Sébastien Raymond/Les Films Séville La rencontre entre Ayusha et Gordon se fait par l’entremise d’un robot hexapode.

Eye on Juliet, le nouveau film de Kim Nguyen, met en scène la rencontre improbable entre deux personnes séparées par leurs cultures respectives… et par 6 000 kilomètres.

De son bureau ennuyant de Detroit, Gordon (Joe Cole) surveille chaque soir un pipeline nord-africain à l’aide d’un hexapode téléguidé. C’est en scrutant l’horizon avec son araignée robotisée qu’il tombe sur Ayusha (Lina El Arabi), une jeune femme ambitieuse qui rêve de tenter sa chance en Europe avec son amoureux mais que sa famille veut marier à un homme plus vieux.

Le cœur brisé par une rupture récente, Gordon, lassé de chercher l’amour au bout de son cellulaire, se prend d’affection pour cette lointaine Juliette et décide de l’aider de son mieux.

«J’avais envie de parler de la solitude au XXIe siècle avec en arrière-plan cette surveillance omniprésente dans nos vies, tout cela de façon symbolique, confie Kim Nguyen, qui signe son sixième long métrage. Ce n’est pas un film réaliste, mais il s’inspire de la réalité.»

«Le film a demandé beaucoup de courage de la part des comédiens, beaucoup de confiance en moi et dans l’histoire.» – Kim Nguyen, réalisateur d’Eye on Juliet, à propos des conditions de tournage pour les deux interprètes principaux

La technologie présentée dans ce film est en avance sur les plus récents développements (par exemple, Gordon peut communiquer en arabe avec Ayusha grâce à sa petite machine), mais les sentiments exprimés, eux, sont contemporains.
«Le sentiment de solitude, d’isolement et d’angoisse qui nous habite et qui habite Joe vient en grande partie de la technologie, de notre téléphone et des médias sociaux. On sait tous qu’on doit retourner à la source, au contact humain.»

Le contact humain, les deux acteurs ont dû s’en passer pendant une bonne partie du tournage. Alors que Lina El Arabi a passé beaucoup de temps dans le désert à discuter avec une machine, Joe Cole était quant à lui enfermé dans un studio montréalais devant un écran d’ordinateur.

«Tourner avec Kim, c’est la certitude qu’on aura une ambiance calme, apaisante et agréable, mais jouer seul avec un robot pendant un mois, c’est quand même un peu violent», relate Lina El Arabi en riant, elle qui a également dû s’exprimer en anglais et en arabe, deux langues qu’elle ne maîtrisait pas, pour interpréter Ayusha.

«J’y suis arrivée grâce à Kim. C’est lui qui réussissait à recontextualiser, à me donner les enjeux de chaque scène. En règle générale, j’essaie de puiser mon énergie dans le regard de l’autre. Là, c’était un peu compliqué. À défaut d’être à l’écoute de mon partenaire, j’ai essayé d’être à l’écoute de Kim. Je lui faisais pleinement confiance. Je savais que là où il m’amenait, c’était toujours par le bon chemin.»

Présenté au Festival de Toronto et à la Mostra de Venise, Eye on Juliet (Regard sur Juliette en français) provoque, selon son créateur, des réactions opposées chez les spectateurs.

«C’est un film romantique mais idéalisé, explique le réalisateur québécois, qui utilise également l’expression «réalisme magique» pour décrire l’ambiance particulière de son dernier long métrage. C’est un fantasme, un espoir que deux sociétés vont se rencontrer, que deux plaques tectoniques culturelles, qui au cours des 30 dernières années se sont divisées, se retrouvent par l’entremise de deux personnes.»

Alors, Eye on Juliet est-il un film utopiste?

«Je ne vois pas en quoi c’est un défaut d’être utopiste, réplique Lina El Arabi. Heureusement, parce que sinon, la vie serait très triste. Le cinéma sert à rêver. Ce genre de film permet de ne pas devenir aigri. Est-ce que je crois que deux âmes sœurs peuvent se rencontrer à des milliers de kilomètres de distance? Oui, je l’espère. Je préfère être utopiste plutôt qu’être aigri et ne plus croire en rien.»

À l’international

Après avoir tourné au Nunavut (Two Lovers And A Bear) et au Congo (Rebelle), Kim Nguyen a opté pour le Maroc. À l’instar de ses compatriotes Denis Villeneuve et Jean-Marc Vallée, il s’est tourné vers la scène internationale pour combler ses ambitions artistiques.

Au Québec, c’est de plus en plus dur de justifier un budget de 6 ou 8M$ si ce n’est pas une comédie, alors qu’à l’international, je commence à avoir accès à des budgets de 15 ou 20M$. Ça donne accès à une palette de couleurs plus grande, à davantage de jours de tournage. Ça permet de raconter une histoire avec des moyens conséquents.»

En salle vendredi

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