Josie Desmarais

Non, le gospel ne s’arrête pas à Oh Happy Day. Et Carol Bernard est là pour le rappeler.

C’est la sixième année que Carol Bernard présente le concert ONE. «Sixième?» hésite-t-elle, avant de fouiller dans ses souvenirs pour le confirmer. Depuis 2012. Sixième. Déjà.

C’est que les projets s’enchaînent pour celle qui est chanteuse, gérante, arrangeuse, enseignante et directrice de chorale.

De deux chorales, en fait. À un moment, elle en dirigeait même trois. Mais trois, c’était un peu trop.

Elle est revenue à ses bébés. Jireh, qui existe depuis 1996. Et le Montreal Gospel Choir. Fondé en 2011. Qui compte, bah, 80 membres. Toute une entreprise.

Réunis ensemble en décembre, ses deux chœurs ne font qu’un. ONE. Le temps d’une, ONE, soirée. Celle de demain. Celle dédiée principalement aux chants de Noël, mais pas que. Celle qui se tiendra à l’Église Saint-Jean-Baptiste, rue Rachel. Et celle à laquelle se joindra cette année Audrey DuBois Harris, qui a chanté l’hymne national pour Barack Obama et s’est produite à la Maison-Blanche durant sa présidence. D’origine américaine, l’artiste réside en ce moment à Montréal (et on est chanceux de l’avoir, remarque Carol).

Ses choristes sont également chanceux d’avoir Carol, «la femme la plus travaillante du monde du gospel», comme la décrit tendrement son époux, membre des deux chorales, Ted Dettweiler.

L’énergie que Carol Bernard a, et qu’elle déploie, elle la met aussi dans le choix minutieux des pièces qui seront interprétées durant ONE. Oui, on entendra le Minuit, chrétiens. «On ne peut pas faire un concert de Noël au Québec sans Minuit, chrétiens! Les gens vont se demander ce qui se passe!» s’esclaffe-t-elle.

Sinon, il y aura «des classiques, comme Amazing Grace, des chants aux accents des Caraïbes, du hip-hop. Et même un chant qui a été écrit par un membre de la chorale.» Comme l’a été la majorité des pièces figurant sur Get Up, le disque qui, en 2015, a été consacré par la Gospel Music Association of Canada. Dix sur 12 des titres de l’œuvre primée avaient été composés par ses choristes, donc. En anglais et en français.

Que ses chorales chantent en français, la Montréalaise née de parents jamaïcains y tient. «Il y a quelque chose quand vous entendez des paroles de musique dans votre langue.» Ce «quelque chose», elle le remarque dans la réaction des auditeurs quand Jireh chante à Rimouski, à Baie-Comeau, au Festival de Jazz.

L’église que la directrice fréquente, La Chapelle, est d’ailleurs francophone, et «vraiment jeune! L’âge moyen est de 35 ans. Les musiciens qui y jouent sont des étudiants de McGill, de l’Université de Montréal!» Qui ne jouent pas tant du gospel que du pop rock. «C’est excellent, évalue Carol. De temps en temps, j’amène mes choristes chanter avec eux et… ça brasse!»

Les mots «ça brasse» prononcés dans ce contexte étonnent peut-être. Mais Carol précise que l’ambiance, durant les performances qu’elle dirige, est plus proche de celle d’un match de football que d’un solennel concert classique. «Les racines du gospel se trouvent principalement dans les églises pentecôtistes. Et c’est très participatif.»

En tant que directrice, elle suit la tradition. Voulant offrir une «expérience authentique». De celle qu’on n’imagine pas forcément. «Souvent – enfin, parfois –, j’entends des gens dire : “J’aime pas le gospel.” Mais si vous aimez la musique noire, vous allez aimer le gospel. Si vous aimez le blues, vous allez aimer le gospel. Si vous aimez le rock, vous allez aimer le gospel, si vous aimez le hip-hop… Enfin, vous aimez la bonne musique? Vous allez aimer le gospel! Les musiciens qui accompagnent les choristes aussi, ils sont top!»

Durant le concert de Noël, ils seront cinq. Ralph Télémaque aux claviers, David Fortuné à l’orgue B3, Ronny Desinor à la batterie, Alexandre Paquette à la basse, Jean-François Hamel à la guitare. «C’est important pour moi de garder l’authenticité, les rythmes, les harmonies de cette musique, qui vient des États-Unis, confie Carol Bernard. Mais nous l’interprétons surtout pour les Québécois. Nous sommes conscients que notre auditoire ne va pas forcément à l’église tout le temps.»

Parmi les moments qu’elle promet mémorables, elle mentionne ce chant traditionnel zoulou qui sera interprété a capella. «Ça va sonner dans cette église!»

Ce qui risque aussi de sonner : quand Jireh interprètera My World Needs You. Un morceau d’une grande actualité de Kirk Franklin, superstar texane du gospel (dont la chorale a fait la première partie au Centre Bell, en novembre dernier).

Carol parle encore avec des étoiles plein les yeux de l’impressionnante interprétation que Kirk Franklin a faite de cette pièce puissante aux derniers Stellar Awards, «les Grammy du gospel». Vêtu d’une tenue de camouflage, entouré de choristes dont la majestueuse Tamela Mann, devant un écran où défilaient les images des désastres de notre monde, il se tenait, fier, debout. «Storms may come but when we call your name / All things change

«Dans la musique gospel, comme dans le blues, on reconnaît les douleurs de la vie, remarque Carol. Mais il y a toujours de l’espoir. J’ai choisi cette chanson en me disant que, dans cette folle époque, elle allait tous nous aider!»

