Photo Philippe Boss / Max Films Marie-Josée Croze dans une scène de Another Silence

Marie- Josée Croze porte une arme et cherche à se venger dans Another Silence, le nouveau film de l’écrivain Santiago Amigorena. Discussion avec une interprète dévouée et son réalisateur.

L’histoire de Another Silence (Deux silences) pourrait sortir de l’esprit dérangé de Park Chan-wook, à qui l’on doit entre autres Oldboy. Une femme (Marie-Josée Croze) qui a vu son amoureux et son enfant se faire assassiner part à la recherche du tueur, ce qui la conduit dans le désert, potentiellement mortel, de l’Argentine.

L’actrice québécoise a longtemps hésité avant de dire oui à ce projet où elle apparaît dans la plupart des scènes. «C’est un gros personnage, dit-t-elle au bout du fil. Dans ma vie, je n’ai pas d’enfant, je ne suis pas mariée. Il y a vraiment des choses du personnage que je ne savais juste pas si je pouvais faire. »

Elle a finalement accepté, se dressant souvent seule, en silence, dans de magnifiques images désertiques. «J’ai écrit l’histoire à partir de paysages, confie le réalisateur lors de son passage au Festival du nouveau cinéma. En faisant le montage du film, je me suis rendu compte qu’il y en avait trop. J’ai enlevé 30 des plus beaux plans, parce que ce n’était pas possible. Ils étaient tellement beaux, tellement impressionnants, que le personnage perdait sa force.»

Avec ce lieu propre au western et cette figure rédemptrice qui peut évoquer l’Homme sans nom et Dirty Harry, il peut paraître surprenant que le rôle-titre ait été confié à une femme et non pas à un émule de Clint Eastwood ou de Charles Bronson. «La violence est souvent interprétée par des hommes au cinéma, reconnaît son héroïne. Quand ce sont des femmes, c’est vraiment une violence hystérique. C’est vrai qu’on voit rarement des femmes dans une violence froide, contenue et déterminée.»

Cette femme, qui est policière de surcroît, ne tarde pas à retrouver l’assassin, et ce, même si ce dernier change plus d’une fois de pays. «C’est plus un film poétique qu’un film réaliste, assure celle que l’on a récemment vue dans Liberté et Un balcon sur la mer. Ça m’a plus fait penser à certains films de Wim Wenders. C’était un choix délibéré de la part du réalisateur de raconter le film de cette manière-là, dans un climat, une impression et une atmosphère qui lui sont propres.»

Et la vengeance dans tout ça? Elle apparaît au bout de cette odyssée à travers le mutisme et elle s’exprime d’une façon bien différente que dans Les sept jours du Talion. Elle n’est pourtant pas une finalité en soi. «L’envie de se venger est quelque chose que je peux comprendre, explique le cinéaste qui a déjà écrit quelques scénarios pour Cédric Klapisch. Mais le fait de se venger, je ne l’accepte pas. Un personnage qui se venge réellement, c’est un personnage qui devient bête, inhumain. Ce qui est humain, c’est le désir de se venger. Mais ce qui est vraiment humain, c’est de ne pas le faire. Je pense que la vengeance n’a jamais été le début du deuil.»

Conditions extrêmes
Another Silence a été tourné en deux temps. Tout d’abord dans les températures glaciales de Montréal, qui devient ici, grâce à la magie du cinéma, Toronto. Puis dans les chaleurs de l’Argentine. Plus précisément dans le désert des Salines qui se trouve à 4 000 m d’altitude.

«C’était un endroit de douleur, un endroit de souffrance, se rappelle Marie-Josée Croze, qui est actuellement en train de tourner le film Intersection, de David Marconi… dans un désert marocain. C’était intense, tendu, extrême, ça me donnait mal à la tête. Je rentrais le soir et j’étais fatiguée, épuisée.»

Another Silence
En salle dès vendredi

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