Les prestataires de l’aide sociale écopent souvent d’une réputation peu enviable. Fainéants, profiteurs, incapables… Mais si vous receviez cette aide gouvernementale de dernier recours, réussiriez-vous à garder la tête hors de l’eau?

«Pour être accepté à l’aide sociale, il faut que tu aies épuisé toutes tes ressources. Quand tu reçois ton premier chèque, t’es déjà à terre, soutient Serge Petitclerc, un des portes-paroles de la Coalition objectif dignité. Et le montant que tu reçois ne te permet pas de te relever.»

Avec notre application ci-dessous, nous vous invitons à vérifier le tout par vous-même. N’oubliez pas que, si vous êtes un adulte seul sur l’aide sociale, cela signifie que vous avez moins de 887$ sur votre compte en banque. Pour les familles (2 adultes et 2 enfants), le montant est de 1807$. Donc, si vous finissez le mois dans le rouge, vous n’aurez que peu de marge de manoeuvre.

Note: Notre algorithme prend en compte les versements de l’aide sociale du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, le Soutien aux enfants de la Régie des rentes du Québec, les Prestations fiscales canadiennes pour enfants (incluant le Supplément de la prestation nationale pour enfants) et le Crédit d’impôt pour la solidarité du Québec. Tous les montants sont des approximations.

«Arrêtons de penser que les gens sont confortables sur l’aide sociale», lance Serge Petitclerc. Selon lui, les montants accordés sont si bas qu’ils enlisent les personnes dans la pauvreté au lieu de les aider à s’en sortir.

«C’est paradoxal dit comme ça, mais un revenu trop bas fait en sorte que les personnes deviennent prisonnières de leur situation, explique-t-il. Tu développes des problèmes de santé, de diabète souvent, parce que tu manges de la cochonnerie. Tu ne peux pas t’acheter de nouveaux vêtements, donc tu deviens de moins en moins présentable. Tu brises tes réseaux sociaux. Tes amis veulent sortir, tu ne sors jamais avec eux parce que tu n’as pas une cenne. Tu tapes sur les nerfs de ta famille parce que tu ne peux jamais rien faire et que tu as toujours besoin d’aide.»

Au dépérissement physique s’ajoutent souvent les problèmes de santé mentale, a constaté Sylvia Bissonnette, coordonatrice du Groupe de recherche et de formation sur la pauvreté au Québec. «Vivre constamment en te demandant comment tu vas pouvoir réussir à payer ton hydro, ça a un impact. Les plus grands consommateurs d’antidépresseurs, ce sont les personnes âgées et les prestataires d’aide sociale.»

Difficile retour sur le marché du travail
Le ministre du Travail, de l’Emploi de la Solidarité sociale, Sam Hamad, a annoncé en novembre dernier un resserrement des règles entourant l’accès à l’aide sociale. Parmi les mesures les plus controversées, on retrouve une pénalité financière pour les prestataires qui refuseraient une offre d’emploi dite «convenable», qui reste à être déterminée. Jusqu’à la moitié du chèque d’aide sociale pourrait être coupée. Le gouvernement espère économiser environ 50 millions de dollars par an, une fois la loi adoptée.

«Ils vont créer une machine à itinérance», alerte Sylvia Bissonnette. Même son de cloche pour Serge Petitclerc, selon qui cette mesure va «envoyer des gens démolis sur le marché du travail» et sera vouée à l’échec.

«Ces gens ont besoin d’un meilleur soutien financier pour retomber sur leurs pieds, martèle Serge Petitclerc. Et parfois il faut aussi qu’ils retournent à l’école. Mais quand tu étudies à temps plein, tu n’as pas le droit à l’aide sociale. C’est comme si tout est fait pour que tu t’en sortes pas.»

Des programmes d’aide à un retour aux études existent, mais ils sont trop limités, selon les organismes d’aide aux personnes démunies. «J’ai une dame qui voulait finir son secondaire. Les règlements disent que le gouvernement t’offre un soutien financier si tu finis ton secondaire en neuf mois maximum. Mais c’était impossible pour elle. Elle était en sixième année dans toutes les matières. Donc ils l’ont coupée.»

«La seule chose que moi je retiens, avance Serge Petitclerc, c’est que le gouvernement va faire des économies de plusieurs dizaines de millions de dollars. Si on voulait aider les gens, c’est pas ce qu’on ferait.»

«Pendant la Guignolée, on est très généreux, malheureusement souvent pour se donner bonne conscience. Mais le restant de l’année, on ne veut pas payer plus d’impôts pour une véritable redistribution de la richesse», déplore Sylvia Bissonnette.

Par voie de communiqué, le Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale a indiqué que 31 millions de dollars seront ajoutés à l’aide financière de dernier recours pour l’année 2016-2017. La prestation de base passera ainsi de 616$ par mois à 623$, pour un adulte seul.

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