intervention de l’ex-premier ministre Lucien Bouchard comme médiateur, met fin à plusieurs années de différends entre les Cris et la compagnie forestière.

Il s’agit toutefois d’une entente transitoire de cinq ans devant mener à de nouvelles modalités de partage et de «gestion collaborative» du territoire, selon l’expression de M. Couillard.

C’est un groupe de travail conjoint, avec les Cris, le Québec, ainsi que les Innus — s’ils acceptent — qui devra proposer des mesures consensuelles sur les normes de gestion forestière.

Le litige entre les Cris et Résolu avait amené l’organisme international Forest Stewardship Council (FSC) à suspendre sa certification de l’entreprise sur certains territoires, ce qui avait porté un dur coup à l’image de la forestière.

La compagnie bénéficie cependant d’un délai de suspension de sa certification FSC et ce délai a été prolongé d’un an à la lumière des négociations qui ont mené à l’entente de lundi.

Cette entente est un gain pour les travailleurs forestiers du Saguenay-Lac-Saint-Jean, a estimé le ministre délégué aux Forêts, Laurent Lessard.

«(Grâce à cette entente, ils vont) arrêter de vivre dans l’inquiétude de la judiciarisation, a-t-il commenté en conférence de presse. Cela met fin aux poursuites et aux réclamations importantes. Et à l’international, pour les certifications (FSC), c’est une bonne nouvelle.»

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