Jean-Philippe Sansfaçon

Un désert culturel, la banlieue? Loin de là. Depuis quelques années, les festivals de niche foisonnent dans les couronnes 
autour de Montréal, et le public est au rendez-vous. Survol de ces événements qui tiennent éveillées les banlieues-dortoirs.

Ce soir vers 21 h, la grande Feist se produira dans l’enceinte intimiste de l’église Sainte-Thérèse-d’Avila, dans le cœur villageois de Sainte-Thérèse.

La présence de la renommée chanteuse canadienne marque le début de la deuxième présentation du festival Santa Teresa, qui a également réussi à attirer sur la Rive-Nord des figures de proue de la musique indie comme l’Australien Nick Murphy et le rappeur américain Lil Uzi Vert.

De l’autre côté de la rivière des Mille-Îles, dans le quartier Sainte-Rose, à Laval, le festival Diapason fait depuis 10 ans la promotion de la musique indépendante sur l’île Jésus. Cette année, les mélomanes pourront entendre Kandle, Chad VanGaalen, Plants and Animals ou Keith Kouna.

Ajoutez à cela le festival Artefact à Vaudreuil-Dorion (du 26 au 28 juillet), le Saint-Jérôme Folk (du 10 au 18 août) et le festival LV3 de Lavaltrie (du 19 au 22 septembre) et vous constaterez que l’offre de musique indépendante dans la région métropolitaine est loin de s’arrêter aux frontières de l’île de Montréal.

En plein développement, le 4-5-0 se dote tranquillement d’institutions culturelles qui répondent aux goûts de sa jeune population.

Selon les données du recensement de 2016, ce sont les villes de banlieue qui assurent la majeure partie de la croissance de la région métropolitaine.

Alors que la population de Montréal a augmenté de seulement 3,3 % au cours des cinq dernières années, des villes comme Mascouche et Saint-Jérôme ont connu une augmentation de près de 10 % de la leur.

«C’est un marché en pleine croissance qui vit un boum démographique assez important et qui compte beaucoup d’adolescents, de jeunes familles et de jeunes adultes tout court, constate Julien Aidelbaum, cofondateur et responsable de la programmation de Santa Teresa.

Les Montréalais ne sont toutefois jamais bien loin. Par exemple, le festival Diapason estime que 25 % de ses visiteurs proviennent de la grande ville.

«Chaque ville 
mérite d’avoir son 
événement de niche.»
 –Patricia Lopraino, directrice du festival diapason

«Est-ce qu’on les vise? Absolument. S’ils ont manqué leurs artistes préférés à Montréal et qu’on peut les leur proposer dans une version intimiste et renouvelée, on a de très bons arguments pour les courtiser», indique Patricia Lopraino, fondatrice et directrice générale de Diapason. On récupère aussi beaucoup de gens qui ont quitté Montréal pour s’installer en banlieue, qui recherchent ce type d’offre culturelle et qui sont habitués à en consommer.»

«Sainte-Thérèse demeure une petite municipalité au nord de Montréal, avec à peine 30 000 habitants dans un bassin de plusieurs centaines de milliers de personnes, ajoute Julien Aidelbaum. Alors, c’est un événement qui s’adresse vraiment à tout le monde, aux gens des alentours, même aux Montréalais. Du Plateau Mont-Royal à Sainte-Thérèse, c’est 40 minutes de voiture. Notre objectif, c’est de se positionner comme un événement national.»

Logiquement, plusieurs festivals organisent des services de navettes pour permettre aux Montréalais sans voiture de s’y rendre. Et les artistes, eux, faut-il les convaincre de déserter le 5-1-4?

«Personne ne m’a jamais dit qu’il ne voulait pas aller jouer à Laval, insiste Patricia Lopraino. Il existe toutefois des obstacles naturels, notamment en matière de disponibilité. Le fait qu’on soit proche de Montréal nous amène aussi son lot de défis, car des événements de plus grande ampleur se produisent de l’autre côté de la rivière.»

Un festival comme Osheaga peut par exemple imposer à un artiste une exclusivité dans un rayon de 100 kilomètres autour de Montréal.

«Il y a aussi un travail de sensibilisation à faire, estime Julien Aidelbaum, qui fut aussi programmateur de la scène 1425 à Laval. Il faut convaincre les artistes du concept. Ce n’est pas toujours facile, même pour les artistes québécois qui, souvent, performent dans des petits lieux alors qu’ils seraient capables de faire de plus gros salles à Montréal. On leur demande de jouer la game avec nous, de faire quelque chose qu’ils ne font pas habituellement.»

À l’image du Festival de musique émergente (FME) de Rouyn-Noranda ou de South by Southwest, à Austin, au Texas, beaucoup de ces événements misent sur des contextes uniques pour attirer les spectateurs.

Par exemple, dans le cadre de Diapason, il sera possible d’écouter Klô Pelgag Crémerie le Relait ou Antoine Corriveau dans un autobus. À Sainte-Thérèse, des artistes comme Hubert Lenoir ou Milk and Bone sont invités à se produire dans des bars aux dimensions modestes.

«Notre objectif n’est pas de devenir gros comme Osheaga, prévient le fondateur de Santa Teresa. C’est plutôt que l’événement reste confortable, à échelle humaine. Tu pourrais voir Loud au MTelus avec 2 000 personnes, mais tu peux aussi le voir dans un contexte différent, plus intime, et tu vas tripper autant, sinon plus.»

Un peu d’info

  • Santa Teresa : de vendredi à dimanche à Sainte-Thérèse
  • Diapason : du 5 au 8 juillet à Laval

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