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LONGUEUIL, Qc – Préoccupé par les pressions effectuées auprès du Canada dans le cadre du Partenariat transpacifique (PTP), le gouvernement Couillard dépêchera deux ministres cette semaine à Atlanta, où se tiennent d’autres négociations, pour défendre l’intégralité de la gestion de l’offre en agriculture.

En plus de représentants de la filière agroalimentaire québécoise, le ministre de l’Agriculture, Pierre Paradis, et son collègue à l’Économie, Jacques Daoust, qui s’envoleront dès mardi vers les États-Unis, seront accompagnés du ministre ontarien de l’Agriculture, Jeff Leal.

«Je pense que le gouvernement canadien subit des pressions énormes et a besoin de l’appui de tous les intervenants», a expliqué M. Paradis, lundi, en conférence de presse, accompagné de représentants de l’Union des producteurs agricoles (UPA), de la Coop fédérée et de la coopérative Agropur.

La reprise des négociations du PTP fera l’objet de discussions lors d’un conseil des ministres spécial qui doit avoir lieu ce lundi soir.

Le ministre Paradis est inquiet des pressions des 11 autres pays impliqués dans les négociations du Partenariat, au premier chef les États-Unis, qui demandent au Canada d’ouvrir son système qui régit les productions de lait, d’oeufs et de volailles.

Il exhorte Ottawa à ne pas bouger de la position adoptée en juillet dernier à Charlottetown — lors de la réunion des ministres de l’Agriculture — visant à défendre la gestion de l’offre dans son intégralité.

D’après le réseau anglais de Radio-Canada, Ottawa pourrait ouvrir jusqu’à 10 pour cent de son marché agricole, ce qui, selon les intervenants locaux, serait catastrophique pour le Québec, puisque 43 pour cent de ses revenus agricoles sont garantis par la gestion de l’offre.

M. Paradis a affirmé que le Québec était tenu au courant des récents développements par le gouvernement fédéral, ajoutant que cela n’empêchait pas une intervention sur le terrain.

«On veut être aux premières loges et ne pas laisser filer de l’information que l’on ne peut pas vérifier de première main, a-t-il dit. Nous y allons humblement. Est-ce que nous avons les moyens de ne pas être là?»

Selon le président de l’UPA, Marcel Groleau, le 10 pour cent évoqué par la rumeur — ce qui a été démenti par Ottawa — est l’équivalent d’ajouter entre 1800 et 2000 fermes moyennes au Québec.

«Si c’est une possibilité, c’est inacceptable et non viable, a-t-il déploré. Au Québec, la gestion de l’offre représente 92 000 emplois. La production agricole représente sept pour cent du produit intérieur brut de la province.»

Le milieu agricole québécois exhorte le gouvernement fédéral à maintenir la ligne dure, puisque le fonds agricole américain de 1000 milliards $ US prévoyant des subventions sur 10 ans ainsi que le soutien agricole japonais ne sont «pas sur la table» du PTP.

Selon l’UPA, le Canada importe déjà sept pour cent de son fromage en plus d’acheter du beurre en provenance de la Nouvelle-Zélande, alors que les Américains n’importent que deux pour cent de leur consommation laitière intérieure.

«Nous, on ne fait pas de dumping sur les marchés. (…) On croit que l’on a fait notre part», a dit son président.

La filiale agricole québécoise estime que les producteurs laitiers ont déjà été sacrifiés dans l’Accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne, puisque 17 700 tonnes de fromages fins s’ajouteront aux importations actuelles.

Outre les compensations pour cet accord avec l’Union européenne, le ministre québécois de l’Agriculture a assuré ne pas avoir discuté des façons d’aider les producteurs québécois dans l’éventualité où le système de la gestion de l’offre serait modifié pour conclure le PTP.

«Les compensations, ça ne nous intéresse pas vraiment, a affirmé M. Paradis. Nous voulons des normes de réciprocité. La gestion de l’offre ne coûte pas une cenne au consommateur. Dans les pays où on a aboli les quotas, le consommateur paye le même prix et le producteur reçoit moins.»

Une étude commandée par Agropur en juillet révélait que l’abolition intégrale du système de gestion de l’offre pourrait faire perdre 24 000 emplois directs au pays, uniquement dans l’industrie du lait. Le Québec serait particulièrement touché, puisqu’il compte 5900 des 11 960 fermes laitières canadiennes.

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