Collaboration spéciale Dans Louder Than Bombs, Gabriel Byrne (à droite) joue le père d’une famille dont la mère s’est suicidée, et qui s’inquiète de la situation de son fils (Devin Druid, à gauche), qui s’isole avec son ordinateur.

Gabriel Byrne parle à Métro de son nouveau film, le drame indépendant Louder Than Bombs.

À 65 ans, l’acteur irlandais Gabriel Byrne ne sert pas des réponses toutes faites dans ses entrevues. Il laisse son esprit vagabonder. Pendant son entretien avec Métro, la discussion va des dépendances au classique Going My Way, de Bing Crosby, qui serait un instrument de propagande pour l’Église catholique, en passant par les messages négatifs véhiculés par les films de superhéros. Finalement, on arrive au sujet de son nouveau film, Louder Than Bombs, dans lequel il joue le père d’une famille toujours ébranlée, des années plus tard, par le suicide de la mère (jouée en flash-back par Isabelle Huppert). Et ce film de l’acclamé cinéaste norvégien Joachim Trier (Reprise, Oslo) porte lui aussi son acteur à la réflexion.

Une des idées explorées dans ce film est la déconnexion entre votre personnage et son fils adolescent (Devin Druid), qui tend à s’isoler avec son ordinateur et ses gadgets.
Je ne sais pas si on peut parler de déconnexion. Disons que vous êtes un parent qui a grandi après la guerre, dans les années idéalistes sous Eisenhower. Puis on arrive aux années 1960, et c’est la guerre du Vietnam, l’avènement des minijupes, du LSD et des droits civils. Pour des parents, ça a dû être un changement aussi brutal que l’arrivée des ordinateurs. Je ne crois pas que ce qui sépare les parents de leurs enfants aujourd’hui soit quelque chose d’étrange ou de nouveau.

Je n’aime pas demander comment c’était de travailler avec tel ou tel acteur, mais avec Isabelle Huppert, ça a dû être plutôt spécial.
Je l’ai toujours admirée. Pourtant, le premier jour de tournage, je me suis retrouvé devant cette comédienne nerveuse, qui s’inquiétait de savoir si elle allait offrir une bonne performance. Ça m’a rappelé que chaque film, chaque pièce, chaque contrat qu’on décroche, essentiellement, ça reste une première fois. Si on faisait un métier où on travaille chaque jour au même endroit pendant des années, on connaîtrait nos collègues. Mais chaque fois qu’on commence un film, il faut apprendre à connaître des gens qu’on n’a jamais rencontrés avant et à travailler avec du matériel qu’on n’a jamais vu dans le passé, dans un lieu où on n’a peut-être jamais été. Ça prend quelques jours, voire des semaines, avant d’être vraiment à l’aise. Je me souviens avoir lu que l’acteur britannique Charles Laughton faisait ajouter dans ses contrats qu’il pouvait reprendre le premier jour de  ses tournages. Et je comprends exactement pourquoi.

«Chaque fois qu’on commence un film, il faut apprendre à connaître des gens qu’on n’a jamais rencontrés avant et à travailler avec du matériel qu’on n’a jamais vu dans le passé, dans un lieu où on n’a peut-être jamais été.» -Gabriel Byrne

Vous vivez aux États-Unis depuis longtemps maintenant, mais je suis sûr que vous pouvez encore regarder ce pays avec un certain détachement, et peut-être même avec perplexité, surtout en ce moment.
Ce qui me choque des États-Unis, c’est que malgré le fait que ce soit un pays immense avec un impressionnant mélange de cultures et de religions, ça reste une société étonnamment isolée. Ce n’est pas seulement culturel, c’est politique. Les gens ne veulent pas entendre parler de ce qui se passe dans le reste du monde. La confiance dans les médias s’érode, pas tant à cause de ce dont ils parlent, mais à cause de ce dont ils ne parlent pas. Une bombe explose dans un village au Yémen, et on en entend à peine parler. Parfois, je lis les gros titres des journaux et il est question de basketball ou d’un gars qui s’est fait arrêter pour trafic de drogue. C’est ce qu’on voit les gens lire dans le métro. Et je me dis toujours : «Quoi? Ce n’est pas ce qui se passe réellement en ce moment.»

Sur une note plus légère, dans Louder Than Bombs, vous jouez un ancien acteur, et il y a une scène dans laquelle vos fils, dont l’aîné joué par Jesse Eisenberg, regardent un vieux clip qui est en fait une scène de Hello Again, le film de 1987 de Shelley Long dans lequel vous jouiez un personnage important. Comment avez-vous intégré ça dans le film?
[Rires] J’ai dit à Joachim que je n’étais pas certain de mon sentiment à ce sujet. Mais pour moi, l’idée n’était pas de regarder un extrait d’un de mes vieux films. Il y a un certain pathos dans cette scène – elle a été tournée au cours des deux premières semaines suivant mon arrivée aux États-Unis. Ce qu’on voit à l’écran, c’est le jeune et naïf moi, assis en face de quelqu’un qu’il ne connaît pas. Je jouais ce que le studio croyait être le mieux pour moi, une comédie romantique légère. Pour être complètement honnête, ce film a été une expérience horrible. Mais ça m’a fait réaliser qu’on vieillit différemment à l’écran. J’ai changé physiquement et j’ai aussi changé psychologiquement, émotionnellement, mentalement. Je n’ai plus les insécurités que j’avais à l’époque. La vie a cet effet sur les gens. Aujourd’hui, je me dis : «Est-ce que c’est grave si je merde pendant qu’on tourne cette scène? Non, ce qui compte, c’est que je m’implique, que je fasse de mon mieux et que j’aie le plus de plaisir possible?»

Louder Than Bombs
En salle dès vendredi

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