Collaboration spéciale Le peuple interdit

Alexandre Chartrand filme une nation qui aspire à l’indépendance dans son documentaire Le peuple interdit.

2014 devait être une année historique pour la population de la Catalogne, qui allait pouvoir tenir un référendum sur son avenir. De quoi inciter Alexandre Chartrand à partir pour l’Espagne afin de prendre le pouls de la situation. «Une fois sur le terrain, pratiquement tout ce que j’avais prévu est tombé à l’eau, confie le réalisateur en entrevue. Le référendum a été annulé par le gouvernement et il a fallu que je trouve des solutions de rechange. J’ai suivi mon idée de base, qui était de suivre des gens engagés dans le mouvement citoyen.»

Il a alors décidé de tourner sur le vif, d’être ouvert et de se laisser porter par les événements. Du cinéma direct à l’état pur. Des rencontres décisives ont été possibles parce qu’il connaissait déjà la langue catalane, et son expérience de monteur lui a permis de fignoler un récit. On trouve d’ailleurs, dans ce dernier des individus qui sacrifient tout pour accomplir leurs rêves, des manifestations monstres et une urgence de traduire ce désir de pays par des images.

«Au départ, j’essayais de tout expliquer, se rappelle le cinéaste. J’ai cherché à réduire ça de beaucoup, car je trouvais que ça limitait l’immersion cinématographique. Il y a les clés pour comprendre ce qui se passe, mais je voulais qu’on demeure dans l’ordre de la sensation, de l’émotion.»

Évidemment, impossible de ne pas noter les liens qui peuvent exister entre le sujet et la situation québécoise. «Pendant que je filmais là-bas, je trouvais qu’on était quand même assez amorphes, que la politique ici n’était pas inspirante, avoue Alexandre Chartrand. On a un gouvernement qui fait de la politique à la petite semaine et qui n’a pas de projet d’avenir, qui n’a pas de vision à long terme. Là-bas, les gens sont en train d’écrire une constitution catalane. Une constitution qui fait rêver les gens. Je trouve qu’on manque de ça ici.»

«En Catalogne, les gens s’engagent et font bouger les choses. S’il y a eu un mouvement indépendantiste dans les dernières années, ce n’est pas parce que les partis politiques ont décidé de le mettre à l’agenda. C’est parce que le peuple a décidé d’amener ça à l’avant-plan.»
– Alexandre Chartrand

Regard de peintre
S’il a coréalisé le film de fiction La planque en 2004 et le documentaire Le peuple interdit, Alexandre Chartrand est d’abord un peintre dans l’âme, et cet art ne peut que teinter sa sensibilité. «La peinture est toujours un point de départ, admet le principal intéressé. Quand je pense à une image, je m’inspire de peintres. Dans ce cas-ci, c’est Antoni Tapies, un peintre catalan que j’adore…  L’art visuel est pour moi est une inspiration en matière de sensations. Ça pousse à la création.»

Le peuple interdit
Au Cinéma impérial dans le cadre du Festival du nouveau cinéma le 14 octobre à 19 h 15
En salle dès le 17 octobre

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