Collaboration spéciale Éléonore Loiselle et Maeva Tremblay crèvent l'écran dans Dérive.

Comment une jeune fille, une ado et leur mère peuvent-elles se remettre du décès de leur port d’attache, père pour les unes, conjoint pour l’autre? Difficilement. Lentement. Mais sûrement. Le film Dérive explore le deuil que vivent ces trois femmes d’âges différents.

La jeune Marine (Maeva Tremblay), qui fait son entrée à l’école secondaire, refuse d’accepter que son père, son héros, avec qui elle partageait ses expériences et découvertes scientifiques, lampe frontale sur le front, puisse avoir perdu la vie.

Océane (Éléonore Loiselle), sa grande sœur, qui se fait traiter de lesbienne à l’école à cause de son look androgyne, fréquente les salons mortuaires en «touriste» et cherche son père dans les bras d’un homme plus âgé.

Leur mère (Mélissa Désormeaux-Poulin) tente tant bien que mal de garder le cap, désormais seule à la barre de ce bateau familial à la dérive, éprouvant de grandes difficultés à reprendre le rôle de pourvoyeur de son conjoint.

Pas très joyeux tout ça. Mais pas triste non plus, insistent le réalisateur David Uloth et la scénariste Chloé Cinq-Mars, rencontrés la semaine dernière au Festival de cinéma international en Abitibi-Témiscamingue, à Rouyn-Noranda, en compagnie de la jeune actrice Éleonore Loiselle, qui personnifie Océane.

«On dit au public d’amener leurs kleenex. On a vu des gens pleurer en sortant de la salle!» lance la scénariste.

«Les gens sont émus, mais ils ne sont pas tristes, nuance son conjoint David Uloth. Parce qu’il y a de l’espoir, c’est très lumineux.»

Dérive explore le deuil vécu par trois femmes d’âges différents. Plus précisément, cette étape du deuil qui survient «une fois que les proches ont passé la période obligatoire d’empathie, où on est censé passer à autre chose, continuer à vivre, détaille Chloé Cinq-Mars. Pour ces enfants et cette mère, on ne peut pas continuer à vivre, il n’y a plus rien qui marche.»

Pendant que maman tente de joindre les deux bouts et de se trouver un emploi (pas facile quand on devient du jour au lendemain mère monoparentale et qu’en plus, on est surdiplômée), Marine se fait intimider par celle qu’elle pensait être son amie et Océane se fait abuser par celui qu’elle pense être son amoureux.

«Chacune essaie de survivre de son côté et de ne pas montrer aux autres que ça ne va pas bien», note la scénariste.

Pour Chloé Cinq-Mars, il était important de mettre de l’avant trois femmes qui souffrent, oui, mais qui ne sont pas «victimes des circonstances, qui continuent à agir».

David Uloth souligne la résilience des personnages. «Ce n’est pas du tout misérabiliste. Il y a des moments très difficiles, mais on n’est pas dans l’apitoiement. Ces femmes ont la drive de chercher quelque chose de plus beau, ça leur est vital. Elles ont l’espoir d’une vie meilleure.»

Au passage, Dérive aborde divers enjeux sociaux, notamment les agressions sexuelles et l’intimidation.

Dans une scène particulièrement difficile à regarder (mais étonnement facile à tourner, aux dires de l’équipe technique), on est témoin d’une agression sexuelle subie par Océane.

D’autres séquences elles aussi troublantes montrent la jeune Marine se faire tantôt enfermer dans son casier, tantôt plonger la tête dans une toilette.

Dans les deux cas, on comprend que les bourreaux des sœurs vivent eux aussi des difficultés personnelles. «Je voulais qu’on voie l’humanité de ces personnes dans le film, explique David Uloth. Félix [joué par Emmanuel Schwartz] éprouve des remords après l’agression. Tout comme on apprend que l’intimidatrice de Marine a ses propres craintes. C’est vraiment une zone grise. Ça montre que ce n’est pas facile de dénoncer ses assaillants, même s’ils le méritent.»

Le film porte également un regard différent sur la pauvreté, loin du cliché de la famille démunie d’Hochelaga-Maisonneuve. «Les personnages vivent dans un certain luxe à Saint-Lambert, mais il y a une difficulté aussi à être dans un milieu qui s’attend à ce qu’on soit riche», souligne Chloé Cinq-Mars.

«Non seulement elle correspondait au personnage, mais elle avait la capacité d’aller chercher toutes les nuances nécessaires à ce rôle.» –Chloé Cinq-Mars, au sujet d’Éléonore Loiselle, qui interprète Océane

Premières fois
Retenez le nom d’Éléonore Loiselle. La jeune actrice, bouleversante dans le rôle d’Océane, avait seulement 15 ans lors du tournage de Dérive. Il s’agit de sa première expérience professionnelle.

David Uloth et Chloé Cinq-Mars cherchaient l’authenticité, la maladresse et le malaise propres aux premières expériences adolescentes. Ils l’ont trouvé chez la comédienne, qui s’est démarquée avec brio parmi quelque 300 jeunes qui ont auditionné pour ce rôle.

Aujourd’hui âgée de 17 ans, Éléonore Loiselle se dit emballée par cette expérience. «Comme c’est un rôle exigeant et complexe, je me suis beaucoup attachée au personnage ainsi qu’au récit. J’ai aimé la force des scènes, la force des mots, la vérité des textes», dit celle qui a réalisé un rêve en jouant dans un film.

Dérive est également une première expérience de long métrage pour sa scénariste et son réalisateur. C’était comment? «C’était épuisant!» s’exclame la première. «C’était long!» complète le deuxième.

L’écriture du scénario s’est échelonnée sur 10 ans. Puis, il a fallu trois ans au couple pour aller chercher du financement. «On a commencé la pré-production en mars 2016 et on a terminé le montage final en septembre dernier», dit David Uloth. 

Depuis, le film a été présenté dans quelques festivals. Il prendra l’affiche au Québec en mars 2019.

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