MONTRÉAL – Les représentants des secteurs du ciment et de l’acier reprochent au gouvernement Couillard de mettre la sécurité du public en péril en permettant l’utilisation du bois massif dans la construction d’immeubles de 12 étages et moins.

D’après l’Association canadienne du ciment (ACC) et l’Institut canadien de la construction en acier (ICCA), il ne s’agit que d’une décision politique visant à favoriser le secteur forestier en difficulté.

«Nous avons investi des milliards de dollars dans l’innovation et nous n’avons pas vraiment reçu l’appui du gouvernement, a plaidé mercredi l’ingénieure et directrice régionale de l’ICCA au Québec, Hellen Christodoulou. Il n’y a pas eu de consultations avec les autres industries avant de prendre cette décision.»

Lundi, le Québec est devenu la première province à encadrer l’utilisation du bois pour ériger des édifices de 12 étages ou moins lorsque le premier ministre Philippe Couillard a annoncé le lancement d’un guide produit par la Régie du bâtiment du Québec (RBQ) en collaboration avec l’institut de recherche FPInnovations.

Auparavant, les modifications réglementaires apportées au Québec en 2010 permettaient les édifices en bois pouvant aller jusqu’à six étages, comme c’est actuellement le cas en Ontario et en Colombie-Britannique. Ailleurs au Canada, on permet le bois pour les immeubles de quatre étages et moins.

L’ACC réplique en affirmant entre autres que l’ouvrage d’une soixantaine de pages n’est pas reconnu par le Code national du bâtiment et que FPInnovations n’est pas un organisme d’élaboration de normes accrédité par le Conseil canadien des normes.

«Les Québécois méritent qu’un processus rigoureux soit suivi lors de l’élaboration de codes et de normes, affirme son vice-président, Michel Binette. Il faut éviter à tout prix que le gouvernement s’immisce dans le choix des matériaux.»

Les deux organismes estiment également que la construction de bâtiments de bois lamellé-croisé et de bois en grande hauteur n’est pas reconnue dans le Code national du bâtiment, ce qui, à leur avis, compromet la sécurité du grand public.

«Le Québec a peu d’expérience avec la construction de bâtiments en bois de six étages, avance le vice-président de l’ACC. Comment peut-on s’aventurer avec la construction de bâtiments de plus grande envergure?»

Selon M. Binette, les édifices de grande hauteur en bois massif ne comportent pas d’avantages environnementaux significatifs compte tenu de leur cycle de vie.

De son côté, Mme Christodoulou dit notamment avoir relevé des «faiblesses» en ce qui a trait à la protection contre le feu. À son avis, le gouvernement Couillard n’a pas «bien étudié» le dossier avant de modifier le cadre réglementaire. Elle affirme que les plaidoyers effectués par l’ICCA auprès du gouvernement du Québec sont «entrés d’un côté et sorti de l’autre».

La directrice régionale de l’ICCA au Québec a également affirmé que l’organisme s’affaire actuellement à préparer des documents techniques afin d’appuyer ses arguments dans ce dossier.

Informé des critiques de l’ACC et de l’ICCA, le Conseil canadien du bois (CBB) a estimé que les représentants des secteurs du ciment et de l’acier ne faisaient qu’alimenter les craintes.

«Nous proposons une nouvelle avenue pour les constructeurs qui va leur gruger des parts de marché, alors il est normal de les voir s’opposer», a répliqué le président du CBB, Michael Giroux.

Il affirme que les grandes structures ont recours au bois lamellé-croisé, un procédé bien différent de celui utilisé dans les édifices plus petits.

Si le recours au bois est encore rare au Canada, la situation est bien différente ailleurs dans le monde, comme en Grande-Bretagne, en Norvège, en Autriche, en Australie, en Suisse ainsi qu’en Italie, a rappelé le président du CBB.

«Ce n’est pas une révolution dans le monde, il s’agit seulement d’une première au Québec ainsi qu’au Canada», a dit M. Giroux.

Lundi, le Conseil québécois de l’industrie forestière avait accueilli favorablement la décision du gouvernement Couillard en la qualifiant de «symbole».

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