JUSTICE. Muni d’un véritable arsenal militaire comprenant entre autres 12 cocktails Molotov, des couteaux et des masques à gaz, un ex-journaliste de Radio-Canada, qui réside à Saint-Ours, près de Sorel-Tracy en Montérégie, aurait eu l’intention de s’en prendre au controversé projet d’oléoduc Énergie Est, a appris TC Media.

L’homme de 60 ans est en congé d’invalidité depuis une dizaine d’années pour de multiples dépressions. Il a été arrêté dans un hôtel de Québec, le 22 décembre, vêtu d’une tenue militaire et coiffé d’une casquette portant l’inscription SWAT (Special Weapons And Tactics). C’est sa sœur qui aurait alerté les autorités policières, rapportant qu’il était alors en état de psychose.

En fouillant chez lui à Saint-Ours, les policiers ont découvert 11 cocktails Molotov et du matériel avec lequel il comptait établir un campement, près de Rigaud, dans le contexte d’une opération par laquelle il entendait, avec un groupe d’activistes, empêcher la société albertaine TransCanada de déployer son projet d’oléoduc Énergie Est au Québec.

Plan d’occupation
Plusieurs informations concordantes, à la cour et obtenues via les réseaux sociaux, démontrent que François Harvey avait orchestré, avec au moins un collaborateur, une opération baptisée Juno Beach, par laquelle il projetait s’emparer d’un point de contrôle de l’oléoduc Enbridge, à la frontière de l’Ontario et du Québec.

Le plan d’invasion et de prise de contrôle, carte de type militaire à l’appui, prévoyait le blocage du chemin du Petit Brûlé et la prise d’un poste de contrôle au point d’entrée du pipeline Énergie Est, quatre kilomètres à l’ouest de Rigaud. Étaient aussi prévus l’établissement d’un camp de base et la prise d’un bâtiment de ferme voisin.

Les préparatifs de l’opération auraient coûté à François Harvey près de 18 000$. Mais la «première phase» du projet a avorté.

Le plan de l’opération Juno Beach obtenu par TC Media

Le plan de l’opération Juno Beach obtenu par TC Media

Une « armée » contre la pétrolière
Sa conjointe a rapporté aux policiers que l’état de santé mentale de François Harvey se serait détérioré depuis quelque temps. Il passait ses journées à s’entraîner militairement et comptait préparer une armée pour aller combattre la compagnie TransCanada.

Après avoir été arrêté à Québec et avoir séjourné un temps en milieu psychiatrique, François Harvey a donc été intercepté dès sa sortie de l’hôpital, le 6 janvier, et accusé de vol à l’étalage dans un Metro et de fabrication d’explosifs. Il a été libéré deux jours plus tard après avoir comparu lors d’une procédure d’enquête sur remise en liberté, dans l’attente du procès.

Une mission qui l’a conduit en France
Sur les réseaux sociaux et dans de nombreux courriels, François Harvey s’affiche ouvertement comme ZADiste (de l’acronyme ZAD – zone à défendre).

Dans une déclaration écrite, la conjointe de M. Harvey qualifie l’homme d’«activiste révolutionnaire et d’anarchiste». Elle raconte que dans les derniers mois, l’accusé a appris l’existence des ZAD et s’est rendu en France pour un séjour de plusieurs semaines en septembre, lors duquel il s’est familiarisé avec les techniques d’occupation. Un citoyen français aurait séjourné chez Harvey le mois suivant.

Ces rencontres auraient encouragé l’ex-journaliste à poursuivre son projet, selon sa conjointe. Elle l’aurait vu fabriquer des cocktails Molotov et était au courant qu’il gardait dans son cabanon plusieurs objets destinés au combat.

Fraçois Harvey s’affiche par ailleurs allègrement sur les réseaux sociaux, dans des vidéos et sur L’Étincelle, organe d’information anarchiste, où il affirme avoir donné tout récemment encore une conférence à des felquistes et incite des militants étrangers à s’introduire au Canada pour appuyer sa cause.

Cannabis et bipolarité
L’avocate de la Couronne a longuement discouru sur la problématique de consommation de l’homme de 60 ans qui souffre d’un trouble de bipolarité depuis 1978 et consomme du cannabis quotidiennement.

Cette problématique peut présenter un risque de récidive, a-t-elle dit, puisque l’accusé a des difficultés à suivre sa médication, ce qui peut déclencher des psychoses lors de la prise de stupéfiants.

Il faut savoir par ailleurs que Harvey a un antécédent de voies de fait avec une arme prohibée datant de 2013, lequel découle d’un précédent épisode de psychose. Après hospitalisation, il avait alors été jugé non criminellement responsable de ces faits.

Remis en liberté sous condition
En janvier dernier, l’avocat de la défense, Christian Crevier, a plaidé pour que des conditions spécifiques entourent la remise en liberté de son client. Le juge Noël a tenu compte de l’absence d’antécédents judiciaires et du fait que l’accusé ne fréquentait pas le milieu criminel pour le remettre en liberté sous de strictes conditions.

«C’est plutôt un problème de santé mentale qui vous a amené à adopter cette cause fanatique et qui vous a amené à dépenser des sommes extraordinaires. La dernière fois que vous avez été remis en liberté, vous avez respecté les conditions», a noté le juge.

Toutefois, les policiers l’ont arrêté à son domicile de Saint-Ours ce lundi, puisqu’il a brisé une de ses nombreuses conditions de remise en liberté en faisant la promotion de son projet contre le pipeline Énergie Est. L’accusé devait revenir en cour le 2 mai prochain, mais il comparaîtra mardi à 11h, au palais de justice de Sorel-Tracy.

Objets saisis sur François Harvey et dans son véhicule à Québec

-Deux couteaux

-Deux masques à gaz avec étuis

-Deux cartouches vertes pour masque à gaz

-Une lampe de poche de 12 pouces

-Une paire de jumelles avec étui

-Un lance-pierre

-Deux bonbonnes de répulsif à eau

-Une caisse d’acier

-Une machette

-Huit grenades «smoke» sport grosse taille pour le paintball

-Sept grenades «smoke» sport plus petite pour le paintball

-Huit bâtons de feux d’artifice «Cherry bomb»

-Deux «smoke» grenades noires

-Huit bâtons de feux d’artifice «Red dragon candle»

-Un sac militaire

-Un cahier de notes

Objets saisis dans le garage de François Harvey à Saint-Ours

-11 cocktails Molotov

-Une tente de huit places dans son sac d’origine

-Une génératrice de 4000 watts dans sa boite

-11 casques d’armée verts

-Deux télescopes

-Huit masques à gaz à l’état neuf

-12 cartouches de masque à gaz

-Trois boites de 20 paquets de ration «pack» précuits

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