Jeremy Patterson @othboutique «Comme Yupster, Sara(h)bande est un livre sur le présent», estime Sylvain Raymond.

L’auteur montréalais Sylvain Raymond propose de sortir des sentiers battus – et de la ville – avec Sara(h)bande, un récit sombre et tordu. À l’image de notre temps.

En 2010, Sylvain Raymond lançait Yupster. Une autofiction se déroulant «dans un quadrilatère formé des 15 mêmes coins de rue de Montréal, ou presque» qui mettait en scène un type peu recommandable nommé, tiens, Sylvain Raymond. Un pari risqué, dit l’auteur, qui s’est soudain vu précédé par la vilaine réputation de son double littéraire. «Après avoir lu mon livre, des gens qui ne m’avaient jamais rencontré se sont mis à parler de moi avec assurance. Comme s’ils me connaissaient vraiment», s’étonne-t-il.

Avec Sara(h)bande, son second récit, qui marque incidemment le lancement de sa propre maison d’édition, l’auteur s’éloigne de ce procédé délicat pour mettre en scène un inspecteur à l’esprit embrouillé, baptisé – ce n’est pas innocent – Lajeunesse.

À la suite d’un crime sordide commis dans l’enceinte du Domaine Forget, une école de musique classique sise dans Charlevoix, Lajeunesse est appelé à enquêter. On comprend qu’il a vécu des choses assez glauques. Que sa tête n’est pas très claire. Mais que, sous ses airs de grosse brute, il cache une grande intériorité et une capacité à flouer n’importe quel adversaire. «Pour moi, Lajeunesse, c’est le Josélito Michaud de la police, affirme son créateur. Il semble gentil, empathique, mais il est capable de soutirer beaucoup plus d’informations aux suspects que n’importe qui, parce qu’il inspire la confiance.»

L’enquête que mènera cet anti-héros, en elle-même assez cauchemardesque, est également entrecoupée de chapitres intitulés «cauchemars». «Des flash-back intemporels, qui viennent je ne sais d’où», précise Sylvain. Des intervalles dans lesquelles c’est peut-être davantage l’auteur qui parle que ses personnages.

Dans un de ces passages, le narrateur affirme soudain : «Je ne veux plus (jamais) écrire.» «Je me rends compte que mes romans sont des outils de catharsis, confie-t-il. Avec Sara(h)bande, je sens qu’il y avait des choses en moi qu’il fallait que je sorte. Des choses pesantes. Et si j’avais eu le choix de ne pas les sortir, peut-être que je ne l’aurais pas fait.»

Mieux vaut être averti : ceux qui plongeront dans ce roman ne doivent pas s’attendre à lire un récit traditionnel. Les événements sont tortueux. Les personnages, tourmentés. Et la langue utilisée est atypique. «J’aime jouer avec le lecteur et lui proposer autre chose, prévient l’auteur. J’aime que les personnages soient conscients du dispositif. On est dans un roman, on est dans une fiction. C’est comme si, dans un film, l’acteur se retournait à la caméra pour faire un clin d’œil au spectateur. Au fond, Sara(h)bande, c’est une remise en question constante de ce qu’on a lu, de ce qui est vrai et de ce qui ne l’est pas.»

Refusant de respecter certaines, sinon plusieurs règles, et se faisant parfois critiquer pour cette raison, l’auteur s’amuse avec les mots, transforme des noms en verbe, les accorde à l’imparfait, les déconstruit. Ça donne parfois de drôles de choses. Par exemple «toastais-je», comme dans l’action non pas de griller du pain, mais bien de porter un toast. Ou «condescendais-je», comme dans le fait de considérer quelqu’un avec condescendance. Et puis «consternais-je», comme dans le fait d’être, oui, consterné. «Je viens du cinéma, souligne l’auteur. Ma vie, c’est la Matrix. Je vois des zéros et des uns partout. Pour moi, tout est codé. Et j’aimerais ça que, lorsque j’écris, les gens voient des images le plus vite possible. Quand j’écris ‘‘toastais-je’’, ce n’est peut-être pas un verbe qui existe, mais on comprend tout de suite que le gars lève son verre et fait tchin. Pas besoin de prendre cinq lignes de plus pour l’expliquer. Je sauve du temps, je prends des raccourcis, mais j’ose croire que ça permet de visualiser la scène plus rapidement!»

Signant des romans contemporains, critiquant les côtés plus sales de l’époque, Sylvain Raymond affirme vouloir «affronter les sujets plutôt que de les contourner». «J’ai quelque chose à dire. J’essaye simplement de trouver les bonnes histoires pour le faire.»

Sara(h)bande
Aux éditions Y
Disponible sur ruedeslibraires.com et sarahbande.com

Aussi dans Culture :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!