Quentin Curtat/Collaboration spéciale Ben l'Oncle Soul

Métissage et «créativité» sont les maîtres mots du festival Nuits d’Afrique. Accueillir Ben l’Oncle Soul paraît donc comme une évidence, surtout depuis la parution de son album de reprises de Frank Sinatra, Under My Skin. Une occasion pour Métro de plonger avec lui dans les multiples influences qui façonnent son travail.

Cet autodidacte de 32 ans se sert tous les jours des différentes influences musicales qui ont bercé sa jeunesse. «J’ai grandi avec du rythm and blues, avec Otis Redding, Stevie Wonder, Ray Charles, Marvin Gaye. Ce genre d’artistes ouvre une grande porte vers un puits sans fond.» De la soul, du jazz, mais aussi du reggae qu’écoutait son père caribéen: Ben l’Oncle Soul, se dit façonné par ce mélange de cultures. «Je ne pourrais me sentir moi-même qu’en faisant des ponts entre elles.»

Pour son spectacle à Mont­réal, le chanteur soul démontrera toutes ses influences. Une bonne heure sera consacrée à son dernier album de reprises des grands titres de Sinatra, puis il finira avec ses propres compositions. Ce concert fait partie d’une mini-tournée, après Boston, New-York et Québec.

La scène nord-américaine a un parfum très spécial pour l’artiste. Il était présent au Festival de jazz de Montréal en 2011, une expérience qu’il n’a pas oubliée : «C’était le point culminant de la tournée du premier album [Ben l’Oncle Soul, 2010]. Il y avait beaucoup de monde, et on avait une espèce de connexion. C’était vraiment dingue!»

C’est aux États-Unis, berceau de la soul et du jazz, que Ben a rencontré sur la côte Ouest la musique de Frank Sinatra. «Je ne la connaissais pas du tout, et j’ai bien compris que c’était un gros manque à ma culture!»

Ce n’est que lorsqu’il rentre en France que cela devient réellement une inspiration musicale. «L’atmosphère des États-Unis m’a un peu manqué et il fallait que je me replonge dedans. Ce travail est intéressant, car c’est ma rencontre avec le jazz, que je détourne parce que je ne suis pas jazzman.»

Et pour cette rencontre d’une âme de soulman avec le jazz de Sinatra, l’artiste est resté fidèle à lui-même : «Je suis parti des textes pour construire la musique. Dans la soul, on construit par rapport au texte, s’il est triste, alors la musique le sera. Ce n’est par exemple pas le cas pour Sinatra avec I’ve Got You Under My Skin [présent sur cet album].»

«Les reprises, c’est de la matière première. C’est de la terre glaise. J’en fais ce que je veux après.» – Ben l’Oncle Soul, qui a repris des classiques de Sinatra sur son dernier album, Under My Skin

Cette façon de construire sa musique autour des textes, ce passé d’autodidacte, le chanteur les doit aussi à sa formation aux beaux-arts. Mais de l’art plastique à la musique, il estime ne pas avoir vraiment changé de domaine. «Pour moi, je suis toujours plasticien. Je fais en quelque sorte de la plastique sonore. Le son est de la matière. Je sculpte de l’invisible.»

Il mettra d’ailleurs cette formation à contribution dans son prochain album, en créant un dessin animé intimement lié à sa musique et traitant de «notre emprisonnement dans nos sociétés modernes, dans le métro-boulot-dodo». Un autre album, cette fois-ci plus reggae, est en préparation.

À partir de septembre, l’artiste fera une tournée des théâtres français avec un spectacle «visuellement plongé dans un détournement de Broadway confronté à la culture et à l’ambiance d’aujourd’hui».

Bref, Ben l’Oncle Soul profite de chaque occasion pour enrichir sa musique, tout en conservant cette personnalité et cette émotion si particulières.

Au National, lundi à 20h

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