Yves Provencher/Métro Des vraies de vraies passionnées de documentaires : Mara Gourd-Mercado, directrice générale, et Charlotte Selb, directrice artistique des RIDM.

Les Rencontres internationales du documentaire de Montréal célèbrent cette année leurs 18 ans. Néanmoins, vous n’y trouverez pas le bling-bling, les limousines, les extravagances, les flashs de caméra traditionnellement associés aux anniv’ de majorité (du moins, dans certaines téléréalités). Mais des débats d’idées, des films incroyables, des mordus de cinéma, des artistes engagés, ça oui. Party.

Les RIDM, c’est le festival où les tapis ne sont ni rouges ni même présents. Où cinéastes, producteurs, monteurs, directeurs photo échangent avec le public autour d’un verre. Où parfois, des débats éclatent. Vous dites quoi? Que vous entendez le buzz? En effet, certains affirment que depuis quelques années, le docu (en plus, on l’appelle par son p’tit nom) est cool. Et, par la bande, le renommé festival montréalais qui est dédié à sa célébration l’est également. Mais, euh… ne l’a-t-il pas toujours été? «Peut-être que ça s’est décloisonné, acquiesce Charlotte Selb avant d’ajouter, dans un sourire : Mais je pense que j’ai fait des entrevues il y a 10 ans où on me disait déjà : Ah! Ça y est! Le documentaire est devenu un genre connu!» Ce genre, la directrice artistique des RIDM, qui y travaille depuis 13 ans, l’adore. Elle aime qu’il «se tienne dans la marge», que ses auteurs «aient une vision différente». Qu’il ne soit «pas dans le mainstream, quoi».

Mais si, aux Rencontres, on n’est pas dans le mainstream, on est, par contre, souvent dans la discussion. Parfois enflammée. Car dans environ 80 % des cas, un invité associé au film assiste à la séance. «Il n’y a rien de mieux qu’un cinéaste pour défendre son œuvre! La plupart aiment beaucoup se faire poser des questions. Moi, c’est toujours mes meilleurs souvenirs de festivals : quand il y a une discussion vraiment de haut niveau!»

Parmi les souvenirs marquants  (et peut-être les plus mouvementés) de Charlotte Selb, il y a le passage d’Ondi Timoner. Une star du doc qui a signé des œuvres comme Dig! sur la rivalité entre deux groupes au statut culte : les Dandy Warhols et le Brian Jonestown Massacre. En 2010, la réalisatrice américaine est venue présenter Cool It, très controversé documentaire dans lequel elle suivait le tout aussi controversé Bjorn Lomborg, surnommé «l’écologiste sceptique». Un statisticien danois qui remettait en question la thèse avancée par Al Gore et disait qu’il fallait se calmer, «cool it», face à la question du réchauffement climatique. L’invitée «très réputée qui a gagné moult distinctions à Sundance» a reçu un accueil… plutôt froid. «Je ne dirais pas qu’à Montréal on s’en fout, du statut, mais on ne s’en laisse pas conter! OK, t’es très connue, c’est génial. Mais on remet quand même en question ce que tu viens nous livrer!» Une joute a éclaté postprojection. «Et il y en a eu beaucoup d’autres comme ça!»

Ce genre de discussions, Mara Gourd-Mercado adore. Arrivée il y a deux ans au sein de l’équipe à titre de directrice des communications et devenue l’an dernier directrice générale, la jeune femme confie qu’une des choses qui font, selon elle, la magie des RIDM, c’est justement ça. Le public. Vous. «Ce n’est pas un public qui va tout gober, applaudir et dire “Merci beaucoup! C’était fantastique! C’était beau! Bravo!” Il va prendre le temps de décortiquer, de questionner et de savoir pourquoi ç’a été fait de telle façon.»

