Collaboration spéciale Kara Blake, The Offerings, 2017, maquette d’installation, matériel d’archives (avec l’aimable permission de l’ONF).

Il y a une brèche en toute chose. Dès le 9 novembre, il y en aura une au MAC.

Dans une salle du Musée d’art contemporain, noir total. Puis, des applaudissements s’élèvent. La silhouette de Cohen se découpe à l’écran, son chapeau apparaît, l’inclinaison si particulière de son corps se dessine. Et sa voix, reconnaissable entre toutes, se fait entendre : «We’re so privileged to be able to gather in moments like this, when so much of the world is plunged in darkness and chaos

Tiré de son concert donné à Londres en juillet 2008, paru quelques mois plus tard en album, cet extrait servait d’introduction à son célèbre Anthem, «ring the bells that still can ring». Et il a servi hier au dévoilement de la programmation de l’exposition Une brèche en toute chose / A Crack in Everything.

Cela fait deux ans que le travail sur cette expo majeure a débuté. Le directeur général et conservateur en chef du MAC, John Zeppetelli, accompagné du commissaire invité, Victor Shiffman, a rappelé que c’était avant la mort de l’immense homme de mots et de musique. Avec sa permission. Par contre, le toujours discret artiste, disparu le 7 novembre 2016, souhaitait «que son legs soit le sujet d’une conversation culturelle contemporaine». Pas un étalage «d’artéfacts, de sa famille, de sa vie, de ses habits, de ses costumes». Respect infini.

Pour l’instant, la présence de 40 artistes, dont 7 cinéastes, 13 artistes visuels et 20 musiciens, a été confirmée. «Chaque fois qu’on appelait l’un d’eux pour participer, la toute première chose qu’il nous disait, c’était qu’il voulait absolument passer 30 secondes, une minute ou cinq avec Leonard Cohen. Mais ce dernier refusait, car il ne voulait pas participer à sa propre glorification.»

Présentée dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal en partenariat avec CBC/Radio-Canada, qui a mis ses archives à la disposition des artistes, l’expo soulignera l’importance qu’a eue Cohen à l’échelle non seulement très locale mais aussi planétaire. Chose qui se reflétera notamment dans la sélection des artistes.

Du côté canadien, il y aura, entre autres, Kara Blake, qui présentera une installation vidéo composée d’entrevues avec Leonard Cohen. Un passage en a été présenté hier dans lequel l’humour phénoménal de l’homme se manifestait de partout. Dans ledit passage, on voit en effet une animatrice enthousiaste demander d’une voix pétillante :

– «Avez-vous déjà pensé changer de nom?
– Oui. Je pensais le changer en septembre.
– Oh? Leonard Septembre?
– Non. Septembre Cohen. [Pause.] En fait, je voulais soit changer mon nom, soit me faire tatouer.
– Oh! Un tatouage? Où ça?
– Eh bien, il y a une boutique située sur le boulevard Saint-Laurent… »

Magnifique.

Bien sûr, les chansons du célébré créateur ont servi de bougie d’allumage pour plusieurs œuvres qui seront présentées. Parmi elles, First We Take Manhattan, Take This Waltz, Famous Blue Raincoat. Et l’immortelle Hallelujah. Sur laquelle, comme l’a signalé John Zeppetelli, Cohen lui-même avait «déclaré un moratoire». «Il paraît qu’il y a 230 personnes qui écoutent Hallelujah en même temps à travers le monde !» a-t-il lancé.

Autre partie qui s’annonce magistrale : plusieurs musiciens ont été invités à reprendre des morceaux du répertoire immense de Cohen. Comme l’a précisé Victor Shiffman, ces relectures «permettront aux visiteurs de ressentir un lien particulier avec l’espace». «Elles ne seront pas disponibles pour écoute en ligne et ne sortiront jamais en album», a-t-il promis.

Le bouquet de personnalités qui participeront est de calibre cinq étoiles : Jean Leloup, Lou Doillon, Ariane Moffatt accompagnée par l’Orchestre symphonique de Montréal, Chilly Gonzales… On y trouve aussi Jarvis Cocker, le Britannique frontman de Pulp qui avait repris, il y a plus de 10 ans, la superbe I Can’t Forget dans le documentaire I’m Your Man.

À propos de ce disque majeur paru en 1988, l’artiste sud-africaine Candice Breitz proposera ce qui s’annonce comme une exquise étude. Une œuvre intitulée I’m Your Man (Portrait of Leonard Cohen), que John Zeppetelli a si joliment qualifiée d’«anthropologie de l’enthousiasme». Le concept : 18 admirateurs finis de Cohen, et ce, depuis ses débuts, reprennent toutes les pièces de cet opus. Tous montréalais, ils ont été choisis parmi les 200 qui ont posé leur candidature. «C’est un jeu ludique, une méditation sur la masculinité, une exploration de la culture des fans de Cohen.»

Des fans qui seront sans contredit nombreux à prendre d’assaut le musée pour saluer l’inclassable, inimitable et irremplaçable poète.

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