PARIS – Loin des clichés sur les momies en bandelettes et les pyramides, l’exposition «Le crépuscule des pharaons, chefs-d’oeuvre des dernières dynasties égyptiennes» présentée au musée Jacquemart-André, à Paris, dévoile la richesse de l’art égyptien, qui a su intégrer les influences jusqu’à la fin de cette fascinante civilisation.

Inspiré par les pièces égyptiennes de la collection de Nélie Jacquemart, datant de l’Égypte tardive (dix dernières dynasties de l’Égypte pharaonique, de 1069 à 30 avant notre ère), le commissaire Olivier Perdu, égyptologue attaché à la Chaire de civilisation pharaonique du Collège de France, a voulu «réhabiliter» cette période peu connue de l’histoire alors qu’elle «nous ont laissé des chefs-d’oeuvre».

Longtemps oublié voire méprisé par les historiens, le dernier millénaire des Pharaons a connu de nombreuses invasions qui ont influencé l’art égyptien, sans l’appauvrir. Le commissaire Olivier Perdu a fait «un choix thématique pour une rétrospective artistique», afin de «représenter la production artistique égyptienne dans son ensemble», à travers «un sujet original ambitieux», plutôt que les thématiques habituelles à savoir la religion ou les grands sites de fouille archéologiques.

Organisée autour de trois thématiques – le monde des vivants, celui des morts et celui des Dieux – l’exposition bénéficie de magnifiques pièces, venues de plusieurs grands musées internationaux à l’exception du musée du Caire. Ainsi la surprenante «Tête verte de Berlin» (époque ptolémaïque soit 332-30 avant notre ère) représente un pharaon loin de l’imagerie habituelle de l’Égypte antique.

Outre sa symétrie parfaite, elle démontre la finesse d’exécution dans la représentation de la peau, des rides, et des expressions du visage. Ce «chef-d’oeuvre» est entouré de nombreuses têtes, la plupart au crâne chauve et ovoïde car la calvitie était associée à la puissance sexuelle et la forme du crâne à la jeunesse, souligne Olivier Perdu.

De plus, ces différentes statues, dont seule la tête subsiste, démontrent l’évolution de l’art statuaire égyptien au fil du temps et des influences, comme ce personnage arborant une large plaque aux extrémités arrondies, étrangères à la joaillerie égyptienne. «Cette statue est celle d’un grand personnage égyptien qui a ‘collaboré’ avec l’envahisseur perse qui l’a remercié par un cadeau, le collier, et il a tenu à se faire représenter avec», explique Olivier Perdu.

Mais l’influence est réciproque au cours de ce premier millénaire très agité politiquement. Si les Égyptiens ont réalisé qu’ils n’étaient pas seuls, ils influencent également les «occupants», note Frédéric Payraudeau, égyptologue de l’université Paris IV-Sorbonne qui a participé à la conception de l’exposition.

Les représentations de ces pharaons étrangers reprennent les codes de l’Ancien Empire où le corps du souverain reste le même: épaules carrées, musclé, plein de jeunesse pour s’inscrire dans les lignées, surtout les plus brillantes.

Par contre, ils se font représenter avec leurs signes distinctifs tels que les pharaons kouchites originaires du Soudan (Napata à l’époque), pour lesquels les traits sont plus épais et la coiffe comporte deux serpents au lieu d’un pour symboliser l’Égypte et le Soudan.

Au milieu des représentations des pharaons de chaque période de l’époque tardive, se distingue une tête achéménide. Découverte il y a trois mois par Olivier Perdu dans une collection particulière, ce modèle de sculpteur, conçu pour aider à façonner la tête d’un souverain achéménide est l’exemple criant de l’influence égyptienne sur les Perses, avec un homme portant une coiffe circulaire et des moustaches et une barbe.

Quant aux salles consacrées au royaume des morts, elles présentent les «classiques» de l’art mortuaire avec des pièces remarquables de la tombe d’un prêtre d’Héracléopolis, Ankhemmaat (332-30 avant JC), dont un masque funéraire et un magnifique cercueil en bois.

À cette époque, les tombes sont plus petites et contiennent moins d’objets, pour rendre le déménagement des morts plus facile, précise Frédéric Payraudeau. Et c’est dans cette partie de l’exposition à la scénographie sobre que se trouve l’objet le plus ancien, un papyrus du livre des morts de la XXIe dynastie, une véritable bande dessinée.

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