Mario Beauregard/Métro Au moment d’écrire la pièce Philadelphia High School, Jonathan Caron était «obsédé par toutes les fins de série où on fait mourir le personnage principal».

Avec la pièce Philadelphia High School, l’auteur et metteur en scène Jonathan Caron explore les limites du fanatisme, de la gloire et de tous les pièges qui se trouvent au milieu.

Leur émission préférée s’appelle Philadelphia High School et se termine mal. «Dix fans ne peuvent pas y croire, à cette fin, et décident de créer leur propre suite», explique Jonathan Caron avec fébrilité entre deux répétitions de sa première pièce solo. «Ils sont surpris du succès que leur série maison connaît.» Et puis, ironiquement, les personnages sont loin de se douter que leur vie finira peut-être bien par connaître le même destin que leur série favorite.

C’est que ce succès inattendu les obsède, les habite, à un point tel que les dix protagonistes ne peuvent plus se détacher des personnages qu’ils interprètent. Les limites entre le privé et le public se brouillent et leurs vies personnelles deviennent rapidement partie intégrante de la série. «Ils se sentent vraiment aimés et ne sont plus capables d’imaginer leur vie sans l’émission, explique l’auteur. Ça leur permet d’être qui ils veulent, et certains ne peuvent plus retourner à leur vie d’avant.»

De fait, la pièce est séparée en trois parties. Le début est plus léger, plus amusant, et les personnages se prêtent au jeu avec plaisir. Et puis, au milieu, la frontière entre jeu et obsession se resserre sur les jeunes. «À la fin, dit l’artiste, la plupart d’entre eux incarnent complètement leur personnage et laissent derrière eux leur vraie identité.»

Le fanatisme peut-il vraiment aller aussi loin? Il suffit de voir les réactions à la mort de Suzie Lambert, l’héroïne jouée par Marina Orsini dans Lance et compte, ou à celle de la lieutenant Nadine Legrand incarnée par Magalie Lépine-Blondeau dans District 31 pour constater que le public s’investit corps et âme dans les œuvres de fiction, soutient l’auteur. «Au moment d’écrire la pièce, j’étais obsédé par toutes les fins de série où on fait mourir le personnage principal, relate-t-il. On est intelligents, on le sait que c’est un personnage, un acteur. Mais on vit l’émotion pour de vrai, en temps réel.»

Dans sa pièce destinée à un public plus jeune, le metteur en scène offre une satire de ces nouvelles plateformes qui rendent le succès et la gloire plus accessibles que jamais. «J’y vois un désir de s’évader, de vivre par procuration, de vouloir s’effacer et devenir quelqu’un d’autre, fait observer Jonathan Caron. Jusqu’où peut-on aller là-dedans?»

«Au départ, les fans de la série sont spectateurs. Mais ils réalisent rapidement que ce n’est pas assez.» – Jonathan Caron, auteur et metteur en scène, à propos de l’obsession de ses personnages pour l’émission Philadelphia High School

Premières fois
«La pièce représente beaucoup de premières fois!, s’exclame le jeune auteur, rencontré au Théâtre Denise-Pelletier à deux pas d’un des derniers enchaînements de sa pièce, C’est mon premier texte écrit en solo, ma première mise en scène d’un projet d’aussi grande envergure. Ça m’allume.»

Diplômé de l’option théâtre du Collège Lionel-Groulx, l’acteur de formation s’est lancé dans l’écriture et dans la direction par envie «d’en faire plus». «J’ai cette volonté-là de toujours développer des univers, des personnages, confie l’auteur, de me demander jusqu’où je peux m’enfoncer dans les thèmes que j’explore.»

 

En plus de brûler les planches du Théâtre Denise-Pelletier, l’univers fanatique de Philadelphia High School fait l’objet d’un livre. Le récit de Jonathan Caron est disponible à compter d’aujourd’hui chez Dramaturges éditeurs.

 


Infos
Philadelphia High School, au Théâtre Denise-Pelletier du 13 au 31 mars

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