James Ewing/collaboration spéciale L’installation The Flux and the Puddle inclut des toiles de jute, des noix de coco, des grains de café, des cheveux synthétiques, et bien sûr des miroirs, objet de prédilection de David Altmejd : «Un miroir en soi n’a aucune identité, aucune autre couleur que celle qu’il reflète; il n’existe pas, en quelque sorte, fait remarquer l’artiste. Mais si tu le brises, là, il se met à exister super intensément.»

Les œuvres monumentales du sculpteur montréalais David Altmejd sont exposées au Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) depuis samedi et ce, jusqu’au 13 septembre. Voici un aperçu de l’impressionnant travail de montage qui précède l’émerveillement.

J-12 avant l’expo
Avant l’ouverture de l’exposition dédiée au montréalais David Altmejd, le musée est une vraie fourmilière. Il faut orchestrer la valse des 160 énormes caisses de bois qui pèsent souvent entre 400 et 800 livres. Venant de Paris, du Connecticut et de New York, elles renferment les différentes œuvres de l’artiste de 40 ans.

Comme le musée ne peut toutes les réceptionner d’un coup, la gestionnaire des collections, Anne-Marie Zeppetelli a dû, pour la première fois, les stocker dans un entrepôt extérieur et les faire rentrer de façon régulière par le minuscule quai de déchargement de la rue Jeanne-Mance, rue déjà bien obstruée par les FrancoFolies.

«Les œuvres de David Altmejd étant imposantes, il ne faut pas les faire rentrer en trop grand nombre dans les salles. Car une fois les caisses ouvertes et chaque pièce sortie, il faut encore avoir suffisamment de place pour les manipuler», explique-t-elle.

Bref, du Tétris à grande échelle. «Les 18 journées de montage sont chronométrées au quart de tour afin d’éviter les bouchons et terminer l’installation à temps», illustre Wanda Palma, responsable des relations publiques du musée.

Dans les salles d’exposition, le décaissage va bon train. Des restaurateurs s’affairent à retirer la poussière sur les grandes vitrines de Plexiglas, à la recherche d’éléments abimés qui seront immédiatement consignés dans des classeurs documentant l’état de l’œuvre.

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J-11 avant l’expo
Sur un lutrin à roulettes, le catalogue de Mme Zeppetelli détaille notamment toutes les étapes de montage des différentes pièces de l’exposition. Il comprend près d’une centaine de pages avec les étapes successives de montage à réaliser absolument dans le bon ordre sous peine de devoir démonter le casse-tête et recommencer. Monter du Altmejd. c’est pas mal plus compliqué que monter une Askvoll 5 tiroirs de chez Ikea… encore que!

Les trois assistants d’Altmejd qui connaissent bien les œuvres de l’artiste sont encadrés par une douzaine de techniciens du MAC. Un travail à la fois d’orfèvre et de déménageur, tant les nombreux filaments, symboles de l’énergie dans l’œuvre d’Altmejd, sont délicats.

Pendant ce temps, dans la première salle, David Altmejd peaufine une nouvelle œuvre conçue exprès pour l’exposition. On aimerait pouvoir vous la décrire en avant-première, mais on est plus calé en logistique qu’en sculpture! Disons donc que ceux qui aiment les effets de miroirs brisés et les têtes de loups garous en transmutation seront servis.

Pour avoir un éclairage différent sur l’œuvre d’Altmejd, toquez au bureau de Luc Guillemette, responsable des ateliers. Ce dernier vient tout juste de terminer un P’tit colosse à la façon du maitre, en prévision des ateliers familiaux, où parents et enfants pourront eux aussi s’essayer à la sculpture selon Altmejd. «Ce qui est fascinant dans le travail de David Altmejd, c’est l’amalgame de matériaux tels que le plâtre, les coquillages, les cristaux, les graines de café ou les cheveux. Dans ses sculptures, il travaille beaucoup par addition et par soustraction de matière pour créer des éléments de vide porteurs de sens», lance M. Guillemette.

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J-9 avant l’expo
Une bonne partie des techniciens s’affairent à ouvrir les caisses contenant les géants, qui sont arrivés par avion du Connecticut, gracieuseté de la Fondation Brant. Josée Bélisle, commissaire de l’exposition, s’entretient avec le sculpteur et son adjoint pour valider leurs emplacements respectifs. Il y a des réalités de géants, comme dirait l’autre!

Plus loin, un des assistants, qui en est probablement à son millième coup de chiffon de la journée, constate avec satisfaction que l’œuvre monumentale The Flux and the Puddle (Les Flux et la Flaque) est déjà montée à 80%. Une œuvre accessible à tous, quel que soit son degré de connaissance dans le domaine de l’art (on y trouve même des bananes!).

Au même moment, Mme Zeppetelli coordonne le déplacement des caisses vides avec un transporteur alors que Mme Challan-Belval prend en photo une pièce de Plexiglas venant d’être réparée. Une journée de bureau (presque) comme une autre au MAC!

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Jour d’ouverture
Vendredi, les médias étaient conviés à visiter l’exposition à caractère rétrospectif, enfin terminée, et à s’entretenir avec David Altmejd, qui a décrit Flux comme «une occasion de présenter les pièces les plus représentatives» de son travail depuis ses débuts.

L’artiste a dit apprécier particulièrement la flexibilité du MAC, où on peut adapter les salles afin de «créer un mouvement, un rythme qui permet de faire ressortir un sens d’une expo». La notion de mouvement est omniprésente tant dans la composition des œuvres de l’exposition, dont la titanesque The Flux and the Puddle, dans son thème, qui évoque le Big Bang pour se diriger vers la matière, que dans la manière d’Altmejd de travailler: il a créé sur place l’œuvre originale Le désert et la semence au fil de l’installation de Flux. «C’est important pour moi de travailler continuellement – et cette œuvre crée des liens avec tout le reste de l’exposition», décrit celui qui affirme également qu’il pourrait toujours continuer à travailler davantage sur ses pièces: «Au final, une œuvre, c’est quelque chose qui a été arrêté dans ce mouvement qui m’intéresse.»

«Il faut aborder l’art contemporain sans être sur la défensive. Un spectateur devrait avoir confiance en son propre jugement et se laisser être fasciné par la beauté dans la complexité d’une œuvre.» –David Altmejd, qui ajoute qu’une œuvre d’art ne contient pas un message précis, mais «une infinité de messages différents».

 

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