Chantal Levesque Le militant tunisien LGBT Ramy Ayari

Des activistes LGBT du Maghreb et des Caraïbes, invités au Forum social mondial, estiment que le soutien d’organismes de partout dans le monde peut aider à décriminaliser et à faire accepter l’homosexualité dans leurs pays.

Ramy Ayari, jeune fondateur de l’organisme Without Restrictions, en Tunisie, participera dimanche au défilé de la Fierté, à Montréal. Quand il a tenté d’organiser une telle marche à Tunis, l’an dernier, celle-ci a tourné au cauchemar. «Nous étions cinq marcheurs et plusieurs centaines de personnes nous ont suivi avec haine en nous criant de dégager. Heureusement que la police a fait son travail pour nous protéger», a raconté M. Ayari en entrevue avec Métro mercredi.

En Tunisie, si on affiche son homosexualité, on risque fort de se faire renier par sa famille, de se faire agresser et même de se retrouver trois ans en prison, après avoir été obligé de passer un test anal. M. Ayari a fondé en 2014 un organisme pour aider les personnes LGBT dans leurs démarches judiciaires, de même que pour répondre à des besoins de base comme la nourriture et le logement.

«Déjà qu’il y a du chômage, c’est d’autant plus difficile de trouver du travail quand on est homosexuel», a souligné le militant.

Plusieurs organismes de défense des personnes LGBT ont vu le jour dans les dernières années. «Avant la révolution [nommée Printemps arabe, en 2010-2011], les LGBT n’étaient pas du tout visibles. Avec la démocratie, on pensait qu’on pourrait enfin parler de notre cause. On a fait des démarches auprès des organismes de la société civile et des partis politiques, mais rien n’a changé. Alors, on a décidé de défendre notre cause nous-mêmes», a expliqué M. Ayari.

«Le harcèlement des policiers, les menaces de mort, c’est quasi-quotidien pour moi et les gens de mon organisme.» – Ramy Ayari

Pour faire libérer des prisonniers homosexuels et, éventuellement, changer la loi homophobe en Tunisie, les pressions internationales sont très importantes, croit M. Ayari. Maurice Tomlinson, un avocat contestant la loi anti-sodomie jamaïcaine, condamnant les hommes gais à 10 ans de prison, est du même avis.

«Nous voulons de la solidarité, de l’aide avec le travail que nous effectuons, mais pas de façon paternaliste, a affirmé M. Tomlinson, faisant remarquer que la loi anti-sodomie est un héritage britannique. Par exemple, il serait bien que les gouvernements et la société civile fassent savoir au gouvernement jamaïcain qu’ils désapprouvent sa loi homophobe, mais pas nécessairement par un boycott, parce que ça peut affecter des citoyens LGBT.»

Pour la première fois, les luttes LGBT seront présentes à un Forum social mondial, grâce au comité Diversité, genres et sexualités. «Les personnes LGBT ont une longue expérience de prise en main face à l’oppression, que ce soit en ce qui a trait à la discrimination à l’emploi ou l’accès à des services de santé», a justifié Johan Leport Letexier, porte-parole du comité.

Plusieurs activités abordant ces enjeux auront lieu dans les prochains jours, notamment la conférence Au-delà de la haine, à laquelle participeront M. Ayari et M. Tomlinson, à 18h au Complexe Desjardins.

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