ccp games\collaboration spéciale Certaines batailles dans EVE peuvent durer des jours et voir des milliers de joueurs y participer. Les vaisseaux qui sont détruits durant le combat disparaissent pour toujours. Dans des guerres sanguinaires, il n’est pas rare que l’équivalent de dizaines de milliers de dollars américains de vaisseaux soient détruits en l’espace de quelques minutes.

Comment préserver l’histoire d’un monde virtuel? Métro a parlé avec Andrew Groen, le jeune auteur de Empires of EVE, le premier ouvrage historique à se pencher sur un univers vidéoludique en ligne: celui du jeu multijoueurs EVE Online.

À la base, le jeu EVE se veut une expérience «carré de sable» (sandbox). Hébergés sur un seul serveur, les quelque 75 000 joueurs vivent dans une galaxie lointaine où ils peuvent faire ce qui leur chante. C’est en quelque sorte le Far West numérique.

Certains passent leurs journées à extraire des matières premières; d’autres se lancent en affaires et se regroupent en corporations pour protéger leurs avoirs; d’autres encore, deviennent pirates et patrouillent l’espace à la recherche de proies faciles.

Même si le jeu n’a pas été conçu pour permettre ce genre de situation, il était inévitable, selon Andrew Groen, que de vastes empires composés de milliers de joueurs ne se forment dans cet univers. Le livre que le jeune auteur a consacré à ce sujet, Empires of EVE, raconte les sept premières années du monde d’EVE. Il suit les tractations politiques, les drames, les trahisons et les batailles ayant mené à la «grande guerre» d’EVE, qui, en 2010, a embrasé cet univers et qui a vu des dizaines de milliers de joueurs partir au combat dans ce qui avait toutes les allures d’une guerre mondiale moderne.

«L’histoire se répète, et c’est la même chose pour EVE. On voit dans les événements du livre des échos de vrais éléments de l’histoire humaine, affirme M. Groen, joint au téléphone à Seattle. Nous sommes des êtres humains, et peu importe que nos histoires se déroulent dans le vrai monde ou dans un univers virtuel, elles le feront de manière similaire, parce que c’est dans notre nature. Je trouve ça absolument fascinant.»

L’auteur fait remarquer que tous les aspects les moins reluisants de la nature humaine – la haine, le racisme, les pulsions génocidaires – ont aussi migré vers le monde d’EVE avec les joueurs.

«Avant de commencer à écrire le livre, j’avais toujours imaginé que j’aurais à dramatiser les histoires un peu pour les rendre plus intéressantes. Mais au contraire, l’épopée de ce monde forme une immense saga avec toutes sortes de revirements épiques.» –Andrew Groen, auteur du livre Empires of EVE

Art Empires of EVE(Andrew Groen)Pour les joueurs qui ont participé à ces guerres virtuelles, les enjeux étaient réels et les conflits étaient tout aussi viscéraux que s’ils avaient eu lieu dans le monde réel. Ils étaient prêts à se réveiller à 3 h un mercredi matin pour mener une attaque-surprise. Ils consacraient des mois de leur vie à infiltrer une organisation ennemie pour pouvoir faire du sabotage. Ils se lançaient sans hésiter dans des combats qui pouvaient durer des jours et au cours desquels où ils ne pouvaient pas quitter leur écran pour aller dormir.

«Dans ces batailles, très peu de choses vraiment excitantes se passaient pour les joueurs. Dans EVE, tu ne cours pas avec tes potes, alors que tu te fais tirer dessus. La réalité, c’est que tu passes plus de huit heures dans ton vaisseau à attendre que quelqu’un te donne des ordres, illustre M. Groen. S’ils sont excités par ce qui se passe, c’est parce qu’on leur a raconté une histoire, qu’on leur a donné une raison d’être là. Ils ont l’impression de participer à quelque chose d’important, et pour eux, c’est excitant et c’est inspirant.»

Ceux qui dirigent ces histoires, qui réussissent à réunir des joueurs en leur proposant des objectifs communs, deviennent rapidement des leaders dans le monde d’EVE, à la tête d’organisations politiquement complexes qui peuvent chacune être composées de dizaines de groupuscules de centaines de joueurs.

«Les fondations du pouvoir dans EVE, tout comme dans le monde réel, sont la création d’une histoire commune. Et cette histoire, c’est que le gouvernement qui est au pouvoir est le seul qui puisse être légitime, qu’il est formé de “bons gars” et qu’il a gagné la guerre contre les barbares», explique l’auteur.

M. Groen aimerait voir plus d’historiens, de journalistes et autres penseurs se pencher sérieusement sur des mondes virtuels comme celui d’EVE. «Nous en sommes à un point dans l’histoire où l’humanité commence à passer du temps dans des mondes virtuels, juge-t-il. Nous avons la chance inouïe d’assister à ce moment historique.»

Double vie

À l’époque de la grande guerre d’EVE, le tyran incontesté de la galaxie s’appelait SirMolle, à la tête de Band of Brothers, un empire militariste et totalitaire formé de près de 10 000 joueurs.

En réalité, l’homme qui faisait trembler une galaxie entière était un Danois quarantenaire, gérant d’une compagnie de réparation de systèmes de climatisation.

Selon M. Groen, les leaders des grands empires sont tellement occupés à les gérer que, souvent, ils n’ont même pas le temps de se connecter au jeu pour y jouer.

Art Empires of EVE (couverture)Empires of Eve
Disponible sur Amazon en version originale anglaise

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