MONTRÉAL – Des dizaines de milliers de syndiqués du secteur public ont marché à Montréal et à Québec, mercredi, alors que la majorité des écoles, établissements de santé et ministères étaient touchés par une grève générale des 400 000 syndiqués du front commun et des 34 000 enseignants de la Fédération autonome de l’enseignement.

«C’est la plus grande grève nationale depuis 1972 dans le secteur public. Il y en avait 210 000 en grève en même temps en 1972, aujourd’hui, c’est plus de 400 000», s’est félicité Jacques Létourneau, président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), qui représente le plus gros contingent du front commun intersyndical.

Au plus fort de la manifestation, à Montréal, les syndiqués ont encerclé tout le quadrilatère du Centre de commerce mondial — dans lequel sont situés des bureaux de plusieurs ministères —, fermé les rues Saint-Jacques et Saint-Antoine, et la marche continuait au Square Victoria en montant encore la côte du Beaver Hall. Le tout s’est déroulé sans heurts.

Un avion a même survolé la foule en traînant une banderole sur laquelle on pouvait lire «M. Coiteux, on mérite mieux» (en référence au président du Conseil du trésor Martin Coiteux).

Le front commun en était à sa quatrième journée de grève dans le cadre de la présente négociation des conventions collectives, échues depuis le 31 mars.

Il détient un mandat de six journées de grève. Il en a déjà exercé trois sous un mode de grève tournante, d’abord une journée par région, puis deux journées par région. Il lui en reste encore deux.

Interrogé pour savoir si le front commun allait bientôt tenir ses 5e et 6e journées de grève, le président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), Daniel Boyer, a laissé entendre qu’il aimerait mieux ne pas avoir à en venir là. «Écoutez, on a toujours bon espoir de régler avant les Fêtes, en souhaitant que le mouvement de grève d’aujourd’hui fasse comprendre au gouvernement que nos gens ne sont pas fatigués; ils sont toujours aussi mobilisés, déterminés.»

Les négociations ont toujours cours entre le gouvernement du Québec et les syndicats, mais selon ces derniers, les progrès se font attendre à la table de négociation centrale, où sont négociés les salaires et le régime de retraite.

«Notre mobilisation a porté fruit, on a eu des ententes dans différents secteurs. Il reste encore à peu près la moitié des secteurs qui n’ont pas encore d’entente», a souligné la présidente du Syndicat de la fonction publique du Québec, Lucie Martineau.

Ces ententes dites sectorielles touchent des clauses comme la précarité d’emploi, les horaires et l’organisation du travail.

De son côté, le ministre Coiteux a déploré la tenue de cette journée de grève, alors que des ententes sectorielles ont été conclues avec les mêmes syndicats au cours des derniers jours.

«On a conclu une trentaine d’ententes en tout» et avec des groupes «importants» comme les infirmières, les professeurs de niveau collégial et le Syndicat de la fonction publique, a relevé le ministre Coiteux.

«Cette grève, bien qu’elle soit légale, compte tenu de ce qu’elle cause comme problèmes aux gens, honnêtement, je pense qu’elle n’était pas pertinente à ce stade-ci», a-t-il commenté, en faisant référence surtout aux parents qui ont des enfants d’âge scolaire et qui devaient trouver une solution de rechange pour les faire garder, s’ils travaillent tous les deux.

Il a aussi dit trouver «dommage qu’on fasse subir à la population ce genre de situation, quand, dans le fond, on est près d’en arriver ultimement à une entente».

Trois jours pour la FAE

Dans le cas de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), ce n’est pas une, mais trois journées de grève consécutives qui seront tenues. La FAE représente le tiers des enseignants du primaire et du secondaire, dans 800 écoles des régions de Montréal, Laval, Basses-Laurentides, Outaouais, Granby et Vaudreuil-Dorion.

Au cours d’une entrevue après la manifestation, le président de la FAE, Sylvain Mallette, a dit espérer que l’ampleur de la marche fasse son effet. «C’est une démonstration de la capacité qu’on a de mobiliser nos gens. Et dans le monde politique, ça veut toujours dire quelque chose.»

Les deux autres journées de grève de la FAE, jeudi et vendredi, sont donc maintenues.

Dans son cas, il n’y a même pas de négociation à la table sectorielle. La FAE a claqué la porte le 3 novembre et les négociations n’y ont pas repris, malgré deux tentatives de rapprochement. Encore mercredi, M. Mallette parlait de «canaux ouverts», mais pas de négociation formelle pour la FAE.

Les journées de grève, jeudi et vendredi, «ont toujours lieu parce qu’actuellement, il n’y a rien qui justifierait que le Conseil fédératif de négociation lève le mandat de grève. Et je serais le plus heureux d’être capable de me présenter devant l’instance et de demander la levée du mandat de grève. Malheureusement, je n’ai rien pour le justifier à ce stade-ci», a affirmé M. Mallette.

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