© AFP PHOTO/Nicholas Kamm À Washington, les visiteurs peuvent découvrir le portrait du président américain fictif incarné par Kevin Spacey dans la série «House of Cards».

De «House of Cards» à «Breaking Bad», les séries télévisées sont les nouvelles attractions des musées aux Etats-Unis, qui offrent leurs prestigieux écrins à ces vitrines de la culture populaire, dans l’espoir de conquérir, en contrepartie, un nouveau public.

La peinture de Francis Underwood exposée dans la galerie des portraits présidentiels d’un célèbre musée de Washington devrait intriguer les non initiés. Les visiteurs peuvent découvrir le portrait, assis les jambes croisées dans le Bureau ovale, du président américain fictif incarné par Kevin Spacey dans la série «House of Cards», dont la quatrième saison sort vendredi sur Netflix, à la Galerie Nationale des Portraits depuis la semaine dernière, jusqu’en octobre.

L’acteur a raconté le jour de la présentation, dans une boutade, l’entorse inhabituelle faite par le National Portrait Gallery (NPG) en affichant le politicien machiavélique à l’insatiable soif de pouvoir aux côtés de vrais présidents comme Abraham Lincoln ou John F. Kennedy: «Je viens de faire un pas de plus pour convaincre le reste du pays que je suis le président».

Comment expliquer qu’un musée offre ainsi ses lettres de noblesse à un personnage de série télévisée ?

Sa présence «reflète l’impact de la culture populaire contemporaine dans l’histoire américaine», a justifié Kim Sajet, directeur du NPG.

Le même argument avait été brandi par le Musée national d’histoire américaine, également à Washington, en présentant des objets emblématiques de la série culte «Breaking Bad» en novembre dernier.

La combinaison de protection jaune et le chapeau de Walter White, professeur de chimie devenu baron de la drogue, n’y seront pas dévoilés au public avant 2018 – lors d’une exposition sur la culture américaine -, mais sont entrés depuis le 26 février au Musée Mob de Las Vegas, dans l’ouest américain.

Depuis un an, les séries les plus célèbres sortent du petit écran pour investir les musées: jusqu’au 8 mai, le Driehaus de Chicago accueille une exposition sur les costumes de la série «Downton Abbey» et jusqu’en septembre dernier, ceux de Mad Men, série aux 15 Emmy Awards et trois Golden Globes, étaient exposés au Musée de l’image à New York.

Nouvelle tendance

«Il n’y a rien de surprenant à voir l’influence de la télévision» sur les musées américains, explique Dustin Kidd, sociologue à la Temple University de Pennsylvanie.

L’auteur de «La culture populaire fait peur» rappelle que de nombreux musées y sont déjà «consacrés à la télévision ou au cinéma», ajoutant que «l’influence de la télévision sur l’art américain est aussi vieille que la télévision elle-même».

La multiplication des séries au musée, en revanche, «pourrait être une nouvelle tendance», analyse Vera Zolberg, professeure de sociologie à l’université New School de New York, qui estime qu’elles ont permis aux musées «d’attirer un public plus divers» et de «gagner en popularité».

Cette «nouvelle étape» est comparable à certaines initiatives comme celles invitant les visiteurs à dormir au musée, estime-t-elle.

«Les musées tentent toutes sortes de choses pour conquérir un public plus jeune, plus divers. Il y a une reconnaissance croissante du manque de diversité dans les musées», abonde Peggy Levitt, sociologue à l’université Wellesley, dans le Massachusetts. Dans ce contexte, jouer la carte des séries télé est une «stratégie» parmi d’autres, relève-t-elle.

Une étude de l’Association américaine des musées, publiée en 2010, révélait la fracture sociale dans ces antres de la culture aux Etats-Unis. Les Blancs, qui composaient alors 69% de la population, représentaient 79% des visiteurs. Les minorités, noire et hispanique, étaient elles largement sous représentées. Surtout, la projection à 25 ans suggérait qu’à cette échéance, les minorités représenteraient 46% de la population américaine, mais seulement 9% des visiteurs.

Les musées «doivent changer leur fonctionnement et attirer un public plus divers s’ils veulent survivre et prospérer au 21e siècle», juge Mme Levitt.

«J’ai vu beaucoup de musées changer ce qu’ils présentent et la façon dont ils le présentent, pour que les visiteurs se sentent plus à l’aise. Parfois cela passe par (…) la limitation de la longueur du texte. D’autres fois, cela signifie ajouter des graffitis, présenter des personnages de bande dessinée, ou le président Underwood».

Pour autant, ce n’est pas parce que ces nouvelles initiatives prennent de l’ampleur que les amateurs de culture plus classique doivent y voir une menace, tempère Peggy Levitt: «Mona Lisa n’est pas prête de disparaître!»

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