Montage: Steve Côté

Même si le mouvement écologiste fait face à plusieurs difficultés au Québec, il a remporté quelques belles victoires récemment. Quelle est sa recette? Pour ce journal vert, Métro tente de décortiquer le phénomène, au prix de quelques pirouettes… pas toujours acrobatiques!

Un bon QG
Toute bonne organisation doit avoir un quartier général (QG), qu’on fasse partie des Hells Angels ou d’une grappe de start-ups. Le QG des écolos, c’est la Maison du dévelop­pement durable (MDD), construite en 2011 en plein cœur du Quartier des spectacles pour 27 M$. «Réussir un tel projet nous a fait gagner de la crédibilité», confie Sidney Ribaux, président de la MDD, où se tiennent plusieurs centaines d’événements par année.

«Quand je descends pour aller chercher mon fils à la garderie, je prévois toujours une quinzaine de minutes de plus. Car il y a de bonnes chances, par exemple, que je croise un cadre d’Hydro-Québec en conférence dans une de nos salles ou un membre de Greenpeace qui sort d’une réunion», ajoute M. Ribaux.

En plus de se positionner comme une Maison de la culture du développement durable, l’édifice permet de mutualiser des services entre la douzaine d’organismes qui y logent. «On a par exemple une équipe des technologies de l’information qui s’occupe de tous les serveurs et de la formation, en plus de gérer nos sites web respectifs et d’offrir des services tels que la gestion des pétitions en ligne», indique le président de la MDD.

S’imposer en économie
C’est une chose de s’opposer à des projets, mais c’en est une autre d’apporter des solutions de rechange viables… Les environnementalistes semblent en voie de résoudre cette équation, notamment à travers Switch, l’alliance pour une économie verte. «Switch est unique parce qu’il regroupe des écologistes et des gens d’affaires qui ont mis leurs divergences de côté pour bâtir autour de ce qui les unit: l’économie verte», explique Denis Leclerc, porte-parole de Switch et président d’Écotech, une grappe des technologies vertes.

Après deux ans d’existence, Switch s’est déjà positionné sur plusieurs dossiers. «Au cours des travaux de la commission d’examen sur la fiscalité québécoise, Steven Guilbeault, d’Équiterre, et Yves Thomas Dorval, président du Conseil du patronat, sont venus présenter ensemble leur mémoire. Ça a lancé un message fort de voir ces deux personnes proposer une vision commune pour favoriser l’écofiscalité», clame M. Leclerc.

Pour accélérer encore le virage, il faudrait notamment que les institutions publiques ou les sociétés d’État deviennent des bancs d’essai pour tester les innovations récentes qui feront l’économie de demain, selon lui. M. Leclerc cite par exemple le système intelligent Ywire, qui permet de connecter les systèmes d’électricité, de chauffage et de climatisation ensemble pour réduire la facture. Ou encore Effenco, un système de motorisation hybride pour les camions à ordures.

50 nuances de vert
Pour maximiser la portée du message, il faut s’adresser à des publics variés. Voici quatre porte-paroles issus de différentes branches de la communication environnementale.

Steven Guilbeault L’influenceur: Steven Guilbeault, d’Équiterre. Présent sur de nombreuses tribunes, il a l’oreille des politiciens de plusieurs partis.

Lucie SauvéL’éducatrice: Lucie Sauvé. Spécialiste de l’éducation à l’environnement. Cette professeure de l’UQAM pilote de nombreux projets, notamment en Amérique du Sud.

Nicolas MainvilleL’activiste: Nicolas Mainville, de Greenpeace. On lui doit plusieurs actions-chocs pour protester contre l’exploitation de la forêt boréale, dont l’escalade de la croix du mont-royal.

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Le scientifique: Jean Lemire. Ce biologiste et cinéaste a plusieurs expéditions marquantes à son actif, qu’il a réalisées dans le Sedna, son voilier fétiche.

Un bras juridique efficace
Si les écolos ont fait plier le gouvernement et TransCanada en bloquant les travaux exploratoires à Cacouna au nom de la défense des bélugas, ils le doivent en bonne partie au Centre québécois du droit à l’environnement (CQDE).

L’organisme ne se définit pas comme un groupe militant, mais comme «une courroie de transmission entre les groupes écologistes ou les citoyens et les tribunaux». Il compte sur une vingtaine d’avocats, généralement bénévoles, pour faire respecter la Loi sur la qualité de l’environnement.

«Le CQDE existe depuis 25 ans, mais j’ai l’impression qu’on n’a jamais été aussi essentiel. Depuis la crise de 2008, on est dans un contexte où les gouvernements et les entreprises recherchent une relance économique rapide sans évaluer correctement les impacts environnementaux à long terme», lance Karine Péloffy, DG du CQDE.

L’organisme est actuellement mis à contribution pour décortiquer les aspects techniques des 30 000 pages en anglais du dossier de TransCanada. «L’organisation a survécu grâce à la graisse de coude des bénévoles, mais si on veut répondre à la demande, il va falloir augmenter le budget», ajoute M. Péloffy, qui coordonne une campagne de levée de fonds intitulée 25bonnesraisons.org.

Quelques chiffres qui ramènent sur terre
Si les écologistes ont remporté plusieurs victoires, le mouvement fait face à bien des défis.

  • Le nombre d’organismes environnementaux est passé de 300 à 150 entre 2006 et 2014. Les coupes dans les subventions gouvernementales ont fait mal à plusieurs d’entre eux.
  • L’environnement perdra encore 7% de poids média cette année, selon Influence communication.
  • L’écologiste le plus influent n’arrive que 650e parmi les Québécois les plus médiatisés.

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