Bertrand Calmeau Antoine Olivier Pilon et Lou-Pascal Tremblay dans 1:54 de Yan England

Le premier long métrage réalisé par le comédien Yan England, 1:54, qui aborde le sujet délicat de l’intimidation, met en vedette Antoine Olivier Pilon (Mommy), Lou-Pascal Tremblay (Jérémie) et Sophie Nélisse (Monsieur Lazhar).

Dans Henry, son court métrage nommé aux Oscars, Yan England abordait le sujet de la maladie d’Alzheimer, mais en racontant l’histoire d’un homme à la recherche de sa femme. Dans 1:54, son premier long métrage, c’est l’intimidation qui est au cœur du récit : Tim (Antoine Olivier Pilon), un garçon féru de sciences et doué pour les sports, est le souffre-douleur de Jeff, un autre élève de son école secondaire (Lou-Pascal Tremblay). N’en pouvant plus, Tim décide de frapper Jeff là où ça fait mal : en battant son record de 1:54 à la course à pied. Mais Jeff n’entend pas se laisser détrôner ainsi.

Coureur de 800 mètres, Yan England, qui travaille à cette histoire depuis près de quatre ans, aimait l’idée d’allier plusieurs thématiques – intimidation, course… – «même si je n’aime pas parler de thématique, parce que ce n’est pas un documentaire, précise-t-il. Pour moi, c’est une œuvre de fiction.»

«Antoine Olivier Pilon porte le film sur ses épaules. On voit ce qui se passe à travers ses yeux, on est toujours avec lui.»
– Yan England, réalisateur de 1:54

Il n’en reste pas moins que le cinéaste a tenu mordicus à ce que son film soit  «loin des clichés et surtout pas moralisateur», mais aussi très authentique. «On a tourné dans une vraie école, et, par exemple, les scènes à la cafétéria avaient lieu pendant la vraie heure du dîner, avec 1 200 vrais étudiants, décrit-il. Les acteurs devaient toujours s’appeler par leur nom de personnage, pour ne pas sortir de leur rôle. Lou-Pascal et Antoine Olivier sont deux grands amis dans la vie, et ils n’avaient pas le droit de se voir en dehors du plateau de tournage.»

Cette vérité, il l’a cherchée aussi dans la pratique de la course, et en plus de devoir apprendre les bonnes techniques, Lou-Pascal Tremblay et Antoine Olivier Pilon ont été entourés de vrais athlètes de partout au Québec – sans compter que leur coach est joué par le comédien Patrice Godin, lui-même ultramarathonien.

À l’occasion de la première du film à Québec, le réalisateur a eu l’occasion de vérifier la portée potentielle de 1:54 quand une jeune fille l’a abordé pour lui dire : «À l’école, il  y en a de l’intimidation, j’en entends parler, mais moi, je le vois jamais. Et là, je comprends pourquoi.» «Maintenant, ça passe par les médias sociaux, fait remarquer le trentenaire. Le secondaire, c’est une microsociété à laquelle les parents et les professeurs n’ont pas accès. Même les jeunes ne voient pas tout ce qui se passe à l’école.»

Tournage exigeant
Ironiquement, c’est la course qui a poussé Antoine Olivier Pilon à accepter le rôle principal de 1:54. «Je hais la course, en fait, parce que je suis asthmatique, avoue-t-il. Je savais que j’allais devoir m’entraîner, être suivi par un professionnel, et je suis quelqu’un qui a besoin d’une raison pour s’entraîner. Je me suis blessé par contre pendant le tournage, j’ai eu des fractures de stress. Ç’a été le tournage le plus exigeant que j’aie vécu, autant physiquement qu’émotivement, parce que c’est tellement lourd ce que le personnage vit, et veut, veut pas, j’ai dû le vivre aussi», ajoute la vedette de Mommy, qui ne détesterait pas jouer dans une comédie.

Si Yan England pensait depuis le début du projet à Antoine Olivier, qu’il avait interviewé pour Fan Club à Vrak.tv, le jeune homme a hésité avant d’accepter le rôle de Tim. «Je savais que c’était une immense responsabilité – le sujet est délicat, on veut pas se planter – et il y a des scènes avec lesquelles je n’étais pas forcément à l’aise, explique l’acteur. J’ai pris une semaine pour y penser.»

De son côté, Lou-Pascal Tremblay a sauté tête première sur l’occasion de jouer Jeff : «C’était la première fois que quelqu’un me faisait confiance pour ce genre de rôle-là, et il fallait que j’aille puiser dans des trucs moins reluisants de mon passé, fait-il remarquer. Jeff, c’est quelqu’un de très compétitif, qui est au top et qui veut le rester. Je ne pense pas qu’il réalise la portée de ses actes. Il trouve la faiblesse de Tim pour l’attaquer. Je ne pense pas qu’il soit méchant fondamentalement, mais c’est une vipère. Ce que j’ai aimé, c’est que Yan n’est pas allé chercher le gars classique avec une cicatrice et les cheveux rasés : j’ai généralement un rôle doux, mais on a tout fait passer par le regard.»

Les deux garçons étaient toutefois heureux d’aborder le sujet de l’intimidation. «Je n’ai jamais été victime d’intimidation, thank God, mais j’étais le gars cool, turbulent, du genre qui pitche des effaces au monde dans la classe, décrit Tremblay. Et j’ai puisé là-dedans pour le personnage : quand je faisais ça, j’avais un grand sourire dans la face, et ce n’était pas pour blesser, mais je ne pensais pas à la façon dont se sentirait la personne qui recevait l’efface. C’est ça aussi que le film montre. C’est juste des jokes initialement, mais ça peut avoir des conséquences plus graves.»

Pilon, qui avait tenu la vedette dans le vidéoclip signé Xavier Dolan pour la chanson d’Indochine College Boy, qui dénonçait aussi l’intimidation, dit avoir connu les deux côtés de la médaille. «Je me suis fait intimider dans mon enfance, quand ma famille a déménagé à la campagne, et à mon retour à Montréal, je me suis mis à le faire à mon tour à quelqu’un que je n’aimais pas, raconte-t-il. Je ne m’en suis pas rendu compte sur le coup, et quand j’en ai pris conscience plus tard, j’ai eu l’occasion de m’excuser auprès de cette personne. Aujourd’hui, je vois le fait de traiter de ce sujet devant la caméra comme une occasion de sensibiliser le plus de gens possible.»

1:54
En salle le 13 octobre

Aussi dans Culture :

blog comments powered by Disqus