The Associated Press Des centaines de milliers de réfugiés syriens ont afflué en Europe cet été. Ci-haut, des migrants s’approchant des côtes de la Grèce.

La promesse du chef libéral Justin Trudeau d’accueillir 25 000 réfugiés syriens d’ici janvier 2016 sera difficile à tenir, soutient un expert.

«Pour accueillir autant de réfugiés provenant d’un conflit en particulier, il faut absolument des agents d’Immigration Canada sur le terrain qui travaillent avec le Haut-Commissariat des Nations unies, explique Olivier Arvisais, chargé de cours à l’UQAM et spécialiste des problématiques relatives aux réfugiés. Mais ces mécanismes-là ont disparu depuis longtemps.»

Selon une analyse des données de Citoyenneté et Immigration Canada réalisée par Métro, 27 000 réfugiés en moyenne par année ont été accueillis au pays depuis 1980.

Comme le scrutin aura lieu le 19 octobre prochain, le parti libéral se propose donc d’en accueillir à peu près autant en seulement deux mois et demi.

Le chercheur rappelle que, lors des conflits au Rwanda et au Kosovo, il a fallu plusieurs mois, voire un an, pour implanter les structures nécessaires à l’accueil de réfugiés en grand nombre.

Par ailleurs, selon l’expert, les relations entre le gouvernement canadien et le Haut-Commissariat des Nations unies aux réfugiés ont énormément changé ces dernières années.

«Je ne pense pas que ça soit possible d’accueillir 20 000 réfugiés [syriens] lors de la première année d’un nouveau gouvernement.» – Olivier Arvisais, chargé de cours à l’UQAM et spécialiste des problématiques relatives aux réfugiés.

Par courriel, le Parti libéral du Canada souligne qu’un gouvernement sous son égide investira au moins 100M$ de plus pour accélérer les demandes d’asile et de parrainage. Une somme équivalente serait aussi destinée au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés afin de soutenir les populations prises au dépourvu en Syrie et dans les régions voisines.

Du côté du Nouveau Parti démocratique (NPD), le chef Thomas Mulcair propose d’accueillir 46 000 Syriens d’ici 2019. Ce nombre est basé sur les demandes faites par les Nations unies, qui souhaitent que le Canada accueille 9000 réfugiés par an au cours des 5 prochaines années.

Selon notre analyse des données de Citoyenneté et Immigration Canada, ce ne serait pas la première fois que le pays reçoit un tel nombre de réfugiés en provenance d’un pays en particulier. En pleine chute de l’URSS, de 1988 à 1992, le Canada a accueilli près de 46 000 réfugiés polonais.

Pour ce qui est des conservateurs, le gouvernement a récemment annoncé qu’il accélérait le processus d’admission pour 10 000 réfugiés syriens. Le gouvernement de Stephen Harper prévoyait auparavant les accueillir d’ici 2018, mais des démarches simplifiées devraient permettre d’atteindre l’objectif avec 15 mois d’avance.

À titre de comparaison, lors des trois dernières décennies, le Canada n’a accueilli qu’à trois reprises davantage de réfugiés provenant d’un même pays en une seule année. En 1989, 1990 et 1991, respectivement 12 355, 12 280 et 10 320 Polonais ont été accueillis au pays.

Toutefois, selon Marc Termote, professeur spécialisé dans les migrations à l’Université de Montréal, il n’y pas lieu de glorifier les propositions des uns et des autres. «Nous sommes protégés par deux océans, le pôle Nord au-dessus et le gendarme américain au-dessous. Nous prenons les réfugiés que nous voulons.» Le professeur rappelle que la situation canadienne n’a rien à voir avec celle de l’Europe, submergée par le flot incessant d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont tout perdu.

«Et entre ce que l’on promet lors d’une campagne électorale et ce qui va être accompli dans les faits, je préfère attendre les chiffres finaux dans quelques années», indique le chercheur.

Carte animée
Un million de réfugiés ont été accueillis au Canada depuis 1980. À partir des données de Citoyenneté et Immigration Canada. Métro a créé une carte interactive et animée des arrivées de réfugiés au pays depuis 1980.

Aussi dans National :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!