Josie Desmarais/Métro Lou Phelps

On ne choisit pas sa famille, dit le proverbe. Dans le cas du rappeur montréalais Lou Phelps, le destin a voulu que son frère soit Kaytranada, l’un des producteurs les plus en vue du hip-hop mondial. Une bonne ou une mauvaise chose lorsqu’on veut percer? Entrevue avec un artiste qui veut faire son propre nom.

Adolescents, Louis-Philippe Célestin et son grand frère Kevin faisaient leurs premières armes dans le bungalow de leurs parents à Saint-Hubert en rappant sur des beats téléchargés sur l’internet.

«On allait sur Limewire chercher les instrumentaux de 50 Cent, The Game ou Lil’Kim et on rappait par dessus en disant n’importe quoi. On a commencé dans mon sous-sol, on faisait des vidéos, on pensait qu’on était des gros rappeurs», se rappelle avec un sourire le jeune homme de 24 ans. Quand tu n’as rien à faire chez toi, pas de jeux vidéo, pourquoi pas explorer des choses et faire de la musique?»Dix ans plus tard, le duo est sorti de son sous-sol.

Kevin est devenu Kaytranada, l’un des DJ les plus salués de la planète, gagnant du prix Polaris 2016, qui a travaillé aux côtés d’Andre 3000, Anderson.Paak et Craig David, en plus d’assurer la première partie de Madonna lors de quelques-unes des dates de sa dernière tournée nord-américaine.

Louis-Philippe, lui, est devenu Lou Phelps. Après avoir fait équipe avec son frère au sein de The Celestics et tenté sa chance avec un premier EP en solo, il lance aujourd’hui son premier album 002 / Love, auquel a naturellement collaboré son frangin.

«Par moments, j’ai eu l’impression d’être dans son ombre. Mais après un certain temps, j’ai réalisé qu’on n’est pas du tout dans le même genre de musique, explique Lou Phelps lorsqu’on lui demande si être le frère d’un DJ aussi réputé comporte de mauvais côtés. Oui, il fait du hip-hop, mais ce n’est pas du tout le même genre de hip-hop que moi. Les gens peuvent comparer tant qu’ils veulent, mais on est dans deux catégories complètement différentes.»

Différentes (Kay explore l’électro et le dance, alors que Lou lorgne plutôt du côté d’un rap teinté de R&B et de pop), mais complémentaires tant le lien qui unit les deux frères est fort.

«On a commencé la musique ensemble. D’après moi, on a le même talent, dans nos genres respectifs. Pendant longtemps, je croyais qu’il n’y avait pas de différence entre nous deux. Pour moi, on était la même personne. On a grandi ensemble, comme si on était des jumeaux, même s’il a deux ans de plus.»

«À certains moments, je trouve ça plate d’être comparé à lui, parce que certaines personnes peuvent s’en servir pour dévaloriser ma musique. Mais je suis content qu’il soit mon frère. J’ai les meilleurs beats au monde!»

Effectivement, l’album contient son lot de pièces entraînantes, comme la très funky Come Inside, imaginée «autour d’une bouteille de vodka» avec le Torontois Jazz Cartier, ou la lascive Miss Phatty, déclaration d’amour à une danseuse (pas exactement une représentante des Grands Ballets canadiens).

«L’album raconte l’histoire d’un gars qui rencontre une fille et tombe en amour, résume Lou Phelps, qui ne cache pas s’être inspiré de sa propre vie pour ce premier long jeu. Tout se passe bien jusqu’au moment où il se sent trop confiant et commence à pourchasser d’autres personnes. Il se fait prendre, puis c’est le break-up et toutes les émotions qui viennent avec la fin d’une relation.»

Des émotions parfois réelles, parfois imaginées, parfois fantasmées. Du rap sensible, ça existe donc?

«C’est vraiment un reflet de ce que je vivais au moment où je l’ai enregistré. C’est pour ça que c’est important pour moi, assure-t-il. J’ai vécu une relation quand même profonde avec une fille, ç’a duré quatre ans. Au moment d’enregistrer, je venais de vivre la rupture. C’est tout ce à quoi j’ai pensé pendant un an, sans arrêt. Je me suis dit : pourquoi ne pas mettre ça dans ma musique. Je n’avais jamais vraiment fait de musique qui venait de mon cœur.»

Prophète en son pays
Comme son frère, Lou Phelps est plus connu à l’étranger que chez lui.

«Partout où j’ai été, le monde me connaît, mais à Montréal, c’est moins le cas. Avec cet album, je veux faire un classique montréalais.»

Pas facile lorsqu’on a fait le choix de rapper dans la langue de Jay-Z au sein d’une scène hip-hop locale dominé par les MC francos.

«Je n’ai pas vu un seul rappeur québécois qui ait percé en anglais. Pourquoi pas essayer, pourquoi pas être le premier?» – Lou Phelps

«Je vais pas faire de la musique en français juste pour faire de la musique en français. (…) Depuis que j’ai six ans, j’écoute juste de la musique en anglais, raconte le musicien d’origine haïtienne. Je n’ai aucune idée de l’histoire du rap français ou québécois. Rapper en anglais, c’est venu naturellement à force d’écouter du 50 Cent, du G-Unit, Madvillain, Wu Tang…»

«Le français, c’est la langue des Québécois. C’est ce que les gens comprennent et c’est ce qui les touche. C’est normal. Mais quand on y pense, plusieurs ont adopté le style américain, avec des mots français. Moi, j’ai juste pris le style américain à 100 %, avec ma touche de Caribéen et de Canadien français.»

Malgré tout, Lou Phelps n’écarte pas la possibilité de prendre un jour le micro dans sa langue maternelle, lui qui a déjà tenté l’expérience aux côtés de son «boy» KNLO, membre du collectif Alaclair Ensemble, sur la pièce Ville-Marie.

«J’avais envie d’essayer et c’est venu instinctivement, naturellement. C’était comme si c’était dans mon sang; de rapper en français. C’est pour ça que je considère vraiment faire un album en français un jour».

Mais en attendant, le monde l’attend.

«Pour l’instant, je veux vraiment percer en anglais pour me faire un nom et que les gens puissent reconnaître mon travail.»

«Dès que j’ai commencé à faire de la musique, j’ai voulu prendre le contrôle du monde. Je voulais jouer en Australie, à Londres, partout. Je ne connais pas beaucoup de rappeurs français qui aient percé partout dans le monde, à part peut-être PNL, Maître Gims ou Booba. Ce sont des cas à part. Je n’ai pas vu un seul rappeur québécois qui ait percé en anglais. Pourquoi pas essayer, pourquoi pas être le premier?»

002/Love Me est disponible dès le 21 septembre
En spectacle le 9 novembre au Belmont

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