L’entraide est capitale pour celle qui se fait un devoir de connaître chaque membre de ses deux chorales. «Même si on prépare un concert, on fait des petits groupes, on discute des paroles des chants, ou de choses banales, comme si tu dois aller sur la Lune et amener trois choses, ce serait quoi», s’esclaffe-t-elle.

Banales, oui, mais aussi des choses qui permettent de connaître quelqu’un. «Ça paraît sur scène quand deux personnes qui chantent côte à côte ne se connaissent guère ou ne s’aiment pas!»

Elle met tout en œuvre pour que ce ne soit pas le cas dans ses rangs. Les pratiques hebdomadaires au «Toit Rouge», ou plutôt à l’église Saint John the Evangelist (qui a un toit rouge), sont pour plusieurs des membres «le meilleur jour de la semaine». «C’est bruyant, nous sommes 80! Plusieurs viennent d’ailleurs, ils viennent d’arriver à Montréal et ils trouvent dans nos rang une famille.»

Pour conclure, on ne peut s’empêcher de lui demander… Carol, ce sont quoi, vous, les trois objets que vous apporteriez sur la Lune? Elle éclate de son grand rire. «Ce n’est pas un objet, mais je dirais mon mari!»

ONE17 – Célébration de Noël
Samedi à 20h à l’Église Saint-Jean-Baptiste

«Souvent, en concert, la musique devient une chose que l’on regarde. C’est malheureux. Ce n’est pas ce que je veux.» – Carol Bernard, directrice du Jireh Gospel Choir, du Montreal Gospel Choir, et instigatrice du concert ONE

Sous la direction de Carol…

Carolyn Carter, membre de Jireh depuis 17 ans

Comment êtes-vous entrée dans le Jireh Gospel Choir?
Je m’y suis jointe en tant que remplaçante, il y a 17 ans, lorsque la chorale se produisait au festival Maximum Blues, à Carleton-sur-Mer. (Intervention de Carol : «C’est la remplaçante qui n’est jamais partie!»)

La musique gospel fait-elle partie de votre vie depuis toujours?
Oh oui! J’en ai toujours écouté. Petite, j’achetais plein de CD, et j’en écoutais lorsque j’allais à l’école, en marchant vers le métro, en revenant de mes cours… J’en écoute encore tous les jours. Ça encourage mon cœur à aller de l’avant.

Ce que votre expérience vous a apporté de plus précieux?
Une occasion de sortir de Montréal, de voyager et de chanter partout au Québec, ainsi qu’en Suisse, en France et aux États-Unis.

Ted Dettweiler, membre fondateur

Ce que faire partie de Jireh vous apporte de plus beau?
Plusieurs choses. Mais principalement, le plaisir immense d’entendre de la musique gospel interprétée à un tel niveau ici, à Montréal. Et puis, les musiciens qui nous accompagnent sont vraiment top, eux aussi! Notamment le mari de Junie-Aimée, l’excellent Alexandre Paquette!

D’où vient votre intérêt pour la musique gospel?
Je l’ai découverte par moi-même. Le regretté et brillant Andraé Crouch m’a servi d’introduction à ce genre. C’est vite devenu un de mes artistes favoris, à l’époque où j’habitais en Ontario et où je ne connaissais rien au gospel. Désormais, le gospel, c’est toute ma vie! Notamment parce que je suis marié à l’une de ses plus dignes représentantes – j’ai nommé ma femme, Carol. Je ne m’ennuie jamais.

Priscilla Findlay, membre depuis 2 ans et demi

Jireh, pour vous, c’est…
Comme une énorme – enfin, pas énorme, parce qu’on n’est même pas 20 personnes –, mais c’est comme une famille. Nous nous soutenons tous physiquement, émotionnellement, spirituellement.

Une chanson que vous interprétez qui vous va droit au cœur?
Intentional [de Travis Greene]. C’est une super bonne chanson qui nous dit que, même si parfois on se demande pourquoi on traverse ce qu’on traverse, chaque épreuve a sa raison d’être.

Comment êtes-vous entrée dans ce chœur?
Un des membres, l’excellent Guerschon Auguste, qui étudie en jazz à l’UdeM, m’a proposé de passer une audition. J’ai dit OK, j’ai été acceptée. Durant ma première répétition, mes oreilles ont été remplies d’une joie profonde.

Junie-Aimée Cyprien, membre depuis 21 ans

Ce que faire partie de Jireh représente pour vous?
La joie. Un endroit heureux. Le bonheur de chanter sur l’espoir, sur ma foi. Mon mari et tous mes amis le savent: ne me demandez jamais de faire quelque chose un jeudi soir! C’est mon jour de répétition. C’est ce que je fais depuis 21 ans!

La pièce coup de cœur que vous interpréterez pendant ONE?
You Deserve It [de J J Hairston & Youthful Praise]. J’adore la façon dont elle fait ressortir toutes nos voix, et la qualité de notre chorale. Quand je la chante, je me sens complètement libérée. C’est une louange qui vient du cœur, du fond de mon cœur.

Ce sentiment de libération vous vient toujours en chantant?
C’est sûr! Ça fait du bien au cerveau, à l’âme! Ça permet d’échapper au stress, de ressentir de la joie, du bonheur, même dans les moments plus difficiles.

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