Photo: Archives/TC Media Le sous-sol du terrain situé à l'ouest de l'église de la Visitation pourrait refermer des vestiges de Fort Lorette.

Un terrain situé près de l’église de la Visitation fera l’objet de fouilles archéologiques alors que ses propriétaires souhaitent le vendre. Si la transaction avait lieu, on verrait émerger un développement immobilier qui menacerait le secteur historique du vieux village du Sault-au-Récollet, disent des défenseurs du patrimoine.

La fouille devra se dérouler dans le périmètre bordé par la rivière des Prairies, situé entre la rue des Jésuites et l’église de la Visitation.

Les propriétaires, la congrégation religieuse des sœurs de Miséricorde a clairement signifié à l’arrondissement qu’elles examinaient la possibilité d’un développement. Comme la propriété est au milieu d’une zone patrimoniale, ils doivent préalablement procéder à des fouilles archéologiques exploratoires. Ce n’est pas un cas unique et la procédure a été appliquée récemment pour un autre projet.

«Citons en exemple le collège du Mont Saint-Louis; avant d’obtenir leur permis pour entreprendre les récents travaux d’agrandissement, ils ont dû procéder à une telle fouille archéologique exploratoire», souligne Michèle Blais, chargée de communication à l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville.

Le sous-sol du terrain situé à l’ouest de l’église de la Visitation pourrait refermer des vestiges de Fort Lorette. Carte: TC Media.

Or, le terrain en question peut renfermer des restes historiques importants, notamment des vestiges du fameux Fort Lorette dont on n’a plus aucune trace physique en surface.

«Je vois mal des constructions à cet endroit, d’autant plus qu’il est en bordure de la rivière et de l’église. Ailleurs, un site comme celui-ci aurait été protégé depuis longtemps», note Jocelyn Duff, architecte et futur résident du Sault-au-Récollet.

Retrouver Fort Lorette
«Il y a plusieurs constructions qui se sont superposées avec le temps et on prétend que des restes de Fort Lorette sont également enfouis», croit Vincent Garneau, coprésident de la Société d’histoire d’Ahuntsic-Cartierville.

Il soutient que sur ce terrain à l’extrémité nord de l’actuelle rue des Jésuites, Jacques-Janvier Vinet, curé du Sault-au-Récollet, avait fait construire la maison Saint-Janvier en 1853. M. Garneau a longuement étudié ce secteur.

Il avait déjà signalé que la bâtisse a été offerte aux religieux malades et retraités jusqu’au tournant du 20e siècle. En 1903, les sœurs de Miséricorde y ont ouvert une annexe de la crèche de la Miséricorde, un orphelinat.

Ce sont les guerres franco-iroquoises au 18e siècle qui poussèrent les prêtres de Saint-Sulpice, seigneurs de Montréal, à ériger des forts sur le pourtour de l’île.

Le Fort Lorette, bâti en bois en 1691, avait remplacé la Mission de la Montagne destinée à l’évangélisation des autochtones et fermée en 1696. Le bâtiment isolé devait aussi éloigner les populations amérindiennes de l’alcool.

«On sait plus ou moins où se situait le fort grâce à des écrits et des témoignages, mais il n’y a plus aucune de ses traces sur le terrain, indique M. Garneau. Le dernier pan de ce fort était son ancien magasin de munitions, encore debout jusqu’en 1929.»

Dans un document sur l’évaluation du patrimoine urbain de la ville de Montréal, publié en 2004, on peut y lire: «le Fort Lorette est entouré d’une palissade de pieux qui ceint une chapelle, un magasin de munition, les maisons des fermiers, des missionnaires et des Sœurs de la Congrégation Notre-Dame.»

Le même document signale que la chapelle du fort était située à l’endroit de l’actuelle église de la Visitation.

«L’importance de ces vestiges dépasse de loin un intérêt local, observe M. Garneau. Si des découvertes majeures étaient faites lors de ces fouilles exploratoires, il faudrait prendre en compte leur importance au niveau national.»

Pour cet historien, il est normal qu’un propriétaire veuille développer son bien, mais dans le cas où il renferme des restes patrimoniaux importants, il ne pourra plus le vendre, mais ne pourra pas non plus le mettre en valeur et l’ouvrir aux spécialistes et au public. «Il n’y a qu’une autorité municipale, provinciale, voire fédérale, qui peut le faire», convient-il.

Nos demandes adressées aux détenteurs du terrain, les sœurs de Miséricordes, pour avoir de plus amples explications quant à leurs intentions sont restées sans suites.

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