EyeSteelFilms Isabelle Huppert dans L’Avenir, présentement en salle

La réalisatrice française Mia Hansen-Løve parle à Métro de ses inspirations, de l’aide que lui a apportée sa mère dans l’écriture du scénario de L’Avenir et de l’intimidante Isabelle Huppert.

Mia Hansen-Løve, qui compte également sur sa feuille de route Un amour de jeunesse et Le Père de mes enfants, a toujours aimé s’inspirer de sa vie. Mais ce ne sont pas toujours ses expériences personnelles qui se retrouvent sur le grand écran. Son dernier film, Éden, était basé sur la vie de son frère, qui a vécu en tant que DJ l’ascension de la musique électronique française au cours des années 1990.

Son cinquième long métrage, L’Avenir, ne porte pas spécifiquement sur ses parents, deux professeurs de philosophie, mais sur un couple de longue date qui pratique la même profession. Isabelle Huppert interprète Nathalie, une enseignante qui voit sa vie s’écrouler autour d’elle: sa mère est mourante, elle perd son emploi et son mari (André Marcon) la laisse pour une autre. Pour Huppert, il s’agit d’un rare rôle de femme vulnérable – à des années-lumière de son personnage vengeur dans Elle, de Paul Verhoeven, présentement à l’écran –, mais la légendaire actrice française parvient à insuffler à son personnage une force intérieure qui le rend encore plus fascinant.

Entrevue avec la cinéaste de 35 ans.

Pourquoi avoir campé votre cinquième film autour de professeurs de philosophie?
J’ai grandi dans un monde d’intellectuels. J’ai beaucoup été influencée par cette atmosphère. Mais pour plusieurs raisons, j’ai attendu avant d’attaquer ce monde de front. On peut en voir des traces dans mes premiers films, mais ce n’était jamais le sujet principal. C’est la première fois que je décris réellement le monde dans lequel j’ai grandi. La plupart de mes films ont été influencés par mes expériences personnelles, mais ils ne sont pas autobiographiques pour autant, car je n’y raconte pas ma vie. Je n’ai jamais fait de film sur une réalisatrice. Pas encore. [Rires.] Mes films sont toujours constitués d’un mélange d’événements que j’observe et de souvenirs.

Avez-vous dû faire des recherches sur la philosophie ou vos parents vous avaient déjà inculqué les enseignements des grands philosophes que vous citez – Theodor Adorno, Max Horkheimer, etc.?
Je les connaissais déjà très bien, je n’ai pas eu besoin de faire de recherches. J’ai été en contact avec eux dans ma jeunesse, lorsque j’habitais chez mes parents. Mais j’ai tout de même consulté ma mère pour les scènes de classe, pour avoir les bonnes références et les bonnes citations. Elle m’a aussi aidée avec les scènes où Nathalie enseignait. Je ne voulais pas écrire un faux cours de philosophie: je ne m’y connais pas assez pour trouver les mots. J’ai demandé à ma mère de rendre ces scènes crédibles. J’avais fait la même chose pour Éden avec mon frère, mais seulement pour quelques séquences. J’aime être aussi précise que possible dans mes descriptions.

«Dans mes films, j’aime décrire des univers. Dans ce cas, c’était le monde de la philosophie. Avant, c’était la musique (Éden) ou une compagnie de production (Le Père de mes enfants).» – Mia Hansen-Løve, réalisatrice de L’Avenir

Nathalie finit par se confronter à Fabien, un de ses anciens étudiants. Serait-il trop simple de dire qu’il s’agit de deux naïfs et qu’elle est une idéaliste dépassée?
Certains spectateurs pensent qu’elle a perdu son idéalisme, qu’elle a abandonné et qu’elle accepte maintenant les compromis. Je ne le vois pas comme ça. Peut-être que Fabien la voit comme ça, c’est peut-être plus facile ainsi. Elle a tout de même changé par rapport à sa jeunesse, où sa vision du monde était forgée par les idéologies.

Aujourd’hui, elle rejette les idéologies. Elle croit que le monde est plus complexe. Comme moi. Je ne suis pas complètement d’accord avec tout ce qu’elle dit et j’ai une certaine sympathie pour les idéaux de Fabien, jusqu’à un certain point. Mais je comprends le point de vue de Nathalie et ce n’est pas parce que je vieillis. Je crois qu’il est important aujourd’hui de croire en la complexité face à une vision où tout est noir ou blanc. Nous devons construire une vision du monde où il y a de la place pour la nuance et la complexité.

Beaucoup de vos films parlent de la même angoisse, celle de la perte d’une part de sa vie qu’on croyait éternelle: une relation, un travail, un ami. Vos personnages voient leur monde s’effondrer et ils doivent se battre pour en bâtir un nouveau.
On pourrait aussi dire que ce sont des gens qui n’abandonnent pas. Ils ont des obsessions, des passions. La question est de savoir s’ils pourront les conserver toute leur vie. Ou si cela pourrait les détruire.  Ce qu’il y a de positif dans L’Avenir, c’est que Nathalie a choisi quelque chose qui permet de s’adapter au changement. Éden est plus mélancolique, puisque la musique est éphémère. Ça ne peut pas durer toujours, c’est relié à la jeunesse. Mais même si on perd son emploi de prof de philo, on peut au moins continuer à lire et à réfléchir.

C’est intéressant de voir Isabelle Huppert dans un film où elle n’est pas poussée dans les extrêmes. Elle a tout de même du caractère et elle est très forte.
Lors des dernières années, elle a joué beaucoup de personnages instables, des personnages qui ont à l’intérieur d’eux une violence qui attend d’exploser. Elle peut être très dure et parfois méchante. Je n’ai pas eu besoin de la provoquer. Simplement être aux côtés d’Isabelle Huppert peut être effrayant parfois [rires]. Sa simple présence dans le film amène une tension très utile. Mais ce qui nous intéressait était de trouver dans son personnage une tendresse et une ouverture, ce qu’on n’a pas vu dans ces rôles depuis quelques années. C’est plus stimulant pour elle et c’est ce qui rendait son personnage unique.

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