Universal Sting

La disparition de Prince et celle de David Bowie, les changements climatiques, les réfugiés… Tout cela a produit l’étincelle qu’il fallait pour que Sting crée son premier album rock en 13 ans. 57th & 9th, qui évoque l’intersection que le musicien de 64 ans traverse chaque jour pour se rendre en studio, a été enregistré en seulement quatre mois, et on peut y entendre son batteur de tournée Vinnie Colaiuta, son guitariste Dominic Miller, ainsi que Jerry Fuentes et Diego Navaira du groupe The Last Bandoleros. Métro a rencontré l’ancien leader du groupe The Police à Beverly Hills pour parler de son nouvel opus.

Vous retournez à la pop-rock avec ce 12e album solo. Avez-vous songé à changer complètement de style pour aller vers l’électro, par exemple?
[Rires] Une partie essentielle de la vie d’un musicien, c’est de créer le facteur «wow», avec les instruments autant qu’avec le propos de la chanson. Peut-être que les gens tiennent pour acquis que je vais continuer à faire la même chose chaque fois. Mais c’était clair qu’avec cet album, je voulais faire quelque chose de nouveau et surprendre les gens. Je voulais que le public entende quelque chose qu’il n’attendait pas de moi. Bien sûr, j’aurais pu les surprendre avec un disque de musique électro. [Rires] Mais cet album a été très spontané, enregistré rapidement, avec des amis. Chaque jour, j’allais au studio à New York pour travailler avec les gars. L’idée de l’expérience était d’avoir du plaisir.

Est-ce que c’est facile pour vous de trouver l’inspiration?
C’est très difficile. La première chanson, I Can’t Stop Thinking About You, parle d’ailleurs d’obsession. Le sujet est cet écrivain assis face à une page blanche comme un champ enneigé. Le métier d’un écrivain est de creuser pour trouver quelque chose – une muse, une idée, quelque chose qui vous inspire. Pour moi, la musique coule plus facilement que les paroles. Je la trouve beaucoup plus naturellement, mais les paroles viennent d’un endroit mystérieux que je ne comprends pas du tout. Mais je sais que, si j’ai la patience et la discipline, elles viendront. C’est bien si je me trouve dans une situation relativement inconfortable. J’ai une vie assez privilégiée, vous vous en doutez. Quand je vis à New York, j’ai une grande terrasse et, durant l’hiver, je m’enferme dehors avec mon papier, mon stylo et ma musique et je n’entre pas tant que la chanson n’est pas terminée. C’est une façon de m’inspirer, de me forcer à écrire. J’avais terriblement froid, et ma première chanson y fait référence.

«Peut-être que, dans le futur, c’est nous qui devrons chercher refuge et espérer que les autres nous acceptent et ne nous mettent pas de bâtons dans les roues.»
– Sting

Quel genre de relation avez-vous avec la musique?
C’est sans contredit une obsession. Parfois, ça peut être une malédiction. Un musicien doit analyser la musique. Si vous l’entendez dans un ascenseur ou un supermarché et que vous ne l’aimez pas, vous ne pouvez pas arrêter de l’écouter, parce que vous l’analysez sans arrêt. Alors, j’apprécie beaucoup le silence, et me concentrer sur ce que je fais. Vous avez peut-être lu un article au sujet d’une expérience de chercheurs de l’Université McGill, à Montréal, qui ont étudié l’activité de mon cerveau quand j’écoute de la musique, que je compose ou que je chante. D’abord, ils ont trouvé un cerveau, ce qui est rassurant. [Rires] Ils ont fait jouer différentes pièces, certaines que j’aime et d’autres que je n’aime pas. La conclusion était que les musiciens écoutent avec plus de parties du cerveau que la plupart des gens. Alors, on est à la fois maudits et bénis.

Quelle est la pièce de votre nouvel album que vous préférez?
La plus différente est Petrolhead, parce qu’elle est très rock’n’roll. Il y a Heading South on the Great North Road, qui dévoile un peu d’où je viens et pourquoi je suis parti à la recherche d’une vie meilleure. En ce sens, elle est un peu liée à une autre pièce, Inshallah, qui porte aussi sur des gens – les réfugiés – à la recherche d’une vie meilleure. Je crois que nous sommes tous des réfugiés, à un certain degré. Pas au niveau où les Syriens le sont, évidemment, parce qu’il y a pour eux un danger imminent, mais dans le sens que, peu importe où on vit, nos ancêtres viennent toujours d’ailleurs. Nous devons garder ça en tête. Peut-être que, dans le futur, c’est nous qui devrons chercher refuge et espérer que les autres nous acceptent et ne nous mettent pas de bâtons dans les roues. Je n’essaie pas de donner une solution politique ou quoi que ce soit, mais c’est un problème qui doit être traité avec délicatesse et non comme quelque chose d’abstrait qui n’a rien à voir avec nous. Nous devons penser à un visage, à une famille, pas seulement en termes de nombres. Je n’ai pas la solution miracle, mais nous devons trouver un moyen de résoudre ce problème parce qu’il ne disparaîtra pas. Les raisons de migrer sont, principalement, la guerre et la pauvreté actuellement, mais bientôt les changements climatiques vont aussi être une cause, alors c’est important de se mettre au travail et d’essayer de trouver une solution tous ensemble.

57th & 9th
Disponible dès vendredi

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