Josie Desmarais/Métro Ariel Engle, alias La Force

Elle a participé à mille et un projets au cours des 15 dernières années, mais c’est avec son premier album solo qu’elle se révèle réellement. Sur ce disque qui porte son nom de scène, La Force, Ariel Engle traite notamment de féminité, de maternité et de deuil.

Lorsqu’on lui mentionne qu’on la découvre avec ce premier album, Ariel Engle, attablée à l’extérieur devant son logement, répond: «C’est tout à fait normal.»

Pourtant, la chanteuse et musicienne, proche amie de Feist, a collaboré avec plusieurs artistes de renom. Elle a, entre autres, chanté sur les premiers démos de sa vieille amie Martha Wrainwright (qu’elle connaît depuis l’adolescence), fait partie du groupe Moufette au début des années 2000, travaillé avec le musicien expérimental Sam Shalabi et été choriste pour Patrick Watson.

Mais tout ça, c’était avant de savoir qu’elle ferait carrière dans la musique. «Il y a 10 ans, je faisais une maîtrise en littérature. Puis, je me suis rendue compte que ce n’était pas vraiment ma passion et qu’il fallait vraiment que j’assume le fait que je suis chanteuse, sans quoi je le ferais seulement comme un loisir», explique-t-elle.

Après ce constat, elle a lancé le projet AroarA avec son mari, Andrew Whiteman, dont l’album In The Pines a été nommé sur la liste longue du prix Polaris en 2014. Récemment, elle s’est jointe au collectif Broken Social Scene, dont fait également partie Whiteman. «On ne quitte jamais Broken Social Scene, c’est comme dans la chanson Hotel California, you can never leave», dit-elle lorsque questionnée sur son avenir au sein du groupe.

La Force, c’est un peu un accident de parcours. À la base, la chanteuse et son partenaire de vie travaillaient sur un deuxième album d’AroarA. «À mi-chemin, on s’est rendu compte que ce serait peut-être mieux que ce soit un album solo, parce que je ne voulais pas partager le processus créatif, explique Ariel Engle. Comme si, sans le dire, je savais que je devais aller en solo. Et c’est Andrew qui l’a dit avant moi: “Écoute, ce serait peut-être mieux qu’on travaille séparément.” Parce qu’on fait tellement de choses ensemble, on a un enfant, on est dans Broken…»

C’est comment, se commettre en solo lorsqu’on est habitué à travailler en équipe? «C’est complètement différent, répond la chanteuse. C’est faire tous les choix plutôt que les partager. En fait, il n’y a pas de compromis à faire, ce qui est à la fois positif et négatif. Je suis une personne qui aime travailler en équipe, mais c’est l’occasion de m’épanouir d’une nouvelle façon.»

Pour faire le grand saut et voler de ses propres ailes, Ariel Engle a choisi de se présenter sous  un nom inspiré de la carte de tarot La Force, qui montre une femme tenant la gueule ouverte d’un lion. «Je n’ai pas de spiritualité associée à ça, je le vois vraiment comme une icône, et celle de La Force m’a vraiment touchée», dit-elle en montrant l’image de la carte sur son téléphone. 

La musicienne dit s’identifier autant au lion qu’à la femme. «Le lion représente notre côté animal qui veut créer, dévorer, travailler à un niveau plus instinctif, tandis que la femme représente notre côté plus rationnel, qui essaie de contrôler ces impulsions. Je vois un peu ça comme la danse de la création.»

Bien qu’elle chante en anglais, la Montréalaise préfère le nom français de la carte. «Strength, ça ne sonne pas bien comme nom d’artiste. La Force c’est tellement mieux!» lance-t-elle en riant.

«Et j’aime que ce soit un mot féminin, poursuit-elle. Il y a eu tellement d’abus de pouvoir dernièrement. Il y a eu le mouvement #MeToo, Trump… J’essaie de ne pas prononcer son nom, c’est comme Voldemort dans Harry Potter. J’aspire à ce que la force s’accomplisse avec plus d’intelligence et de gentillesse.»

«J’adore le croisement entre la beauté et la laideur dans la musique, dans les gens et dans la vie. C’est comme les œuvres memento mori; ce sont des peintures si riches et si belles, mais qui évoquent tellement la mort.» -Ariel Engle, alias La Force

Côté obscur
Les fans de Broken Social Scene ne seront pas déroutés en écoutant La Force, puisque ses sonorités baignent dans les mêmes eaux indie-rock que celles du collectif canadien.

On y perçoit également certaines influences de musiques du monde, ce qui n’est pas étranger au fait qu’Ariel Engle a vécu un peu partout sur la planète, notamment en Chine, en Indonésie et en Écosse, alors que ses parents étaient professeurs d’anglais.

Cette expérience a façonné le regard qu’elle porte sur le monde. «L’idée d’une culture homogène n’a jamais été ma réalité», dit-elle.

Ces mêmes parents, passionnés de musique, possédaient une immense collection de vinyles et amenaient l’artiste et son frère voir des concerts chaque fin de semaine lorsqu’ils étaient jeunes. «Des fois, mon père nous parlait en paroles de Bob Dylan!» raconte-t-elle avec le sourire.

La perte de son père, décédé pendant la conception de son album, a d’ailleurs influencé sa création. En séance photo pour Métro, Ariel Engle préfère ne pas trop sourire, étant donné que sa musique «parle de sujets sombres comme la mort et le post-partum».

«Je ne parle pas de sortir et de faire la fête», résume-t-elle à propos des thématiques qui traversent les neuf titres de son disque.

Sur Ready to Run, elle aborde la crise des réfugiés en reprochant leur hypocrisie aux politiciens. «Je venais d’avoir un bébé, et cette crise m’a fait réaliser à quel point la vie est une loterie. Que ma fille soit en santé, qu’elle soit née ici, ce n’est pas mérité, c’est juste ainsi. Je n’oublie jamais la chance que j’ai de vivre à Montréal, et je le dis à ma fille. On est vraiment privilégiés.»

La pièce TBT est un clin d’œil au populaire mot-clic #TBT (Throwback Thursdays) sur les réseaux sociaux, qui invite les internautes à partager des souvenirs. «Quand j’ai découvert cette mode qui incite à recréer ses souvenirs, ça m’a laissé un goût amer, explique-t-elle. Non seulement peut-on publier une photo de ce qu’on mange en envoyant le message:
“C’est tellement beau, vous êtes tous jaloux”, mais on peut aussi montrer aux gens un passé où il n’y avait rien de laid, qui était parfait…»

Ariel Engle, elle, assume de partager les côtés plus sombres de sa vie. «Si je veux être conséquente avec le nom La Force, je dois montrer toutes mes facettes.»

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