Amine Esseghir/TC Media Mohamed Zarrouk, étudiant à 72 ans et amoureux des chapeaux.

À 72 ans, Mohamed Zarrouk est heureux de retrouver les bancs de l’université. Depuis le début de l’année, il est inscrit au baccalauréat en animation culturelle à l’Université du Québec à Montréal.

Ce résident d’Ahuntsic est  un ancien ingénieur qui a fait pratiquement toute sa carrière dans l’administration de son pays natal, la Tunisie. Il y a dix ans il a rejoint ses enfants installés à Montréal. Il était déjà retraité.

Alors qu’il s’est, selon ses propres mots, autoproclamé «plus vieil étudiant universitaire du Québec», il sait que ce qu’il fait n’est pas ordinaire. «Les seules personnes de ma génération à l’UQAM ce sont les enseignants», dit-il.

Il reconnait qu’il a parfois du mal à suivre. «Quelques fois, c’est difficile d’apprendre des choses, la mémoire flanche.»

Son chemin vers les études supérieures est l’aboutissement d’un cheminement inattendu. «Au début, j’ai cherché un emploi de subsistance, dans une usine ou dans un centre d’appel, heureusement, j’ai été rapidement congédié de partout», dit-il.

Il croit trouver sa vocation en agissant comme bénévole dans un CHSLD. Il découvre la profession de préposé aux bénéficiaires. «S’occuper des vieux, j’ai dit: c’est  pour moi», relève-t-il.

Après une formation, il effectue des stages et des contrats dans des centres qui accueillent des personnes âgées à mobilité réduite. Mais il ne pourra jamais travailler à temps plein. Un échec qui, selon lui, a ouvert d’autres perspectives

Des idées en action
En 2008, après ses heures de travail, il agit comme animateur culture bénévole. Il réalise des décorations, fait des animations musicales, organise des fêtes avec des déguisements, tient des goûters ethniques.

«J’ai beaucoup aimé cela», avoue-t-il. Quand un poste dans ce domaine s’ouvre, il postule. «On m’a dit Mohamed réveilles-toi. Il faut suivre une formation pour cela, au Cégep.» Loin de se laisser distraire, il s’inscrit au Cégep du Vieux-Montréal pour des cours en technique d’intervention en loisir.

«C’était dur de se trouver avec des jeunes qui ont l’âge de mes petits-enfants, raconte-t-il. Utiliser un ordinateur pour la première fois, passé 60 ans, ce n’était pas facile non plus.» Il obtient tout de même son diplôme en 2013.

Il développe alors des  idées d’animation culturelle, des journées thématiques,  un projet de correspondance avec des personnes âgées en Allemagne. Mais il se sent à l’étroit dans ses taches. Il veut faire plus pour les petits vieux comme il les appelle. Il s’inscrit pour suivre des études supérieures en animation culturelle.

«J’ai beaucoup d’idées, je veux les mettre en application, avance-t-il. Est-ce que je pourrais travailler à la fin de mes études? Je l’espère bien.

M.Zarrouk est aussi tout un personnage. «On dit de moi que je suis excentrique. C’est probablement vrai,  mais c’est ma nature.» Les poches toujours pleines de cadeaux, des porte-clés ramenés de son pays natal, ils les offrent au fur de ses rencontres avec des inconnus.

Armé en permanence de son minuscule appareil photo, il se photographie avec des passants ou des compagnons de voyage dans le métro avec qui il a partagé des idées.

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