A.BORREL/AZ Films Tom Terrail, Tristan Vichard et Salomé Lemire, tous de nouveaux venus au grand écran, dans une scène de La guerre des boutons

La France a produit cette année pas une, mais deux adaptations de La guerre des boutons.

L’histoire, on la connaît tous : dans une région campagnarde de la France de l’avant-guerre, les enfants de deux villages rivaux, les Longeverne et les Velrans, se livrent bataille. Le butin de guerre : les boutons des vêtements des «soldats» vaincus. Une histoire qui, 100 ans après sa publication, n’a apparemment pas perdu de son intérêt puisque la voilà de nouveau adaptée au grand écran, par Christophe Barratier et par Yann Samuell. Discussion avec ce dernier.

Vous souvenez-vous de votre premier contact avec La guerre des boutons?
C’était par le film d’Yves Robert. J’étais assez jeune; c’était en prise directe avec ce que je vivais, parce que j’ai grandi à la campagne. Mais, pendant des années, ce n’est pas un film que j’ai eu envie de revoir, parce qu’il était inscrit dans mon vécu. Quand, plusieurs années plus tard, un producteur est venu me voir en me disant qu’il rêvait de réadapter le roman et que, selon lui, j’étais le réalisateur idéal, je me suis demandé pourquoi? Pourquoi toucher à ce film-culte? J’ai accepté à condition de partir du roman et de trouver ce que je pourrais y apporter.

Et qu’y avez-vous apporté?
D’abord, l’importance du personnage féminin, quelque chose que je développe dans l’ensemble de mes films. Et aussi la notion d’indépendance, que la guerre a un but, qu’il ne s’agit pas que de se taper dessus, que les enfants y acquièrent aussi leur indépendance et leur identité. Je voulais également casser les tabous comme quoi les enfants de paysans restent paysans. S’ils croient en eux, ils peuvent gravir les échelons.

Le roman se passe en 1898. Vous avez situé l’action plus tard dans le temps, mais pas à l’époque actuelle pour autant. Pourquoi ce choix?
Je me suis dit que, 1898, c’était peut-être un peu lointain. Je ne voulais pas qu’il y ait trop de lourdeur dans la reconstitution d’époque parce que je voulais que les enfants d’aujourd’hui puissent s’y retrouver. Mais l’adapter aujourd’hui, je trouvais que ça ne marchait pas, parce que les enfants ont maintenant accès à l’internet, ont tous un téléphone portable… On sait tout sur eux, on sait où ils sont à quel moment. Je voulais donc trouver une époque entre les deux, où les enfants sont un peu laissés à eux-mêmes, et qu’il y ait une guerre en toile de fond – et une vraie guerre pour la vraie indépendance d’un pays, c’était l’Algérie.

On dit qu’avec les animaux et l’eau, les enfants sont ce qu’il y a de plus difficile à filmer pour un réalisateur… Ce film a donc dû être tout un défi!
Le gros défi, c’était le casting. Tout le film tenait là-dessus. Ç’a été une grosse entreprise qui a pris quasiment un an. Je me suis d’abord tourné vers des jeunes qui avaient de l’expérience en cinéma ou en théâtre, ce qui s’est avéré une erreur parce que c’était mécanique. Ce sont de bons fabricants, mais je voulais quelque chose de plus naturel, qui soit authentique, qu’on soit réellement à la portée de l’enfant. Je voulais que le film se modèle autour des enfants et non pas l’inverse.

Et comment avez-vous trouvé ces enfants?
Je suis allé les chercher à la campagne. Je ne voulais pas qu’ils soient perdus quand je les mettrais dans un champ avec un animal… Après, il fallait leur apprendre les valeurs, la façon de parler de l’époque. Il fallait aussi prendre le temps de les mettre ensemble pour qu’ils deviennent des amis, pour créer une chimie, et maintenant, c’est une bande inséparable dans la vraie vie!

***
Rester fidèle
Adapter une œuvre-culte comme La guerre des boutons n’est pas une mince affaire. Le cinéaste qui tente l’exercice ne veut surtout pas que le public qui chérit l’œuvre crie à l’hérésie. Pour Yann Samuell, certaines scènes ne pouvaient tout simplement pas être coupées du scénario, notamment celle où les enfants se battent nus. «C’est la bataille qu’on attend tous, et je ne vois pas comment on peut adapter La guerre des boutons sans la faire, dit-il. Cela dit, on ne peut plus, de nos jours, montrer la nudité comme à l’époque d’Yves Robert, alors j’ai eu l’idée de ce champ de blé qui leur arrive juste à la hauteur de la ceinture! J’ai donc pu développer cette scène comme une vraie scène de bataille, et non seulement l’évoquer.»

Et qu’est-ce qui, à son avis, fait qu’une adaptation est réussie? «Moi, je suis très exigeant avec les adaptations – avec le cinéma en général, en fait… mes films compris! rigole-t-il. Je pense que ce qui fait que ça fonctionne, ce n’est pas tant de garder l’histoire que de garder l’esprit. Un livre laisse une marque, une empreinte. On ne se souvient pas nécessairement de tous les rouages, mais quand on ferme le livre, on est chargé d’une certaine émotion, et c’est cette émotion qu’il faut retrouver en sortant de la salle de cinéma.»

Les autres adaptations
Le roman de Louis Pergaud (1912) a donné lieu à plusieurs adaptations au cinéma :

  • 1937. Une première adaptation cinématographique signée Jacques Daroy et intitulée La guerre des gosses voit le jour.
  • 1962. Le Français Yves Robert signe le film-culte dans lequel on entend la fameuse réplique  «Si j’aurais su, j’aurais pas venu!»
  • 1994. Dans la version de l’Irlandais John Roberts, les Longeverne et les Velrans deviennent les Ballydowse et les Carrickdowse.
  • 2012. Deux nouvelles adaptations voient le jour : celle de Christophe Barratier, avec  Guillaume Canet et Kad Merad, et celle de Yann Samuell, avec Éric Elmosnino et Alain Chabat.

La guerre des boutons
En salle dès vendredi

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