La résidence privée Rive-Soleil de Pointe-Aux-Trembles était presque vide. La direction a décidé de fermer boutique, la semaine dernière. « Notre seuil est de 20 ou 30 patients minimum, car il y a des frais fixes pour l’entretien, l’infirmière, etc. Les propriétaires n’arrivent plus », déplore la directrice de l’établissement, Édith Sauvageaux.

Depuis plus d’un an, seule la moitié de la cinquantaine de lits du Centre hospitalier de soins de longue durée (CHSLD) privé était occupée. Il faut dire qu’en raison de mauvais résultats obtenus lors des visites d’appréciations de 2010-2011, la résidence avait perdu son accréditation du Ministère de la Santé et des Services sociaux.

En d’autres mots, depuis 2003, le centre d’hébergement avait une entente avec l’Agence de la Santé et des Services sociaux de Montréal, qui louait de 10 à 20 lits pour des personnes âgées dans le cadre des mesures de désengorgement des urgences.

Toutefois, en 2005, l’établissement avait reçu une première visite d’appréciation à la suite de laquelle une vingtaine de recommandations avait été formulée. Or, en 2010, une équipe d’évaluateurs du Ministère avait fait le suivi des recommandations pour constater que peu d’entre elles avaient été suivies.

Dans le rapport du ministère, on peut lire qu’au « moment de la visite, 23 résidents étaient hébergés, dont […] 13 résidents hébergés en privé. Les 10 résidents du Centre de réadaptation en déficience intellectuelle (CRDI) Gabrielle-Major, hébergés à la résidence Rive-Soleil, ont été transférés, car ce dernier a résilié son entente contractuelle avec l’établissement. » Une information que confirme Mme Sauvageaux. « En l’espace d’un mois, nous sommes passés de 44 à 24 résidents », précise-t-elle.

À la suite de cette inspection, l’accréditation est donc retirée à la résidence Rive-Soleil. L’établissement réagit alors afin de se conformer aux normes légales du Ministère. Des correctifs sont apportés et l’établissement reçoit de nouveau son accréditation en décembre 2011. « Nous avons réussi l’agrément et la visite d’appréciation, assure Mme Sauvageaux. Nous avons mis en place notre plan d’amélioration en deux mois, nous avons obtenu la note de 80 %. Nous avons même reçu la visite de l’ordre des infirmières. »

À la suite de cette évaluation, « nous sommes retournés voir l’Agence avec notre beau bulletin en janvier 2011. Ils nous ont dit qu’ils allaient renouveller l’entente, mais ils ne nous ont pas envoyé de résidents. »

Des acteurs de la communauté, dont le Centre de santé et de Services sociaux de la Pointe-de-l’Île (CSSS PDÎ) et la députée Nicole Léger, sont alors intervenus auprès de l’Agence pour sauver la résidence Rive-Soleil.

« Nous n’avons pas volontairement diminué les lits à la résidence Rive-Soleil, répond la porte-parole de l’Agence, Marie-Josée Thibert. Nous avons une responsabilité de développer une offre de service public. L’achat de lits par l’Agence est une mesure qui vise à diversifier l’offre pour les personnes âgées, mais nous cherchons l’utilisation optimale du réseau public. »

De son côté, Mme Sauvageaux croit que, « sur le territoire, il y a sûrement 10 personnes qui sont aux soins palliatifs et qu’ils pourraient nous envoyer pour libérer l’hôpital Notre-Dame […] Ce n’est pas normal que les gens en soins palliatifs soient gardés dans les hôpitaux. »

Après l’annonce de la fermeture, les lits de la résidence Rive-Soleil sont restés vides et la menace de la fermeture s’est faite de plus en plus présente. « Nous avons dit à l’Agence « ou vous gérer le rapatriement, ou vous gérer la fermeture ». Ils ont choisi de gérer la fermeture », déclare Mme Sauvageaux.

À la suite de cette annonce, la plupart des résidents ont été replacés par l’Agence. « Nous avons rencontré les résidents et leur famille avec le CSSS, qui a fait une évaluation, et l’Agence se chargera de relocaliser les résidents en fonction de leurs souhaits et besoins. Nous en avons pris une vingtaine en charge », explique Mme Thibert.

« Dans quatre cas, les familles ne veulent pas envoyer la personne au public. Dans un des cas, ils n’ont pas encore trouvé d’endroit », une situation qui inquiète Mme Sauvageaux.

Pour le vice-président montréalais de la CSN, Luc Bastien, « cela nous indique notamment que la voie de la privatisation des résidences pour personnes âgées n’est sans doute pas aussi rose qu’on tente souvent de nous le faire croire. »

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