Les Films Du 3 Mars Montréal New Wave prend l’affiche vendredi.

Avec Montréal New Wave, Érik Cimon propose un plongeon dans les tourbillons d’un passé fait d’extravagance, d’étrangeté et de créativité.

Sous-titré «Retour vers le futur», Montréal New Wave, c’est le panorama d’un mouvement foisonnant qui a dépassé les frontières de la musique (son principal noyau) pour s’étendre à la mode, à l’art visuel, à la danse. Dans ce film bariolé, qui fait souvent sourire, le documentariste Érik Cimon explore, témoignages amusants et images d’archives étonnantes à l’appui, la façon dont le new wave, courant international fait de coiffures excentriques, de costumes futuristes, de chorés de robots et de beaucoup de synthés, a marqué la scène locale de la fin des années 1970 et du début des années 1980. Dans son long métrage néo-vintage s’entrechoquent, entre autres, des images de l’artiste performeur Monty Cantsin se déchaînant sur scène avec un poisson éviscéré sur la tête et des extraits du vidéoclip-délire-médiéval Safety Dance de Men Without Hats. Vague d’originalité.

Plusieurs des intervenants dans votre film, Érik, soulignent que ce qui caractérisait d’abord et avant tout le mouvement new wave, c’est l’humour. Et ce, malgré les paroles souvent très sombres des chansons. Est-ce que vous avez rigolé pas mal en réalisant ce film?
Chaque fois que je le regarde, je ris! Je ris encore aujourd’hui! Moi, c’est l’aspect qui me plaît le plus dans le new wave: cet humour  vraiment décalé. Qui est d’ailleurs très bien incarné par Kiki Bonbon [coloré personnage ayant fait partie du groupe Boys du sévère, qui se souvient, vêtu d’une chic chemise hawaïenne: «À l’époque, nous errions de club en club en montrant nos plus beaux atours et en nous adonnant à l’une des chasses à la femme les moins efficaces de l’humanité!»]

Comme Kiki Bonbon, plusieurs artistes vous lancent des citations en or. On imagine que c’était douloureux de devoir choisir quoi mettre dans le film, quoi mettre de côté?
Écoute! J’avais 90 heures d’entrevues pour faire un film d’une heure et demie, et il fallait que je laisse des pauses pour faire entendre la musique! J’ai eu beaucoup de deuils à faire, car les artistes new wave sont restés très allumés. Ils ont vraiment un bon sens de l’humour et une de leurs marques de commerce, c’est cet esprit critique, d’autodérision, qu’ils ont gardé.

Outre les musiciens et créateurs, vous interrogez aussi plusieurs journalistes, dont Brendan Kelly, aujourd’hui à The Gazette. Souhaitiez-vous ainsi faire un hommage à une forme de journalisme musical indie qui se fait moins de nos jours?
En fait, c’était plus dans l’idée qu’ils pouvaient me donner de l’information de qualité, parce qu’ils avaient vu les spectacles, avaient connu ces artistes. Ils agissent vraiment comme des spécialistes dans le film. Cela dit, c’est vrai qu’ils ont fait partie de cette scène-là. Ils sont donc, eux aussi, devenus des personnages de ce mouvement.

Justement, souhaitiez-vous présenter ou ramener à notre souvenir des personnages qui ont peut-être été oubliés par certains, ou qui ne sont pas du tout connus par d’autres?
En fait oui, c’était ma première intention: faire connaître des groupes, vraiment de qualité, qui sont passés sous le radar. Il y en a quand même une trentaine dans le film (et une soixantaine de chansons). Au moins la moitié d’entre eux sont inconnus! Je voulais les sortir de l’oubli, dépoussiérer tout ça.

«Le new wave peut vraiment se définir par “il fallait que ce soit nouveau. Il fallait que ce soit différent.”» -Érik Cimon, réalisateur

Art Montréal New WaveÉrik CimonAvez-vous fait des découvertes, ou était-ce entièrement de la musique que vous connaissiez déjà?
Non, non! Je connaissais les groupes les plus connus, les Men Without Hats et Trans-X de ce monde, mais j’ai fait des découvertes vraiment magnifiques. Je pense à Ulterior Motive, qui est excellent, ou à Eko, qui est un groupe culte, mais quasiment plus connu en Angleterre et en Allemagne qu’à Montréal. Il y en a plein, en fait.
En vous racontant la genèse du succès The Safety Dance, Ivan Doroschuk, leader de Men Without Hats, vous confie: «D’un jour à l’autre, j’ai été reconnu partout. J’allais dans les Steinberg et les caissières criaient!» Est-ce que travailler à ce projet vous a fait réaliser à quel point la façon dont on mesure sa popularité a changé?
Oui! En plus, il n’y a plus de Steinberg! (Rires) Non, pour vrai, MTV, MusiquePlus et Much Music ont été révolutionnaires à ce niveau; ils ont fait connaître plein d’artistes. Les vidéoclips étaient diffusés dans les foyers, on n’avait même pas besoin d’acheter l’album qu’on voyait la personne et qu’on la reconnaissait dans la rue.

Avez-vous longuement songé au décor dans lequel vous vouliez filmer chacun de vos intervenants ou sont-ce eux qui sont arrivés avec ces idées? On pense à Normand Brathwaite qui vous parle de Pied de poule et du hit Larmes de métal sur un sofa, entouré de multiples plantes…
C’est vraiment de la mise en scène! (Rires) C’est ma marque de commerce. J’aime travailler mes cadres, je fais beaucoup de direction artistique et si ce n’est pas chez la personne que je filme, je vais vraiment trouver un lieu qui a un lien avec sa personnalité! Il faut croire qu’ils me font confiance!

L’historien Will Straw remarque dans votre film: «Le new wave allait comme un gant à Montréal!» Trouvez-vous que c’est une affirmation juste? Que c’est un style qui allait vraiment et qui irait encore avec Montréal aujourd’hui?
Tout à fait! Parce que, surtout à l’époque, Montréal était une grande ville de party, de nightlife. C’était une des capitales mondiales du disco! Le new wave s’est très bien intégré à ça. Il y a des clubs qui jouaient du disco qui se sont dirigés du côté du new wave pour garder leur clientèle. Aujourd’hui, ces sonorités reviennent au goût du jour. Il y a beaucoup de jeunes groupes qui redécouvrent les synthétiseurs analogiques des années 1970-1980.

Montréal New Wave
En salle vendredi

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