Collaboration spéciale Une image tirée du nouveau film de Michel Gondry, The We and the I, présenté à la Quinzaine.

Edouard Waintrop, le nouveau délégué général de la Quinzaine des Réalisateurs, présente sa sélection. Edouard Waintrop a un souci : il adore l’Inde. Et l’Amérique latine. Et les films noirs. Et les histoires d’amour, et les comédies, et la politique… Alors, quand on l’a désigné sélectionneur de la Quinzaine 2012, il s’est fait violence pour faire son choix et ne proposer «que» 21 films. « Je voulais assurer une grande diversité d’approches du cinéma, de genres, d’origines…», explique cet ancien critique, directeur du festival de Fribourg depuis quatre ans.

La Quinzaine des réalisateurs ayant une vocation de révélateur – comme toutes les sélections parallèles, nous direz-vous –, Waintrop a fait la part belle aux premiers films. «Une famille respectable, de l’Iranien Massoud Bakhshi, est très impressionnant, ainsi qu’Enfance clandestine, de l’Argentin Benjamin Avila, qui est carrément un film abouti et qui dit tant de choses sur le cinéma, la vie… Étonnant.» D’autres seront même «re-révélés» : «Hur Jin-ho, qui a déjà une carrière de 15 ans, est parti en Chine pour faire une adaptation somptueuse des Liaisons dangereuses : ça marque un tournant dans sa carrière et je vous assure que ça va être une révélation pour beaucoup.»

Des ados et des débats

Côté pitch, on verra pas mal d’histoires d’ados, à commencer par le film d’ouverture, The We and the I, de Michel Gondry, qui suit un groupe de lycéens du Bronx dans un bus. «Les “rebelles sans cause” existent sous toutes les latitudes, constate Waintrop, c’est même l’âge de tous les possibles puisque dans Camille redouble, Noemie Lvovsky peut se réveiller un matin en retrouvant ses 16 ans!» La jeunesse est tourmentée dans le film d’animation The King of Pigs, du Coréen Yeun Sang-ho, et légère dans Ernest et Célestine tout en aquarelles, sur un scénario de Daniel Pennac.

On s’interroge tout de même sur les 5 heures 20 que dure Gangs of Wasseypur, venu d’Inde… «Ce n’est un ovni que pour la longueur, dit le délégué. Ce film est en fait un retour au classicisme du cinéma noir, ces films de gangsters des années 1930 où on brassait des tas de choses, comique inclus. Les cinq heures passent vite, même plus vite que les 90 minutes d’autres films.»

Pour ne pas rester un spectateur passif, Waintorp innove cette année en proposant quatre débats thématiques sur le cinéma en Amérique latine, en France, en Inde et dans les pays arabes pour aller au-delà des clichés. «Ces débats, c’est aussi la possibilité de renouer avec ce qui est au départ la Quinzaine des réalisateurs: des états généraux du cinéma, un forum», conclut-il. La 44e Quinzaine des réalisateurs ouvre ce soir avec la projection de The We and the I.

  • Entretien avec Thierry Frémaux

Le directeur artistique de Cannes, Thierry Frémaux, révèle à Métro la clé pour occuper avec succès l’emploi de rêve de tout cinéphile.

En quelques mots, décrivez-nous ce que votre métier de directeur artistique implique?
La tâche la plus importante est de concocter la sélection officielle. On voit des centaines de films, dont on ne peut garder que 50 à 60 % au final. On est aussi conscient que notre sélection doit être cohérente et approuvée par l’industrie. Et le reste du temps, on est occupé à organiser le plus grand festival de films au monde.

Étant vous-même un cinéphile, devez-vous parfois faire des concessions à l’égard de vos favoris et de ce que vous aimez moins?
Non, je ne fais pas de concession. Mon travail n’est pas de choisir ce que j’aime et de refuser ce que je n’aime pas, mais de faire la meilleure sélection possible. Je pourrais vous parler de nombreux films que j’ai adorés et qui n’ont pas été en sélection officielle.

Pouvez-vous imaginer votre vie sans le Festival de Cannes?
J’ai commencé à travailler à Cannes longtemps avant de décrocher cet emploi. Pour moi, cette période de l’année a toujours été spéciale; maintenant, elle est exceptionnellement spéciale.

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