L’absence de députés ouvertement homosexuels ou bisexuels au gouverne­ment du Québec et leur faible proportion à l’Assemblée nationale est problématique, jugent des expertes de la politique et du mouvement des lesbiennes, gais, bisexuels et trans (LGBT).

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a affirmé cette semaine à la Presse canadienne que la présence d’alliés – des personnes non LGBT soutenant les droits de ces derniers – au caucus libéral était suffisante. Par ailleurs, seuls trois députés ouvertement homosexuels siègent parmi les 125 que compte l’Assemblée nationale. Ils sont membres du Parti québécois et de Québec solidaire.

Manon Tremblay, professeure de science politique à l’Université d’Ottawa, et Valérie Lapointe, doctorante en science politique et membre du conseil d’administration du Conseil québécois LGBT, saluent le travail effectué par des alliés comme Mme Vallée et le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, qu’elles estiment important. Mais elles croient que la présence de députés et ministres LGBT qui aient une visibilité médiatique et qui agissent pour leurs communautés est également essentielle.

«Tout d’abord, ils peuvent agir comme modèles. Voir qu’une personne comme nous, en dépit de tous les ostracismes, peut occuper les plus hautes positions sociales, c’est très puissant pour construire la confiance en soi», a affirmé Mme Tremblay.

La professeure soutient également que les politiciens LGBT peuvent faire avancer certains droits grâce à la «politique des émotions», c’est-à-dire en se fondant sur leurs expériences vécues en tant que minorité sociale. «Kathleen Wynne, la première ministre de l’Ontario, a parlé avec son cœur lorsqu’elle s’est levée pour faire interdire les thérapies réparatrices, soit celles visant à “guérir” les personnes LGBT. Même chose pour l’ancien député fédéral Bill Siksay, qui a parlé de son amour pour son conjoint Brian lors du débat sur le projet de loi qui a mené à la légalisation du mariage gai, en 2005. C’est très convaincant aux yeux de l’opinion publique», a-t-elle fait valoir.

«Il est troublant qu’il n’y ait aucun député LGBT dans les rangs du caucus parlementaire du parti formant le gouvernement […]. On ne peut que s’interroger sur l’ouverture de ce parti à la diversité sociale… » – Manon Tremblay, professeure de science politique à l’Université d’Ottawa

Qu’est-ce qui explique que les personnes LGBT soient complètement absentes du gouvernement? «Je ne pense pas que les gens du Parti libéral soient homophobes, mais il y a une base électorale plus conservatrice qu’à Québec solidaire et qu’au Parti québécois, qu’ils ne veulent sans doute pas choquer», a supposé Mme Tremblay.

«Ça reste un défi de se lancer en politique lorsqu’on appartient à une minorité sexuelle. Il y a toujours le risque de se faire attaquer pour ce qu’on est, a pour sa part commenté Mme Lapointe. Il y a encore un malaise de certains candidats d’afficher leur homosexualité, par peur de perdre des votes.» Mme Lapointe a également fait remarquer qu’il n’y a pas de mesures concrètes, à l’heure actuelle, pour inclure les personnes LGBT dans les partis politiques québécois.

Mmes Lapointe et Tremblay déplorent ainsi que les députés LGBT doivent généralement se conformer à certaines normes hétérosexuelles pour projeter une image de respectabilité sociale. «L’élection de Manon Massé est extraordinaire, car elle projette une image et a des idées qui s’écartent du courant dominant, plus inclusives pour les communautés LGBT», s’est réjouie Mme Tremblay.

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