Photo Philippe Bosse / Echo Med De gauche à droite : Milya Corbeil-Gauvreau (Manon), Anthony Bouchard (Mimi), Henri Picard (Martin) et Alexis Guay (Denis).

Octobre 1970. La cellule Libération enlève le diplomate britannique James Cross. Quelques jours plus tard, la cellule Chénier kidnappe le ministre Pierre Laporte.

Au même moment, à Hochelaga, dans l’univers du nouveau film de Luc Picard, Les rois mongols, Manon (l’excellente Milya Corbeil-Gauvreau), une jeune adolescente influencée par les actions du FLQ, est prête à tout (vraiment tout) pour ne pas être séparée de son petit frère Mimi. Arrive la cellule Famille.

Le père de Manon est mourant. Les factures s’accumulent. Sa mère sombre dans une profonde dépression. Manon et Mimi devront être placés dans des familles d’accueil, fort probablement différentes. Aidée par ses cousins Martin (Henri Picard) et Denis (Alexis Guay), l’ado frondeuse kidnappe une vieille dame pour revendiquer le droit d’avoir son mot à dire sur son avenir. L’histoire de rébellion et de solidarité sur trame révolutionnaire est tirée du roman Salut mon roi mongol!, de Nicole Bélanger.

L’œuvre de la romancière a tout de suite interpellé Luc Picard quand il a été approché pour réaliser le film. «Le roman a un côté Ducharme, a-t-il indiqué en entrevue avec Métro. Il a un thème qui vient me chercher, celui du refus des compromis d’adultes et des demi-vérités.»

L’acteur et réalisateur de renom s’est aussi immédiatement reconnu dans l’univers dépeint par Nicole Bélanger. Il avait lui même neuf ans, occupé à jouer dans les ruelles de Lachine, quand la Loi sur les mesures de guerre a été promulguée. Par contre, s’il était déjà imprégné de cette époque, c’était loin d’être le cas de ses jeunes acteurs.

La crise d’Octobre, les revendications du FLQ, l’armée dans les rues, ça veut dire quoi pour des jeunes qui n’étaient même pas nés au moment du référendum de 1995? «Comme nous n’avions jamais vraiment entendu parler du sujet, nous avons fait des recherches, a reconnu Milya Corbeil-Gauvreau. Je ne sais pas trop comment je me sens par rapport aux années 1970, mais c’était le fun de les vivre un peu de l’intérieur.»

«Il y avait beaucoup de choses qui changeaient au Québec dans cette période. Ça ajoute un esprit rebelle aux jeunes du film. Un désir de changer les choses», a ajouté Henri Picard, le fils du réalisateur.

«Dans ce temps-là, la vie était dure, surtout pour les familles défavorisées, a pour sa part opiné Alexis Guay. L’armée, les arrestations, le couvre-feu le soir. Nous sommes vraiment choyés de vivre à notre époque.»

«Il y a de l’honnêteté dans le film. J’aime mieux quelqu’un de sincère qui se trompe qu’un menteur qui a toujours raison. C’est facile d’avoir toujours raison quand tu ne dis pas les vraies affaires.» – Luc Picard

De toute façon, les jeunes acteurs n’avaient pas besoin de devenir des spécialistes de la crise d’Octobre, qui n’est que la trame de fond et non le noyau de l’histoire. «Je leur en ai parlé beaucoup, je leur ai montré quelques films, comme Les ordres, a expliqué M. Picard. Mais ils n’avaient pas besoin de comprendre tout le contexte social de l’époque. Tu présentes une scène : “Tu as 13 ans, tu marches dans la rue et tu vois l’armée débarquer.” Pas besoin de dire grand-chose d’autre.»

Pas un Conte pour tous
«Des fois, les gens pensent qu’ils ont affaire à un Conte pour tous dès qu’ils voient quatre jeunes ensemble dans un film. Je n’ai rien contre les Contes pour tous, mais ce n’est pas ce que j’avais envie de faire», a affirmé celui qui a aussi été derrière L’audition, Babine et Ésimésac.

«C’est un vrai drame que vivent ces jeunes-là», a-t-il ajouté.

Manon a une ligne de dialogue qui représente bien le sentiment d’impuissance qu’un enfant peut ressentir dans ce genre de situation. «Personne ne nous dit jamais rien. Comme si on n’était pas des vraies personnes. Comme si on n’avait pas d’opinions.»

Alexis Guay, qui joue le rôle de Denis, espère d’ailleurs que le film fera réfléchir. «Peut-être que ça va faire comprendre à des parents que les enfants aussi ont des opinions qui ont de l’allure.»

Le parcours de Manon, Mimi, Martin et Denis peut être perçu comme une métaphore sur le Québec de l’époque des Rois mongols. «D’abord, il y a la noirceur, suivie d’une période d’émancipation [représentée dans le film par les enfants qui s’éclatent à la campagne], qui a mené jusqu’à 1980, et ensuite ça descend», a expliqué Luc Picard.

L’espoir demeure toutefois. Grâce au personnage de Manon et à son doigt d’honneur éternel à l’ordre établi.

Père et fils

Luc Picard a dirigé son fils, Henri, dans Les rois mongols. Le réalisateur n’a toutefois pas insisté pour que son garçon fasse partie de la production. Loin de là.

• «J’ai été troublé par le fait de le prendre, a reconnu Luc Picard. Il allait manquer beaucoup d’école et je lui ouvrais une boîte de Pandore. Je lui avais dit qu’il n’avait presque aucune chance de décrocher le rôle. Mais après l’audition, les filles au casting m’ont dit : “Désolées, mais c’est lui le meilleur.” Je lui ai quand même fait passer une deuxième audition, et il a été encore meilleur.»

• «Sur le plateau, il me parlait comme aux autres, pas comme à son fils, a pour sa part indiqué Henri, qui joue Martin dans le film. Mais grâce à l’intimité qu’on partage, je n’avais pas peur de me référer à lui ou de lui demander conseil.»

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