Pour plusieurs, l’adolescence est loin d’être un long fleuve tranquille. Dans La chute de Sparte, film adapté du roman du même nom de Biz, cet âge ingrat a plutôt des allures de tragédie grecque.

Steeve Simard, 16 ans, déteste ses parents pour lui avoir donné un nom anglais et «des initiales de nazi», hait l’équipe de football de son école secondaire qui lui a fermé ses portes et exècre la médiocrité de la banlieue qui l’entoure.
Steeve (Lévi Doré) déteste tout, sauf peut-être la lecture, la spéléologie, la mythologie grecque et son (seul) ami Virgile (Jonathan St-Armand). Tout, jusqu’au jour où la belle Véronique (Lili-Ann De Francesco), celle qui habite ses rêves depuis le début du secondaire, croise enfin son regard et fait battre son cœur à vitesse grand V.

Il décide alors d’enfiler sa cuirasse et son casque (métaphoriquement, on s’entend) pour plonger dans le vrai monde, devenir un homme et, surtout, affronter la fureur de Giroux (Karl Walcott), l’ex de Véro.

Biz

«Le livre est né d’un constat : dans les médias, lorsqu’on parle des jeunes, c’est toujours pour dire que ça va mal : ils ne lisent plus, parlent mal, décrochent, sont toujours dans leurs téléphones et prennent des brosses au FCKD UP. Et on ne leur donne jamais la chance de répliquer. J’ai donc voulu faire un chevalier adolescent, un über ado qui connaît tout, qui a lu Homère, Nietzche, Kant et Miron. Et qui va aller au bat et parler pour les ados», raconte Biz, coscénariste du film en compagnie du réalisateur Tristan Dubois.

«L’adolescence est une période riche pour raconter des histoires. Les ados sont vraiment sincères dans leurs émotions, tellement à fleur de peau», ajoute le cinéaste, qui signe un premier long métrage au grand écran après avoir tourné plusieurs téléfilms.

La métaphore mythologique était donc tout indiquée pour transposer à l’écran la variété de sentiments que peuvent traverser les jeunes en peu de temps.

«L’adolescence, c’est tragique. On passe constamment du rire aux larmes. Le même jour, tu te fais une blonde et tu découvres que ton ami s’est suicidé, illustre Biz, qui côtoie des jeunes depuis les débuts de son groupe rap Loco Locass. Il y a quelque chose de plus grand que nature dans l’adolescence qui est en phase avec la mythologie, avec ses dieux et ses déesses. Tout y est épique, héroïque. Véronique, aux yeux de Steeve, c’est une déesse. Giroux, le méchant qui veut sa peau, c’est le dieu de la guerre. St-Amour, le quart-arrière de l’équipe de football, c’est Achille, le général qui mène ses troupes à la guerre. Dans sa tête, tout est plus grand.»

«Tous ceux qui terminent le secondaire sont des héros, comme Ulysse qui revient de ses aventures après un long exil.» – Biz, coscénariste de La chute de Sparte

Malgré ses envolées lyriques qui viennent ponctuer (effets spéciaux à l’appui) petits et grands drames de la vie de Steeve, le long métrage a aussi les deux pieds dans la souvent pénible réalité adolescente.

«Biz a vraiment bien témoigné de la réalité des adolescents, estime Levi Doré, 17 ans («18 ans dans 3 semaines», tient-il à préciser) et récemment diplômé du secondaire. Peu importe qui tu es à l’école ou dans la société, tu peux te reconnaître dans un des personnages : les sportifs, le petit comique qui prend de la drogue, l’intello introverti… On est tous capables de se reconnaître et de s’attacher à eux.»

«Évidemment, le film joue avec les clichés, mais c’est basé sur une réalité. Ou tu es populaire et tu as plein d’amis et les gens te voient plus grand que tu es, ou tu es tout seul, sans amis, dans ta bulle», explique celui qui en est à une première présence au grand écran après un passage à la télévision dans l’émission Au secours de Béatrice.

Même si le ton du film est lumineux, La chute de Sparte aborde plusieurs thématiques plus sombres : intimidation, suicide, rejet.

Tristan Dubois

«Les parents ne se rendent pas compte de ce que leur ado vit entre les quatre murs de l’école, de 8 h à 16 h, d’à quel point c’est exigeant, estime Tristan Dubois. C’est un huis clos permanent.»

C’est un peu pour briser ces murs que les artisans du film ont mis autant d’effort dans ce projet qui a pris près de cinq ans à se concrétiser.

«Si les adultes, après avoir vu le film, peuvent un peu mieux comprendre leur ado et si l’ado se retrouve à l’écran et qu’il a l’impression que ses parents le comprennent un peu mieux, je vais être heureux», avoue Tristan Dubois. Si c’est bon, bien écrit, bien réalisé, que tu sois un enfant, un ado ou un adulte, tu vas aimer ça.»

«Tous ceux qui terminent le secondaire sont des héros, comme Ulysse qui revient de ses aventures», soutient Biz, qui a publié le roman en 2011. Et le message que je veux laisser aux adolescents est simple : je vous aime et j’ai confiance en vous.»

 

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