QUÉBEC – Les médecins omnipraticiens prennent du retard, de par leur propre choix, dans l’inscription de nouveaux patients, a laissé entendre jeudi le ministre Gaétan Barrette en les mettant en garde contre des sanctions.

Le ministre a fait le point sur les cibles de prise en charge de nouveaux patients convenues avec les fédérations médicales il y a un an.

Le gouvernement Couillard veut que 85 pour cent des Québécois aient un médecin de famille d’ici à 2018, mais il reste encore un écart de 14 pour cent à combler. En gros, un peu plus d’un million de personnes supplémentaires doivent pouvoir s’inscrire auprès d’un médecin de famille entre 2015 et 2018.

Or les médecins devront accélérer le rythme d’inscription s’ils ne veulent pas subir les sanctions du projet de loi 20, une loi dont l’entrée en vigueur est retardée et qui force à coup de pénalités les médecins à travailler davantage.

Ils sont actuellement en dessous des cibles, selon les données dévoilées par M. Barrette en conférence de presse jeudi, au siège du ministère de la Santé à Québec. Ils ont atteint le taux de 71,8 pour cent en mai, soit 2,2 pour cent de moins que la cible où ils devraient être actuellement pour se rendre graduellement à 85 pour cent.

Les omnipraticiens devront inscrire 58 000 nouveaux patients par mois d’ici à 18 mois, soit environ un patient par jour ouvrable, a résumé M. Barrette.

C’est un «retard léger», il est «rattrapable», mais il pourrait arriver «un moment où le retard ne serait pas rattrapable», a-t-il déclaré.

«L’effort est significatif, mais il doit être amplifié», a-t-il poursuivi, en précisant qu’il s’adresse non pas au quart des médecins qui dépasse ou atteint déjà sa cible de prise en charge, mais aux 75 pour cent restants qui n’y arrivent pas, dont beaucoup de jeunes médecins.

«C’est simple, ce n’est pas énorme, mais cela demande de faire des choix. (…) Je pense que c’est faisable», a dit le ministre. Il a toutefois laissé planer la menace de mesures coercitives si le taux d’inscription ne s’accélère pas aux prochaines mises à jour, qui auront lieu aux trois mois.

«Au moment où on se parle, ce n’est pas nécessaire de prendre des mesures, mais vous comprendrez qu’en septembre ou en décembre, la situation pourrait être tout autre», a-t-il ajouté.

Il a rappelé que la Fédération des médecins omnipraticiens (FMOQ) avait aussi convenu des cibles de l’entente et qu’elle devra elle-même imposer des sanctions en cas d’écart, avant même l’entrée en vigueur éventuelle du projet de loi 20.

«On s’est engagé à livrer cette feuille de route, a-t-il insisté. Si elle (la FMOQ) a signé, c’est qu’elle croyait que ses membres pouvaient le faire.»

Il y a 478 000 personnes inscrites au portail du ministère en vue d’obtenir un médecin de famille et il suffit donc simplement aux médecins de puiser dans cette banque, a dit M. Barrette.

«Le médecin doit choisir d’en inscrire, c’est un geste volontaire. S’ils ne le font pas, quelles conclusions peut-on tirer? C’est qu’ils choisissent de ne pas le faire», a-t-il dit.

La FMOQ n’a pas mâché ses mots pour répliquer à M. Barrette. Par voie de communiqué, elle a souligné que l’accès s’était amélioré «malgré le gouvernement».

Le taux d’inscription a augmenté de près de 5 pour cent au cours de la dernière année pour atteindre un pourcentage s’approchant de l’objectif de 74 pour cent en date du 30 juin, a souligné le président de la fédération, Louis Godin, dans un entretien téléphonique.

Il a soutenu que ces résultats ont été atteints en dépit notamment de «l’absence notable d’ajout de ressources professionnelles en soutien aux médecins de famille, l’absence d’amélioration de l’accès aux tests diagnostiques et aux consultations spécialisées, la multiplication de contraintes bureaucratiques contre-productives et un discours ministériel dénigrant et décourageant».

Il balaie du revers de la main l’interprétation du ministre voulant que les omnipraticiens font le choix de ne pas atteindre leur quota d’inscription. «C’est sa version à lui, vous savez, pour le ministre, c’est toujours la faute des autres», a-t-il déploré. M. Godin a assuré qu’il était «très confiant» d’atteindre les cibles au 31 décembre 2017.

Quant à l’opposition officielle, elle voit dans ces données un signe de l’échec de la réforme du gouvernement Couillard. En un an, à peine 2,4 pour cent des Québécois ont été nouvellement inscrits, a constaté la porte-parole péquiste en matière de santé, la députée de Taillon, Diane Lamarre.

Le ministre se comporte de façon «arrogante» avec les médecins, ce qui les rebute, a-t-elle déclaré en entrevue téléphonique.

«L’approche coercitive du ministre est empreinte de mépris et ne donne pas envie d’aller dans le sens de ce qu’il impose», a-t-elle dit.

Selon elle, il sera «impossible» d’atteindre la cible de 85 pour cent en 18 mois.

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