Giordano Ciampini Giordano Ciampini / La Presse Canadienne

OTTAWA – Le tout premier micromessage du compte Twitter «@Canada» n’a pas été pris à la légère. En fait, la première entrée du compte a fait l’objet d’une planification toute particulière au sein du gouvernement, selon des documents obtenus par La Presse Canadienne en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.

Le ministère des Affaires étrangères a commencé à envoyer des messages en novembre, deux ans après avoir acquis le compte d’un homme espagnol qui s’était inscrit sous ce nom en 2007.

Des dizaines de «premiers tweets» hypothétiques ont été soumis afin de planifier les activités du compte. Les fonctionnaires et le bureau du ministre semblaient chercher à «causer une commotion» avec ce micromessage malgré les objections du Bureau du conseil privé, qui s’est inquiété d’un excès de fantaisie.

Les choix proposés portaient notamment sur le hockey, les cafés Tim Hortons, la poutine, les ours polaires, les igloos et l’hymne national.

Le message gagnant a été finalement assez simple, soulignant que le Canada était maintenant sur Twitter. Les rédacteurs ont pris soin d’ajouter «eh», une expression régulièrement utilisée par plusieurs Canadiens de langue anglaise.

Les employés du ministère ont également débattu de la quantité de messages et de leur contenu dans les premières semaines.

«Essayons au moins 12 (messages) par jour, au moins… pas tous reliés aux ours polaires», a écrit à ses collègues un conseiller.

«Pourquoi ne pas inclure des ours polaires? Cela fait partie de ce que nous sommes», a répondu un autre, qui a ajouté un bonhomme sourire à ses propos.

Bien que les bureaucrates eux-mêmes aient semblé se réjouir du lancement du nouveau compte, le Bureau du conseil privé (BCP) — une organisation qui appuie le Cabinet du premier ministre et le conseil des ministres — a été plus prudent.

Au début, il était peut-être question d’inviter des rédacteurs à écrire sur le compte officiel, comme c’est le cas en Suède, par exemple. L’idée a rapidement été rejetée par le ministère des Affaires étrangères vu le «risque d’être associé aux plans du rédacteur invité».

Le BCP avait également des doutes sur le contenu des messages. «Bien que nous comprenions et appuyions l’idée d’envoyer des messages fantaisistes occasionnellement, (…) il est difficile d’imaginer qui trouverait de la valeur dans ce compte et ce que le compte lui-même accomplirait», ont-ils écrit.

Une stratégie de rechange qui a été caviardée dans les documents a finalement été choisie, mais elle semble avoir suscité la grogne au sein du ministère.

«Restreindre la portée du compte tuerait l’intention qui avait été imaginée», a constaté Charles Brisebois, directeur adjoint des médias sociaux, dans un courriel au bureau du ministère.

Depuis son lancement, en novembre, le compte anglophone a attiré 117 000 abonnés, alors que le francophone en a rallié 3616.

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