Josie Desmarais «Ma musique, je la vis dans mes tripes. Quand je suis derrière mon piano, je sors tout ça de moi», dit Alex Robshaw

«Alex Robshaw, c’est moi exposant mille. C’est moi à l’état pur.» Dans cet état, et sous ce nom d’artiste, l’auteure-compositrice-interprète montréalaise propose de prendre part à son nouveau (long) jeu, Original Game.

«Sur mon premier album, j’ai consciemment parlé de plein de sujets : la société, ma mère, mon père. Parce que je savais que, sur mon deuxième disque, je n’aborderais qu’un seul thème. Celui des relations, du désir et de l’amour.»

Le premier album d’Alex Robshaw, lancé de façon indépendante en 2012, s’appelait 1339 Crowder’s End. Le deuxième, intitulé Original Game, paraîtra, de façon tout aussi indépendante, en 2017.

Le «jeu originel» auquel le titre fait référence, c’est celui de la séduction. «Le premier jeu auquel les humains ont joué ensemble.»

Son «ensemble» à elle, le disque, se veut «une étude contemporaine du désir», explique-t-elle, attablée au Toi, Moi & Café, dans Saint-Henri, où elle va souvent écrire.

Dans les derniers mois, la pianiste et vocaliste a d’ailleurs beaucoup écrit. Au final, ce sont 13 morceaux qu’elle a conçus. Mais elle aurait pu en composer beaucoup plus, compte tenu du sujet. «C’est clair! s’exclame-t-elle. Je me suis donné un gros défi. Je pense que la première chanson qui a été écrite dans l’histoire, c’est une chanson d’amour.»

Son défi, donc : «Offrir une perspective rafraîchissante sur ce thème. Telle image, qui a été utilisée mille fois, comment la revisiter? Ou telle émotion, comment en parler d’une façon nouvelle?»

Comme elle propose d’explorer «l’amour d’aujourd’hui», y aura-t-il, question niaiseuse, une référence aux réseaux sociaux? «Ha! Genre une toune sur Tinder? s’esclaffe-t-elle. Non! C’est plus par rapport à moi, aux émotions que j’ai vécues au cours de différentes relations. Il y a deux gars en particulier qui m’ont inspiré ces chansons.» Et ils savent? «Hmm… pas encore!»

Épaulée à la production par Jonh M. Miller, de Projkt F, un groupe industriel local, Alex souhaite «concrétiser son univers». Pour ce faire, elle collabore avec moins de musiciens. Et entend garder «les mêmes tout le long». Car, sur son premier album, 1339 Crowder’s End, «ils étaient 17 au total!» rappelle-t-elle. Il y avait aussi «un son très riche». «Sur chaque chanson, il y avait, au minimum, 10 pistes de voix, 6 pistes de guitare. C’était très “dans ton visage”, in your face. Je voulais qu’à chaque fois qu’on l’écoute, on découvre quelque chose de nouveau.»

Et pour Original Game? «L’idée, c’est vraiment less is more. On s’en va vers un son plus nu. Et c’est voulu que j’utilise le mot parce que ça va avec le thème du désir.»

Un son dans lequel on sentira «l’influence de Nine Inch Nails, époque The Fragile». Et puis, un peu de trip-hop. «J’aimais beaucoup Massive Attack, Portishead et Sneaker Pimps dans le temps.»

Sinon, parmi les autres artistes qu’elle admire et dont on reconnaît les influences dans ses pièces sombres, intenses, habitées, il y a Tori Amos, P J Harvey, Tool. Mais bien sûr, elle ne se perd jamais de vue. «Ce à quoi je travaille, c’est ma propre vision créative. Donc, oui, j’ai des inspirations, mais il faut que “ça sonne moi”. De texte en texte, c’est quelque chose que je développe.»

Et ces textes qui se développent ne prennent pas seulement la forme de chansons. Celle qui se surnomme «Queen of Darkness», Reine des ténèbres, publie aussi ses pensées sur son blogue et sur le site britannique Intravenous, où elle signe des éditos sur la culture alternative et sur la réalité complexe des créateurs indépendants plongés dans un monde qui s’abîme dans le divertissement rapide. «Le but, c’est de repousser mes limites, de jouer avec les mots, les images», dit-elle.

Née dans une famille de musiciens, formée au chant et au piano alors qu’elle était encore toute petite, la jeune femme assure qu’elle n’a jamais voulu faire autre chose que de l’art. Même pas par rébellion. «Mes parents m’ont élevée en me disant : tu as ton talent. Il sera toujours là. Mais il y a plein d’autres choses que tu peux faire aussi. C’est à toi de choisir!»

«C’est spécial comment, parfois, on ne sait pas quelle décision prendre. Puis, soudain, une lumière apparaît et on réalise que, OK, on n’a plus le choix, c’est là qu’il faut aller.»
Et elle, cette lumière qui lui a montré la voie, pas le choix, elle l’a vue quand? «J’avais 20 ans. C’était en 2006. C’est là qu’Alex Robshaw a commencé à crier en dedans de moi qu’elle voulait sortir. Ma fougue et mon besoin de me développer artistiquement étaient là. Il fallait que je le fasse. Tout de suite!»

Car «Alex Robshaw», c’est comme elle… «mais en superhéroïne». «Je m’habille comme j’ai envie de m’habiller, je dis ce que j’ai envie de dire. Je ne porte plus ces masques que la société nous impose. C’est spécial parce que beaucoup d’artistes revêtent une personnalité. Moi, c’est le contraire. J’enlève tout ce qu’il y a de superflu. Tu n’auras pas plus moi que ça.»

Campagne indigogo d’Original Game

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