Collaboration spéciale Big Jay Oakerson

«Si vous ne laissez plus les mots 
vous heurter, vous ne perdrez plus jamais une chicane. Et si vous riez 
au lieu d’être offusqué, votre vie en sera améliorée.» L’as de la blague salace Big Jay Oarkerson a définitivement trouvé la recette pour faire rigoler. Et pour mener une existence satisfaisante.

Il y en a qui font des gags 
vulgaires juste pour choquer.

Big Jay, lui, utilise tous les sacres et sujets susceptibles de faire ciller les oreilles chastes jusqu’à la fin des temps. Et il en fait des perles magnifiques. Il transforme de banales blagues de pénis en poèmes. Métamorphose les gags de coucherie en œuvres lyriques. Fait de chapelets de gros mots des vers.

Son truc? Le «foule-travail», ou plutôt le «crowd-work». Il apostrophe ainsi les spectateurs, de préférence ceux qui affichent un air bête et ne semblent pas avoir du tout envie, ne serait-ce que de sourire. Puis, il leur pose une série de questions malaisantes et/ou tordantes, selon la position dans laquelle vous vous trouvez. Résultat habituel? Dans de rares cas, l’heureux élu sort de la salle, outré. Mais en général, le grincheux finit par s’esclaffer. C’est ça qui fait le plus plaisir à Jay.

Car ce qu’il veut, c’est faire rire, et non choquer. Une mission qu’il poursuit de front depuis 
18 ans. Parlant de cet âge respectable, si le grand gaillard originaire de Philadelphie est aujourd’hui à Montréal, c’est pour le Nasty Show. Le traditionnel spectacle d’humour grivois présenté pendant Just for Laughs et réservé aux majeurs. Il s’apprête aussi à reprendre le micro au Café Cléopatre pour What’s Your F@!?ng Deal, une soirée où il tannera les airs renfrognés, racontera ses anecdotes bien assaisonnées et présentera des confrères dont il aime le boulot. À nous maintenant de faire le nôtre.

En 2014, le New York Times vous a nommé «maître de la blague lubrique». Sentez-vous qu’il serait temps qu’on vous donne un autre titre?
Oh non, j’adore ça! Être nommé le maître de n’importe quoi, c’est extrêmement flatteur. Vous savez ce qui est drôle? C’est qu’on m’a souvent dit qu’il fallait que je change, que j’arrête d’être aussi grivois. Et j’ai toujours demandé pourquoi? Personne n’ordonne aux humoristes proprets : «Sois salace! Sois salace!» Personnellement, je suis très fan – et ami – de plusieurs comiques qui ne disent jamais de gros mots. Je respecte ce qu’ils font au plus haut point. Mais chacun son truc!

Vous vous marrez beaucoup sur scène, et laissez souvent entendre votre p’tit rire, hehehe. C’est capital de montrer que vous vous amusez?
Oh oui. Mais, comme je pose tellement de questions aux spectateurs, souvent leurs réponses me surprennent et me font réellement rigoler. Mes rires sont vraiment sincères!

Justement, les spectateurs vous balancent des trucs assez intimes sur eux-mêmes, sur leur sexualité, sur leur vie. Vous est-il déjà arrivé de vous dire: «Woah, ça, c’est allé trop loin»?
Que moi je me dise ça? Ha, non! Beaucoup de gens m’ont déjà reproché d’en avoir trop révélé, par contre! (Rires)

Vous déplorez fréquemment l’hyper-sensibilité de notre société. Est-ce que notre époque politicaly correct vous incite à aller encore plus loin dans vos gags?
Absolument! J’adore lire les lettres fâchées qu’on m’envoie. Elles sont tellement remplies de passion! «Pensez-vous RÉELLEMENT que c’est DRÔLE de dire des choses comme “si un chien me léchait les couilles”?!» Mais bien sûr que ça me fait rigoler! Je n’ai nullement envie de vivre une telle expérience, mais ça me fait rire de le dire. Et ce qui me fait surtout rire, c’est que quelqu’un prenne la peine de m’écrire pour me préciser: «Je suis réellement en colère à l’idée hypothétique qu’un hypothétique animal lèche hypothétiquement vos hypothétiques organes génitaux.» Ce n’est même pas une vraie blague!

«Si une simple blague vous pousse à entreprendre une croisade, vous vous privez de beaucoup de plaisir.» –Big Jay Oakerson

Ça semble triste de vivre en étant sincèrement et profondément irrité par un truc pareil, au point de prendre le temps de rédiger une lettre.
En effet. (Rires) Il y a quelques années, je suis passé au Late Night de Jimmy Fallon et j’ai reçu des tonnes de messages haineux pour une joke que j’ai faite sur [l’ex-joueur de football] Michael Vick et son ring de combat pour chiens. Dois-je vraiiiment expliquer au monde entier que je ne suis pas pour l’assassinat des animaux et que ces combats sont une aberration? Réellement? Je ne suis pas en train de faire un discours sur le plancher du Sénat; je fais des jokes de graine sur le plateau d’une émission de télé au beau milieu de la nuit. Relaxez.

Vous recommandez souvent à vos spectateurs de rigoler au lieu d’être froissés. De ne pas s’en faire avec les mots. Cette approche, vous l’avez depuis que vous êtes gamin?
Oui. J’ai grandi en étant le «p’tit gros». Il a fallu que je m’endurcisse pour ne pas être tout le temps triste. Se faire traiter de «fat fuck» pas juste par ses ennemis, mais aussi par ses potes, ça fait mal. Mais il faut se forger une carapace.

Et, déjà à cet âge, vous 
étiez bon pour raconter 
des histoires? Ou ça s’est développé au fil du temps?
Tout s’est développé sur scène. Mais j’ai toujours aimé divertir, parler, être drôle. C’était mon mécanisme de défense. Je n’ai jamais été l’athlète étoile, le beau gosse ou le mec musclé. Mon truc, pour obtenir l’attention, c’était ça : être comique.

Quand vous avez commencé votre carrière dans les clubs de Philadelphie, vous aviez l’habitude de faire un striptease sur scène. Au son du thème original de 2001, l’Odyssée de l’espace.
Oh. Ouais. Wow… C’était ce qu’on appelle une erreur de débutant. (Rires)

Est-ce que cette époque vous manque parfois? Autant qu’au public?
Non! Oh non. Je vais vous dire qui s’en ennuie: tous les autres humoristes. Ils rêvent d’avoir des vidéos de ces numéros pour mieux se moquer de moi.

Dans un de vos gags, vous vous qualifiez de «Old Man Oakerson». Vous y pensez, à ce type? À celui que vous serez, disons, dans 40 ans?
Moi, vieux? Oh God. J’espère juste me rendre à «vieux». Je vais avoir 40 ans cette année. Je me sens déjà comme le bonhomme Oakerson.

What’s Your F@!?ng Deal, du 
25 au 29 juillet au Café Cléopâtre
The Nasty Show dès mercredi soir et jusqu’au 29 juillet au Métropolis

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