Kim Min-hee Ha Jung-woo (le comte Fujiwara) et Kim Min-hee (Lady Hideko) dans Mademoiselle

Le célèbre réalisateur sud-coréen Park Chan-wook, dont le film Mademoiselle vient de sortir en salle, soutient qu’aussi macabre soit son œuvre, elle a le cœur tendre (en quelque sorte).

Quand Park Chan-wook accorde des entrevues, il ne reste pas sagement assis. Il se promène et regarde par la fenêtre pendant qu’il réfléchit à ses réponses. C’est en raison de problèmes de dos, mais ce comportement correspond à merveille à ses films, qui sont tout sauf rangés. Ils débordent d’images magnifiques, d’idées sournoises et, généralement, de violence comiquement extrême. Son petit dernier, Mademoiselle (Agassi en version originale), est une créature différente: ses meilleures scènes ne sont pas celles de morts sanglantes et déplaisantes, comme dans Oldboy, Sympathy for Mr. Vengeance, Stoker ou Thirst. Il y adapte Fingersmith, le roman de Sarah Waters mettant en scène deux femmes de l’Angleterre victorienne qui  tombent amoureuses au milieu d’une arnaque. Park transpose l’action dans la Corée des années 1930, durant la colonisation japonaise, et offre le film le plus résolument romantique de sa filmographie.

Pourquoi avoir transposé le roman dans cette période de la Corée?
Quand j’ai lu Fingersmith, je prévoyais que le film se déroule aussi dans l’Angleterre victorienne. Mais mon producteur a suggéré la période coloniale et ça m’a ouvert l’esprit à divers éléments que ça me permettait d’ajouter au film.

Ça aurait été très différent si ça s’était passé en Angleterre?
C’est très difficile à imaginer – ça aurait été très différent de la minisérie de la BBC, mais aussi très différent de Mademoiselle.

Vos films ont toujours un aspect romantique, mais c’est un des rares qui comprenne une histoire d’amour très passionnelle.
Au Fantastic Fest, à Austin, ils organisent des débats – cette année, c’était: «Rocky IV est-il le meilleur film de boxe de tous les temps?» Je leur ai suggéré un sujet: «Prouver que les films de Park Chan-wook sont tous fondamentalement des histoires d’amour.» [Rires]

«On rigolait en écrivant le scénario en disant qu’on lui donnerait le titre d’un essai japonais intitulé Ces êtres humains masculins dont nous n’avons pas besoin. [Rires]» – Park Chan-wook, à propos de Mademoiselle, qui critique fortement le système patriarcal et ces vieux hommes aux traditions archaïques qui oppressent les femmes

Comment Sympathy for Mr. Vengeance peut-il être une histoire d’amour?
Il y a une relation entre les deux kidnappeurs joués par Shin Ha-kyun et Bae Doona. Quand le cadavre de cette dernière est transporté dans l’ascenseur, le premier prend le risque de se faire attraper et entre dans l’ascenseur avec l’équipe de médecins légistes. Et il tient sa main. D’aucuns pourraient dire que c’est un moment très romantique.

Même dans Mademoiselle, bien que ce soit une histoire d’amour, les amants passent beaucoup de temps séparés, et se soupçonnent mutuellement de trahison. Pouvez-vous seulement écrire des histoires d’amour percluses de doute?
Bien sûr. C’est ce qui rend l’amour formidable. [Rires] Avec ma femme, par exemple, avant notre mariage, et même après, j’ai toujours redouté le péril qui est susceptible de nous attendre au détour. Si on ne fait pas attention et si on ne consacre pas d’efforts à une relation, on n’a aucune idée de la vitesse à laquelle un petit détail peut devenir une immense menace. J’ai l’impression que je fais un discours à un mariage : «Sans sacrifice, sans courage, sans engagement, l’amour est dur à entretenir.» [Rires]

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