SAINT-JÉRÔME, Qc – Il ne faut pas mêler l’horreur que suscite le meurtre de deux enfants par leur père avec sa défense de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux, a fait valoir l’avocat de Guy Turcotte, Pierre Poupart, au premier jour de sa plaidoirie.

Me Poupart a débuté son argumentation mardi après-midi, au palais de justice de Saint-Jérôme.

Il n’a pas exposé au jury sa théorie de ce qui s’est passé le soir du drame, le 20 février 2009. Il semble préférer une autre façon de faire, soit de passer toute la preuve au peigne fin, élément par élément.

«Il s’agit d’éléments dont vous pouvez tenir compte pour vous faire une tête sur comment les choses se sont passées, et quand», a-t-il dit au jury.

Car malheureusement l’accusé n’est pas capable de nous aider, a-t-il ajouté.

Il faisait ainsi référence au fait que Guy Turcotte affirme ne pas se souvenir de tout ce qui s’est passé ce soir-là. Il soutient n’avoir que des souvenirs fragmentaires, des «flashes» de certaines portions de la soirée.

«Il y a deux explications possibles, a fait valoir le procureur de Guy Turcotte. Soit il est un manipulateur de première, un génie, soit ces événements-là ont laissé une absence de mémoire tragique qui n’ont laissé que des fragments puissamment intégrés dans son cerveau.»

Selon son avocat, il est notamment manifeste que Guy Turcotte a bu du lave-glace avant de poignarder à mort ses deux enfants.

Il tire cette conclusion de plusieurs éléments de preuve, notamment le fait que le bouchon du bidon de lave-glace n’était pas taché de sang.

Et on peut en inférer qu’il y a eu au moins deux consommations de lave-glace, a-t-il ajouté.

Manifestement tendu, Guy Turcotte semblait écouter avec attention les arguments de son procureur principal, dans une salle bondée à laquelle des membres du public n’ont pu avoir accès mardi, faute de place.

Me Poupart a aussi tenté de miner la crédibilité de l’enquête policière parce que l’équipe dépêchée sur place n’a pas jugé bon d’analyser les taches brunâtres sur le lit de Guy Turcotte, ni les prélèvements dans le bain.

Il a aussi déploré que l’expert qui a réalisé l’autopsie sur les corps des enfants n’ait pas été appelé sur le lieu du crime, ce qui aurait pu l’aider à déterminer l’heure à laquelle ils sont morts.

Au tout début de sa plaidoirie, Me Poupart a remercié les 11 jurés pour leur attention soutenue lors du procès.

Il les a mis en garde contre le «simplisme» et la simplification à outrance.

Tout n’est pas noir ou blanc, a-t-il illustré.

«Jugez-le (l’accusé) comment vous aimeriez être jugés» et de la même façon que vous voudriez que «les gens que vous aimez d’amour» le soient.

L’avocat a ainsi fait valoir mardi que son client bénéficie de la présomption d’innocence, même s’il a été accusé du meurtre prémédité de ses deux enfants, Olivier, 5 ans, et Anne-Sophie, 3 ans.

Il rappelé que la Couronne doit prouver la culpabilité de Guy Turcotte hors de tout doute raisonnable.

Il revient toutefois à la défense de prouver que l’accusé — sur la balance des probabilités — est non criminellement responsable pour cause de troubles mentaux. Cela signifie qu’il doit être démontré qu’il est plus probable que non que l’accusé était dans cet état — un fardeau de preuve moins exigeant que celui de la Couronne, a expliqué Me Poupart.

Le procureur a fait valoir que les psychiatres de la défense ont jugé «cliniquement et médicalement» que Guy Turcotte rencontrait les critères médicaux du Code criminel à ce sujet.

Ainsi, son article 16 — l’article-clé du Code criminel pour ce procès — prévoit: «La responsabilité criminelle d’une personne n’est pas engagée à l’égard d’un acte ou d’une omission de sa part survenu alors qu’elle était atteinte de troubles mentaux qui la rendaient incapable de juger de la nature et de la qualité de l’acte ou de l’omission, ou de savoir que l’acte ou l’omission était mauvais».

Parlant de l’importance de ne pas condamner une personne non criminellement responsable, Me Poupart a dit au jury qu’«il ne faut pas fusionner l’horreur que génère pareille situation avec la responsabilité de l’article 16».

Les experts psychiatres, tant du côté de la défense que de la Couronne, ont déclaré que l’accusé souffrait alors d’un trouble de l’adaptation avec humeur dépressive.

Là où ils ne sont pas d’accord, c’est sur les conséquences d’un tel trouble: pour les experts de la Couronne, il n’y a pas de perte de contact avec la réalité et la personne sait ce qu’elle fait. Mais selon les experts de la défense, l’accusé avait ce soir-là un jugement altéré et perturbé, d’autant plus qu’il était en pleine crise suicidaire.

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