Pierre Crépô Dany Laferrière

Six saxophones et un auteur se rencontrent au pays des oiseaux fous. Retour sur une énigme.

À l’automne 2011, le saxophoniste Jean-Marc Bouchard se voit remettre deux bouquins par sa compagne Marie-Chantal : L’énigme du retour et Le cri des oiseaux fous, de Dany Laferrière.

Dare-dare, ce membre du quatuor de saxophones Quasar entame la lecture du premier et, subjugué par la fulgurance des mots, souligne spontanément des passages qui distillent des réflexions sur le temps et/ou l’espace. Il dévore les deux ouvrages et, rapidement, l’idée d’associer de la musique à un florilège d’extraits choisis dans L’énigme du retour germe dans son esprit.

C’est en gambergeant pour débusquer un éventuel titre que ce passionné de chants ailés tente plus de 200 combinaisons autour du mot «oiseau». Puis, flash : le titre du livre de Dany! Le cri des oiseaux fous!

«Dès le moment où j’y ai pensé, j’ai été convaincu que je ne trouverais rien de plus beau que cela.» Il téléphone chez Boréal pour s’enquérir des possibilités d’utiliser des extraits des œuvres. Bingo! Dany accepte dès le lendemain.

Au final, il aura tant apprécié l’honnêteté de l’approche et de la démarche que c’est même lui qui lira, grâce à des bandes préenregistrées, des extraits sur lesquels improviseront, à partir d’une trame, les quatre saxophonistes de Quasar et leurs deux invités : John Butcher, un musicien britannique patraque, et Jean Derome, bien connu sur la scène musicale québécoise d’avant-garde.

La petite musique de Dany
Comment le principal intéressé a-t-il réagi? «Il y a toutes sortes de gens qui arrivent à pénétrer dans mon univers. Je trouve que c’est une belle chose que la musique puisse venir chez moi ainsi. Mais je n’ai pas été surpris. Il y a quelque chose qui semble attirer, même si, personnellement, je n’ai aucun sens de la musique. Je ne sais pas si j’ai mis toute la musique que j’ai en moi dans mes livres et si les musiciens ont repéré cela», se demande Dany au bout du fil. Il n’a pas participé à la sélection des textes.

«Heureusement d’ailleurs, car je ne veux plus avoir aucun pouvoir sur ce qui a été publié. Je veux juste attendre que ça suive les gens selon leur propre sensibilité…»

Et lorsqu’on demande au récipiendaire du prix Médicis 2009 qu’elle est sa musique de prédilection, il répond : «Je n’ai pas de sensibilité préméditée. C’est quand j’entends que je vois si ça me touche : immédiatement, ça agit physiquement sur moi. Je suis désolé parce que c’est quelque chose que j’aurais pu aimer, je ne vois pas pourquoi il en est ainsi.

Si j’écris dans le silence? Non, la musique est en moi. C’est en quelque sorte un alliage de rythme et d’émotion à l’intérieur de mes textes, de mon écriture… Peut être que mon oreille est avant-gardiste et comme elle n’est pas traditionnelle, c’est peut-être pour cela que je trouve très rarement des choses que j’aime en musique.» Qui sait, cela pourrait changer à partir du 2 novembre?

Dany Laferrière a déjà coécrit avec Claude Dubois une chanson qui servait de trame sonore au générique de la fin du film Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer. Le titre? On vit de femmes. Est-ce qu’il se prêtera de nouveau au jeu de l’écriture chansonnière? «Je ne suis ni pour ni contre.» Bien au contraire…

Le cri des oiseaux fous
Vendredi à 20 h
Au Conservatoire de Montréal

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