«Je pense que les gens ne sont tellement plus habitués à avoir accès à une vraie analyse, à un vrai point de vue, à passer deux heures en compagnie d’une même thématique, qu’ils ont soif de s’approprier les sujets autrement que par le résumé d’un résumé d’un résumé d’un article présenté sur Buzzfeed en 24 images.» – Mara Gourd-Mercado, directrice générale des RIDM

Car les films à l’affiche ne sont pas de ceux qui nous entraînent doucement dans une bulle de confort et nous laissent là, à rêvasser, tranquilles. Les documentaristes jouent avec le réel, s’amusent avec les codes. Font éclater la forme. Nous narguent parfois. Certes, «flirter avec la fiction, c’est quelque chose qui s’est toujours fait», rappelle Charlotte. «Même l’un des premiers documentaires, Nanook of the North, on sait maintenant qu’il était mis en scène.» Mais 93 ans après la sortie du classique de Robert Flaherty susmentionné, ces hybrides «sont peut-être plus revendiqués.» «Je pense qu’il y a de plus en plus de cinéastes qui travaillent à faire exploser les conventions de manière différente. On voit de plus en plus de façons d’exploiter l’exploration des frontières. En innovant.»

Elle donne l’exemple de The Other Side, présenté cette année en compétition internationale. Un long-métrage qui dépeint la culture dite «white trash» du Sud des États-Unis, réalisé par Roberto Minervini, cinéaste qui «travaille avec des codes propres à la fiction, que ce soit l’éclairage, le cadre…» «C’est marrant, on a le réflexe de se dire mais c’est pas possible, cette affaire-là, c’est de la fiction! Surtout qu’il y a une scène – explicite, je n’irais pas jusque-là, mais… – de sexe. Ce n’est pas quelque chose qu’on est habitués à voir en documentaire!» «Mais en fiction, tout le temps!» ajoute Mara.

Si c’est justement ce flou qui fascine les amoureux du genre, pour d’autres, il apparaît déroutant. Qu’est-ce qui est vrai? Qu’est-ce qui est faux? Dites-nous? «Mais le documentaire, C’EST de la mise en scène! lance Charlotte. On travaille avec le réel… mais ça ne veut pas dire que c’est vrai. Ce n’est jamais une vérité objective. Jamais jamais jamais! Même le reportage télé, ce n’est pas une vérité objective!» «… et même le journalisme! s’exclame Mara avec un clin d’œil. Il y a toujours un point de vue. Dès qu’on filtre les faits à travers le regard de quelqu’un, il y en a un.» Et le vôtre? Quel sera-t-il?

Petite sélection étoilée

C’est la tradition dans chaque festival du monde. Les responsables sont interrogés sur leurs coups de cœur. Ils répondent que c’est trop dur de choisir. On insiste. C’est là que Mara Gourd-Mercado lance à Charlotte Selb : «Choisis parmi tes enfants, Charlotte! C’est lequel le plus beau?» En voici cinq.

WEEKEND_Le bois dont les rêves sont faits_c100Le bois dont les rêves sont faits
«C’est le nouveau documentaire de la grande cinéaste française Claire Simon, tourné au Bois de Vincennes. Ce sont de petits portraits en mosaïque de la faune humaine assez étonnante qui y gravite», souligne Charlotte.

 

WEEKEND_StarMen_c100Star*Men
«C’est un film canadien d’Alison Rose sur quatre astronomes, raconte Mara. Ils ont 80 ans et ils se retrouvent en Californie pour faire une dernière randonnée vers un observatoire. C’est intéressant de voir leur passion pour l’univers, la galaxie, les étoiles, qui sont quand même des choses intangibles. C’est très cute

WEEKEND_Llévate mis amores_c100Llévate mis amores
«Ce film se déroule dans un village mexicain traversé par un train sur lequel embarquent des immigrants qui tentent de passer aux États-Unis, dit Charlotte. Des femmes se tiennent sur le bord des rails pour leur donner des vivres afin qu’ils ne crèvent pas de faim sur la route. Par un geste de pure humanité. J’ai pleuré tout le long.»

WEEKEND_Photographe inconnu2_c100Le photographe inconnu
«C’est un projet en 3D qui parle de la Première Guerre mondiale. Ça a été fait ici, à Montréal, avec l’ONF et Turbulent, une boîte web. C’est un voyage virtuel à travers les souvenirs d’un photographe de guerre. La narration est intéressante, et c’est super bien fait!» lance Mara.

WEEKEND_Deprogrammed_c100Deprogrammed
«Un documentaire de Mia Donovan (qui a signé, par le passé, Inside Lara Roxx). Ça parle de son frère, des sectes et de la façon dont on déprogramme ceux qui en ont fait partie et qui souhaitent s’en sortir. Je trouve que c’est un sujet fascinant! s’exclame Mara. Il y a des images d’archives incroyables!»

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