Eva-Maude TC Brancardière à l’hôpital Notre-Dame, Suzanne Myre a trouvé le temps d’écrire «entre deux quarts de travail» huit livres qui lui ont valu plusieurs prix.

Dans son dernier recueil de nouvelles, L’allumeuse, Suzanne Myre a choisi de faire évoluer ses personnages dans le quartier qui l’a vue grandir : Montréal-Nord, «un lieu bigarré auquel la littérature ne s’intéresse jamais».

Ça faisait des années que Suzanne Myre n’avait plus mis un pied dans ce quartier où elle est née et a vécu jusqu’à ses 20 ans. Puis, une journée d’automne, elle décide d’y refaire un tour, «comme un pèlerinage» pour montrer à son chum son Montréal-Nord, son «petit patelin d’enfance».

«J’habite maintenant sur Le Plateau, très loin de Montréal-Nord qui est un secteur où on ne passe par hasard. Je voulais, en allant y marcher, récupérer des souvenirs, de gens, d’endroits, de lieux que je fréquentais, de rues où mes petites jambes me menaient», partage l’auteure qui se rend vite compte que ses souvenirs ne renvoient plus qu’un pâle reflet de la réalité actuelle du quartier.

«Tout avait tellement changé, exprime-t-elle, et tout me paraissait tellement plus petit qu’avant! C’est comme si je redécouvrais un quartier miniaturisé»,  explique celle qui a laissé presque deux décennies s’écouler avant de revenir voir la maison où elle est née, au 10803, rue de Balzac.

«Finalement, écrire avec comme toile de fond Montréal-Nord est un genre de réconciliation, avec une enfance qui a été ponctuée par la mort de mon père quand j’avais six ans, puis de grandir dans cette famille éclatée, élevée par une mère monoparentale essayant de faire beaucoup avec peu», ajoute l’auteure entre tristesse et affection.

 

Voyage dans le temps

C’est dans le Montréal-Nord des années 60-70 que Suzanne Myre nous promène au travers des 12 nouvelles de son recueil. Un Montréal-Nord sans immigration ou presque. Un quartier où c’était «le calme plat, plus plat que plat». Une rue Balzac sans voiture ou presque, où les enfants escaladaient pendant «l’hiver les montagnes de neige qui dentelaient le bord des trottoirs».

De la rue des Chrysanthèmes, «une partie de Montréal-Nord où les rues portent des noms de fleurs», aux puces de l’Église Ste-Gertrude, en passant par le parc Primeau «où tous les jeunes [allaient] glander pour passer le temps», jusqu’à la polyvalente Calixa-Lavallée où les élèves portaient encore d’«affreux vestons verdâtres»; Suzanne  Myre transporte ses lecteurs dans un «quadrilatère bien défini» où elle gravitait.

«Je suis contente d’avoir connu le Montréal-Nord des années 60-70. Je ne reconnais plus ce qu’il était, il est devenu autre et un jour d’été, j’y retournerai et prendrais mon temps pour en prendre mieux le pouls. Et qui sait, écrire une autre histoire», conclu-t-elle.

C’est d’ailleurs à la bibliothèque Yves-Ryan — alors la bibliothèque Charleroi—  que Suzanne Myre a découvert «avec émerveillement» la littérature un lieu. Elle y reviendra peut-être plus tôt qu’elle ne le pense, en tant qu’auteure cette fois pour parler de ce livre qui «remet Montréal-Nord sur la carte». Mais en bien cette fois.

 


L’Allumeuse, Suzanne Myre, Marchand de feuilles, Montréal, 2018, 206 pages.

 

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