Palm Through Fence: «J’ai pris cette photo à l’Île de Santa Catalina. Je regardais juste cette image “dans la vraie vie”. Au moment où j’ai saisi mon appareil et appuyé sur le déclencheur, les deux oiseaux sont passés. C’était instantané.» / Tess Roby

La photographe montréalaise Tess Roby travaille beaucoup par intuition. «Je marche. Je m’arrête. Clic.»

Née à Toronto d’une mère acadienne du Nouveau-Brunswick et d’un père originaire de Wigan, près de Manchester, Tess Roby a voyagé toute sa vie. Installée depuis six ans à Montréal, elle continue de le faire. Souvent. Le plus souvent possible.

Ayant perpétuellement un appareil photo dans les mains depuis l’âge de 14 ans, la jeune femme se dit principalement inspirée par l’Allemand Wolfgang Tillmans et son désir de faire des images «aussi grandes que possible». Des images dans lesquelles on peut se plonger, s’immerger, se baigner.

Ceux qui se rendront au MAC dans les jours qui viennent pourront le constater. En effet, l’artiste vingtenaire fait partie des six photographes choisis pour l’expo annuelle de Vice. Y seront affichées quatre de ses œuvres, prises entre février et mai. Une d’entre elles à Toronto, trois à L.A.

Les titres desdites œuvres sont fins, poétiques. Palm Through Fence; Flag; Reflection (Koi Pond); Bag (Thank You). Mais c’est dans leur apparente délicatesse que réside leur force. Comme, d’ailleurs, dans l’entièreté du travail de Tess. «On m’a demandé d’écrire un texte pour accompagner ces photos, pour expliquer ma démarche. Mais en fait, c’est super simple. Elles n’ont pas vraiment de contexte conceptuel. Elles ont été prises en voyage. De façon intuitive.»

Cette intuition qui la pousse sans cesse dans son art. À la fois vaporeuse et tangible. «C’est comme si je savais ce que je cherche, mais pas avant de sortir, de me promener. Une fois que je marche, je sais ce qui m’attire. C’est clair.» C’est donc? «Je ne saurais mettre le doigt dessus…» répond-elle.

À la galerie Battat Contemporary, où Tess Roby a eu sa première expo solo cette année, on a dit qu’elle «sublime les endroits ordinaires». «C’est vrai que je capte des choses qui peuvent sembler banales. À côté desquelles les gens passent sans y prêter attention. Puis, je les rends artistiques, je leur invente leur propre récit.»

Comme ces deux photos présentées au Vice Show: celle d’un sac de plastique coincé sous une clôture, et celle d’un drapeau américain délavé, déchiré, placé, lui aussi, derrière un grillage. «Pour beaucoup de gens, ce sont des déchets, remarque l’artiste.
Mais moi, j’y vois une 
histoire…»

Vous dites que vous y voyez une histoire. Souhaitez-vous que ceux qui regardent vos photos voient la même? Ou plutôt qu’ils se créent la leur?
En fait, ce n’est pas tant mon histoire que celle des objets. Leur vie. Les gens peuvent en retirer ce qu’ils veulent. Par exemple, dans une de mes photos qui ne fait pas partie de l’expo, on voit une fontaine, un bassin d’eau, un coin de rue. On ne comprend pas trop ce qui se passe. Et c’est ce qui, selon moi, fait la beauté de l’ensemble. Les pétales, les textures, les couleurs et le reflet réunis pour former une image esthétique.

L’eau est un élément important de votre signature, non? On pense, entre autres, à votre série «Succession of Divers in a Pool»…
Oui. J’ai même fait partie d’une expo collective l’été dernier à la galerie Never Apart, qui s’appelait Water. L’eau, pour moi, englobe plusieurs thèmes, dont celui du deuil, du mouvement. Ma famille vient d’endroits situés près de l’eau; en avion, je survole constamment des plans d’eau. C’est récurrent dans mon travail.

Vous voyagez toujours avec votre appareil?
Toujours! Toujours! Et, maintenant, je voyage pour faire des photos. Les œuvres de mon expo solo, par exemple, ont toutes été prises dans le cadre de deux voyages que j’ai réalisés l’an dernier. Le premier en Californie. Et le second, d’une durée de six semaines, qui m’a menée à Berlin, Leipzig, Varsovie et Budapest. Je fais beaucoup d’exploration.

Bag (Thank You)

Recherchez-vous la même chose partout où vous allez?
Non! Enfin, je veux dire, je n’ai aucune idée de ce que je cherche concrètement. Marcher est très important. Prendre le temps dans une ville l’est aussi. Je ne veux jamais être pressée. On tombe souvent sur des choses sublimes de façon inattendue…
Cela dit, je crois que mes meilleures photos sont situées dans un cadre urbain. Il y a tant d’éléments à absorber. Tant d’inspiration sur le plan visuel. Je m’immerge entièrement dans chaque ville que je visite. Je prends son pouls, son rythme. Je m’en imprègne et, par conséquent, mes images s’en imprègnent aussi.

Parlant de ville, quelle place Montréal occupe-t-elle dans votre création?
C’est un bon endroit pour vivre entouré de gens créatifs, et pour puiser dans cette énergie… mais je n’ai pas tant d’images de Montréal, en fait. Je trouve difficile d’être ici l’hiver. J’ai l’impression de ne rien pouvoir prendre en photo. C’est tellement gris, on ne peut pas se promener partout. L’été, ça s’améliore! (Rires) Les couleurs reviennent.

Diriez-vous qu’il y a une part, ne serait-ce que minime, de journalisme dans votre travail?
Hmm, je ne crois pas que j’utiliserais ce mot. Mais j’écris beaucoup; je prends des clichés qui suivent le cours de mon existence et qui me suivent, moi, peu importe où je vais. C’est comme si je ne cessais jamais d’agrandir mes archives. Je suis très jeune, mais je crois que, plus je vieillirai, plus cet ensemble ressemblera à un journal intime de ma vie.

Donc, votre œuvre est 
autobiographique?
Absolument. Intrinsèquement. Assurément.

L’expo photo 2017 de VICE
Au Musée d’art contemporain de Montréal
De vendredi à dimanche

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