Yves Provencher/Métro Sébastien Ricard

Inspirée par le grand auteur argentin Jorge Luis Borges, La Bibliothèque-interdite, qui tangue entre le spectacle musical et le huis clos théâtral, nous donne à voir un Sébastien Ricard au sommet de son art.

Buenos Aires, 1941. Chapeau, complet style tango top classe, barbe, Sébastien Ricard déboule sur scène en trébuchant volontairement depuis le milieu de la petite salle du Théâtre Outremont. Très vite s’amorce un dialogue avec l’enquêteur Barracuda (qu’on ne verra jamais), un personnage dont il s’est moqué dans un tango qu’il a écrit. C’est qu’en plus de ses propos séditieux, le poète idéalisto-anar incarné par Ricard (flamboyant) est désormais concierge à la mystérieuse Bibliothèque-interdite.

Or, Barracuda veut savoir ce qu’elle contient et, surtout, qui la fréquente. Amalgame de chansons et de théâtre, le spectacle peut évoquer à la fois le Ferré des seventies, les chansons du dissident russe Vladimir Vyssotski, les revendications poétiques de Garcia Lorca ou encore la pièce Z de Vassílis Vassilikós.

«On pourrait ajouter le film Le baiser de la femme araignée», lance Ricard en ajoutant que «l’aspect politique du spectacle n’est cependant pas la première chose» qui l’a frappé. «Il y a un ton, une autodérision qui fait en sorte qu’on n’est pas amené spontanément à voir l’aspect tragique de la pièce», souligne-t-il. Il poursuit en évoquant la vie de Borges, qui n’a pas, comme ce fut le cas de Lorca en Espagne, été torturé par les sbires du dictateur Juan Perón.

«Un rêve pour cette pièce? La présenter un jour en Argentine. Ça serait formidable!» – Sébastien Ricard, qui n’a encore jamais mis les pieds dans ce pays

Discussions passionnées
C’est à la suite de l’invitation de l’écrivain Gilles Pellerin en 2010, qui lui avait demandé de lire des extraits de l’œuvre de Borges avec les Violons du Roy à Québec, que Sébastien Ricard et l’orchestrateur et auteur Denis Plante ont eu des discussions passionnées sur l’œuvre du grand auteur argentin (maître à penser de Dany Laferrière).

Et c’est pour peaufiner et rendre linéaire le patchwork qui proposait des extraits de musique et de littérature que la metteure en scène Brigitte Haentjens s’est jointe au projet.

Après une semaine intensive de travail de création, la courtepointe s’est affinée pour devenir La Bibliothèque-interdite. Une œuvre qui tangue entre poésie et pamphlet politique, satire sociale et métaphore de la création. «Ce n’est pas une narration traditionnelle. Denis a bien saisi la grande singularité de l’œuvre de Borges, où un seul objet peut être interprété de diverses façons, à la manière d’un kaléidoscope. L’art dans son confinement extrême devient une échappatoire, et c’est très présent dans la pièce. La musique et les chansons permettent cependant de planer et de sortir du monologue, qui est une forme théâtrale intéressante mais qui peut avoir ses limites», lance Ricard, qui pense aussi que cette quête de l’inspecteur, qui «torture» un personnage sans vraiment savoir ce qu’il cherche, est aussi une métaphore de la création où l’artiste se torture lui-même sans savoir, comme l’inspecteur Barracuda, ce qu’il cherche exactement avant d’aboutir à la lumière. Ou à la noirceur absolue…

La Bibliothèque-interdite
Au Théâtre Outremont
Tous les soirs jusqu’à samedi à 20h

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