Renaud Philippe /Festival d’été de Québec Kendrick Lamar

C’est assurément l’un des concerts les plus déroutants auxquels il nous a été donné d’assister depuis longtemps. Celui de Kendrick Lamar sur les plaines. Là où malgré le cœur et la ferveur, et les nombreux admirateurs, le rappeur n’a pas reçu tout l’amour espéré. Ce n’était pas nécessairement la faute de l’artiste. Ce n’était pas non plus nécessairement celle du public. Mais c’était indéniablement une bien étrange soirée.

Le set a pourtant commencé solidement avec DNA et sa ligne finale, qui a résonné très fort. «Sex, money, murder — our DNA.» Même chose pour ELEMENT, et son «I do it for…» auquel les spectateurs ont répondu, comme il se doit, par le patelin californien d’origine de Kendrick : «Compton!»

C’est là que pour la première, mais pas dernière fois, l’artiste a demandé à la foule de faire du motherfucking bruit, s’il vous plaît.

Et ces appels multipliés – à se manifester, à bouger, à lever les bras dans les airs – sont vite apparus comme étant indicatifs du degré de son envie que ça lève davantage tout court.

Reste que le rappeur semblait se trouver cette fois devant des amateurs de fraîche date de son œuvre, entamée il y a une décennie. C’est d’ailleurs sur HUMBLE., pièce tirée de son quatrième et plus récent album, DAMN., servie en milieu de soirée, qu’il a semblé content de la réaction obtenue. À son «My left stroke…», la multitude a rétorqué : «…just went viral!» C’était fort, au point où il s’est arrêté, a croisé les bras, a hoché la tête d’un air satisfait et a recommencé le morceau. C’était ça, la réponse rêvée.

Avant cela, il y a quand même eu King Kunta, explosive compo aux accents funk tirée de To Pimp a Butterfly et rythmée sur scène par son batteur. Un instant qui nous a permis de prendre toute la mesure de ce flow mitraillette pour lequel Lamar est reconnu.

On l’a apprécié aussi, immobile, presque, une main dans le dos, sur untitled 07 | 2014-2016 et untitled 02 06.23.2014, issues de sa compilation untitled unmastered, parue l’an dernier, en complément à DAMN. Sur la première, K.Dot a énuméré toutes ces choses qui «won’t get you high as this», dont «love, drugs, fame, chains», et a scandé son ordre de «levitate, levitate, levitate». La seconde a constitué l’un des points culminants de sa prestation, où il a assuré que ça ne faisait que commencer. «Let’s go!»

Sauf que, peu après, c’est lui qui a dû y aller. Soudain, il est sorti de scène. Plus de lumière, plus de bruit. Longue pause. Flou. Il est revenu en annonçant qu’«ils avaient essayé de ruiner le show, mais qu’il ne se laisserait pas faire.» (Un problème d’ordi, semble-t-il.) Il a ensuite assuré : «On va faire la fête toute la nuit.»

Mais tout le monde ne semblait pas vouloir la faire tant que ça, la fête. On a quand même plongé dans une de ses pièces-phare, Swimming Pools. Puis embarqué pour un Backstreet Freestyle, suivi de la plus récente et si belle LUST. «J’ai besoin de chacun d’entre vous. J’ai besoin de chacun d’entre vous ici! Êtes-vous encore là?»

Après la susmentionnée HUMBLE, il a voulu fouetter la foule : «Vous n’êtes pas fatigués! Je sais que vous n’êtes fatigués!»

Reste que l’énergie a quand même baissé. Il a entamé un morceau qu’il a aussitôt arrêté. «Stop. Fuck that. Je ne l’ai pas encore dit. Mais c’est ma première fois ici.» Puis, il a pointé la section VIP. «Je ne sais pas si vous êtes des gens de l’industrie, ou quoi, mais si vous ne voulez pas participer, allez-vous-en!»

Les gens sont restés pendant qu’il réclamait qu’on forme des moshpits. Dix moshpits. Puis il a voulu que la foule répète les paroles de m.A.A.d. city. Mais c’était un peu rouillé, ça cafouillait. Il a recommencé, et recommencé. «Vous n’êtes pas prêts. Pas encore. Pas encore.»

Après PRIDE, une autre pépite de DAMN., il a redemandé : «Vous ai-je dit que c’était ma première fois ici?»

Et c’est ici, d’ailleurs, qu’il a pris le temps de remercier tous ceux qui étaient venus l’écouter. Qu’il les a remerciés de lui «permettre de parler de ses insécurités». De les exprimer, de lui donner le courage de monter sur scène pour les disséquer.

«Je veux que tous ceux qui viennent dans mes shows soient eux-mêmes. Qu’ils oublient leurs soucis, leur boulot, tous ces gens qui ne les comprennent pas.» Un moment introspectif après lequel il est revenu au point principal: «C’est pourquoi nous avons besoin de garder le niveau d’énergie à son plus haut!»

Sur ce, il a servi un ultime tube, Alright, et la pièce «romantique» de son répertoire, Love, dédiée à son amoureuse depuis si longtemps, Whitney Alford. Ici, il a pris un moment pour nous dire que ce concert, c’était quand même de l’amour, du «motherfucking love», et que l’énergie était (au final), «folle». «Je reviendrai», a-t-il promis. Mais pas pour un rappel.

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